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    Les prix de l'uranium au plus bas depuis deux ans

    Claire Fages.

    Le prix du combustible nucléaire est passé sous le seuil des 50 dollars. Pourtant, un an et demi après la catastrophe de Fukushima, les groupes miniers anticipent déjà la reprise des cours de l'uranium pour 2013. Avec un peu trop de hâte.

    L'an prochain, l'accord de retraitement des têtes nucléaires russes en combustible nucléaire civil arrive à son terme, ce qui devrait diminuer l'offre mondiale d'uranium de 16%. Les groupes miniers brandissent cet argument pour faire miroiter une prochaine pénurie d'uranium à un moment très opportun : ils sont en pleine renégociation de leur contrats à long terme avec leurs clients et ils ont tout intérêt à faire revenir les fonds d'investissement dans l'uranium, faire remonter les prix au comptant, et par voie de conséquence, les prix à long terme qui contiennent une part de prix spot.

    Pourtant le contexte est plutôt celui d'un surplus de l'offre d'uranium, surplus qui risque de durer encore quelques années. D'abord, il reste des stocks de mox issus du retraitement des ogives russes, et il est fort probable que l'on renouvelle le traité russo-américain pour continuer à recycler le plutonium qu'elles contiennent, car il est fort dangereux.

    Ensuite, beaucoup de mines d'uranium sont sur le point d'entrer en production, de l'Australie au Canada, en passant par le Kazakhstan, l'Afrique du Sud, la Namibie et le Niger, même si les projets les plus coûteux ont été remisés au placard. Enfin le Japon dispose de stocks très importants de combustible, puisque la quasi-totalité de ses réacteurs sont à l'arrêt. Car du côté de la demande, celle des centrales nucléaires, les perspectives sont bouchées : les autorités japonaises ont annoncé le mois dernier la fin de la dépendance au nucléaire d'ici 30 ans ; en Europe, la Suisse, la Belgique, l'Allemagne ont renoncé au nucléaire.

    De fait, les seuls gros consommateurs d'uranium aujourd'hui sont les Etats-Unis, la France et la Russie. La Chine a certes des projets de nouvelles centrales et elle devrait lever bientôt son moratoire à ce sujet ; certes, l'Inde discute de fourniture de combustible avec l'Australie, mais les délais avant que les centrales sortent de terre seront très longs.

    La pénurie d'uranium sur le marché n'est donc pas pour demain et son prix n'est pas près de retrouver les niveaux d'avant Fukushima, soit 20 dollars de plus qu'aujourd'hui, encore moins le niveau de 2007, où la livre d'uranium valait près de trois fois son prix actuel !

     

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