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Revue de presse Afrique

A la Une : une fissure entre Paris et Bamako

Frédéric Couteau
A la Une : une fissure entre Paris et Bamako
 

Une fissure qui a pour nom : MNLA… Le ton monte en effet dans la presse malienne à propos de l’occupation de la ville par le mouvement séparatiste touareg à l’origine du conflit. «Reconquête de Kidal : vers la fin de la lune de miel entre Français et Maliens», s’exclame le journal Waati. «Pendant que les armées malienne et française rentraient dans les villes de Gao et Tombouctou, la nouvelle de l’occupation de la région de Kidal par la branche du MNLA, qui avait rejoint les islamistes, est tombée comme un couperet, explique le journal malien. En plus des souvenirs que ce retour suscite, certaines interrogations s’imposent. Pourquoi d’un seul coup, la France décide de stopper son offensive sans la reconquête de la totalité du territoire national ? Y a-t-il un deal entre les autorités françaises et le MNLA ?»

Et Waati de prendre clairement position : «hormis dans la conscience de certains aventuriers, le MNLA n’est pas plus fréquentable que le MUJAO, AQMI et Ansar-Dine. Pour les Maliens, le MNLA n’a aucune légitimité pour nous imposer une négociation avec les armes. Pis, il ne fait que radicaliser la position de ceux qui pensent que le temps du dialogue est révolu. Avec le fait d’avoir annoncé qu’il n’a pas renoncé à l’indépendance, le MNLA a fait une déclaration de guerre au Mali. Il est temps que la communauté internationale, la France en tête, comprennent que la patience du peuple malien a des limites.»

Trahison ?

Le 22 Septembre manifeste également son agacement, pour ne pas dire plus… «Ce qui est le plus déplaisant dans cette affaire, relève le quotidien bamakois, c’est que l’armée française a collaboré avec le MNLA et le MIA pour débarquer à Kidal. Ce qui est choquant, c’est que ces deux mouvements ont affirmé leur hostilité à la présence de soldats maliens. Ce que les Français ont accepté sans coup férir, tandis qu’à Tombouctou et à Gao, les soldats français ont pris soin d’apparaître aux côtés des militaires maliens, les laissant patrouiller les rues. (…) Alors, quelle motivation peut amener François Hollande à emprunter la voie de la trahison, s’interroge Le 22 Septembre, après avoir été félicité, adulé, béni par les Maliens, les Africains et tous les pays épris de paix et de justice sociale ? »

Réponse du journal : «son récent voyage au Qatar et la longue amitié que Paris a toujours tissée avec les hommes bleus pourraient expliquer la nouvelle donne.» En effet, précise Le 22 Septembre, pour ce qui est du Qatar, «Paris court derrière les pétrodollars qataris, sollicite ses investisseurs pour fortifier son économie, malade de la crise internationale.»

Et Le 22 Septembre de conclure : «C’est vraiment dommage pour le Mali. Parce que le mal de notre pays, c’est bien ces organisations terroristes, c’est bien Kidal. Ce n’est ni Tombouctou ni Gao. En épargnant de façon complaisante les terroristes de Kidal, le mal reste entier. Car, c’est bien Kidal le fief du banditisme armé, des narcotrafiquants, des narco-djihadistes et des criminels de tout acabit. »

Avant le dialogue, le désarmement !

La presse de la sous-région est tout aussi sceptique… A l’image de La Nouvelle Tribune au Bénin. «Qui peut garantir que la ville de Kidal est entièrement libérée si, certains hommes armés, fussent-ils du MNLA font encore la loi dans cette zone ?, s’interroge le journal. D’autant plus que le MNLA avait, il ya de cela quelques mois, lié un partenariat avec les islamistes d’Ansar Dine, qui étaient eux même liés à Aqmi. (…) Les autorités françaises souhaitent qu’il y ait un dialogue entre toutes les composantes du Mali, y compris celles armées qui reconnaitraient l’intégrité du Mali. »

Or, relève le quotidien béninois, « le MNLA ne reconnaît pas l’intégrité du Mali. La seule solution avant tout dialogue (qui bien évidemment s’avère nécessaire) serait le désarmement des troupes du MNLA, faute de quoi, le pays tomberait dans un chaos semblable à celui de mars dernier, dès le départ des troupes françaises. »

Un rôle tampon ?

Du côté de la presse française, Le Figaro reconnaît un hiatus entre Paris et Bamako sur la question du MNLA : «c’est peu dire que l’initiative française à Kidal n’a pas été préparée en étroite collaboration avec l’armée malienne, relève le quotidien français. Et qu’elle ne suscite pas non plus un enthousiasme débordant. »

«Les forces maliennes ont été tenues à l’écart de l’opération, reconnait également Libération. S’agit-il d’une mesure de précaution dans cette zone où les Touaregs sont majoritaires ?, s’interroge le journal. Si c’est le cas, elle n’est pas forcément inopportune, estime Libération, au regard du discours tenu hier par ce responsable malien rencontré à Gao : "Tout est parti de Kidal, affirme-t-il. Il faut en finir une bonne fois pour toutes avec ceux qui, à intervalles réguliers, sèment le trouble au Mali". Loin de reprendre à son compte une telle rhétorique, la France doit gérer deux fronts simultanément, pointe Libération : empêcher tout dérapage des troupes de Bamako, auxquelles elle ouvre royalement la voie de la 'reconquête' du Nord-Mali, tout en maintenant à distance les indépendantistes touaregs du MNLA.»

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