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    1 - Liberté, citoyenneté et Internet en Russie

    L’Atelier des médias s'interroge cette semaine sur les libertés numériques en Russie. Émission enregistrée fin janvier 2013 dans le cadre du festival Russenko en compagnie de spécialistes, de journalistes et de blogueurs.

    Les élections présidentielles de 2012 ont mis en évidence le rôle important que jouent aujourd’hui les réseaux sociaux dans l’émergence d’une expression citoyenne en Russie. Ils rendent possible un nouveau mode d’action dissidente sur l’échiquier politique.

    Étrange Russie. Vue de France, ce pays interroge. Est-ce une démocratie? A-t-il tourné la page du régime autoritaire? Qui le dirige? Des oligarques, le FSB (ex-KGB), un homme, un clan? Et que pense la population? Soutient-elle ses hommes forts? Respecte-t-elle les mouvements d’opposition? Ou bien, la vitalité économique des dernières années l’encourage-t-elle à se désintéresser des questions de droits humains?

    Etrange Russie. Même dans l’univers du numérique le pays de Vladimir Poutine est une terre en clair obscur. Il y a ses entreprises à succès, la très stratégique Kaspersky Lab et ses solutions d’anti-virus. Il y a la Silicon Valley russe, Skolkovo, près de Moscou, en construction pour 3 milliards d’euros sur un terrain de 380 hectares. Prête à accueillir les nombreux talents et génies informatiques nationaux à l’image d’un pays soucieux de développer sa puissance numérique.

    Mais lorsqu’on parle avec les dissidents de France et d’Internet de la relation qu’entretient le Kremlin avec le réseau des réseaux. On raille ce régime qui n’y comprend rien. Qui brille par son absence ou son utilisation ignorante des médias sociaux.
    Un régime qui ne comprend rien mais qui semble capable de lancer des cyber-attaques contre les espaces de liberté et de parole en ligne, des offensives malveillantes qui tombent souvent à des moments opportuns pour le pouvoir. Les lois et réglementations récentes, censées protéger les jeunes ou la population, forment parallèlement un arsenal idéal pour faire taire les gêneurs.

    A l’occasion du Festival Russenko, l’Atelier des médias s’est donc délocalisé au Kremlin-Bicêtre. Une ville dont les liens avec la Russie sont évidents. Une ville dont les liens avec la blogosphère française sont moins connus mais tout aussi importants. Le Kremlin des blogs en fait partie. Cette réunion récurrente de blogueurs politiques de gauche, a régulièrement lieu non loin d’ici.
    La 4e édition du festival Russenko est donc l’occasion d’une table ronde autour du thème : «Les libertés numériques en Russie». Pour cela, quatre invités de marque tentent d'éclaircir la situation de l’Internet dans le pays le plus vaste de la planète.


    Anya Stroganova est journaliste au service langue russe pour RFI. Comme elle le rappelle, quand on parle d’Internet en Russie il faut tout d’abord préciser que les Russes sont les plus grands consommateurs d’Internet en Europe avec près de 51 millions d’usagers devant l’Allemagne et la France.

    « Parallèlement, le réseau social le plus populaire en Russie n’est pas Facebook mais Vkontakte.ru. Créé en 2006, par Pavel Dourov, Vkontakte est devenu l’un des plus grands pirates de musique et de vidéos.»

    « La presse russe s’est par ailleurs agitée autour de rumeurs de financement voire même de gestion de Vkontakte.ru par les services spéciaux russes. Les médias ont même révélé que c’est en découvrant des messages sur Vkontakte.ru entre Nikita Tikhonov et sa compagne que les enquêteurs ont pu les accuser de double meurtre: l’assassinat de l’avocat Stanislav Markelov et de la journaliste de la Novaya Gazeta, Anastassia Babourova.»

    « Il y a deux autres réseaux sociaux spécifiques à la Russie : Odnoklassiniki.ru et Livejournal.com. Aujourd’hui, Odnoklassiniki est surtout prisé par les utilisateurs de 50 ans et plus. Livejournal est devenu un média à part entière et une des plus grandes tribunes de l’opposition, utilisée notamment par les blogueurs Alexeï Navalny, Ilya Yachine ou Boris Nemtsov

    Liberté de la presse en Russie

    Johann Bihr est responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de Reporters Sans Frontières. Cette organisation qui défend la liberté d’informations publie chaque année, un rapport sur les ennemis d’Internet. La Russie ne fait pas partie des pays ennemis d'internet mais le pays est inscrit sur la liste des "Etats sous surveillance".
    « Le pays se dote de tout un arsenal législatif qui permet aux autorités centrales de contrôler Internet de manière plus ferme et notamment de censurer des sites sans passer par une décision de justice. Il y a tout un système de surveillance de l’internaute russe, les autorités agissent de façon plus fine. »

    Lors de la campagne électorale de 2011-2012, les citoyens se sont mobilisés dans la rue de manière inédite.

    « Quelque chose a définitivement changé entre les autorités et la société: la sacralisation du pouvoir est oubliée et l’utilisation de plus en plus grande d’Internet y est pour beaucoup

    En Russie, c’est grâce et par Internet que des figures de l’opposition ont émergé. C’est le cas des blogueurs et cybercitoyens Alexeï Navalny, Leonid Volkov, Yuri Yegorov, et Igor Matveet.


    Selon Johann Bihr, « les autorités ont saisi les défis que pose Internet et essayent de contrôler l’espace de débats autant que possible.» Et depuis le retour à la présidence de Vladimir Poutine, le pouvoir est d’autant plus déterminé à reprendre la main sur cet espace de liberté d’expression qui lui échappait en partie.

    La blogosphère russe

    Mitya Aleshkovskiy est un photographe et blogueur activiste social russe. Il a créé avec d’autres journalistes le site Nuzhnapomosh.ru («Besoin d’aide») qu’il définit comme «un mélange de média social et de fondation caritative».

    « En Russie, on ne peut pas distinguer un blogueur d’un militant politique parce que le blog est le seul outil pour diffuser ses idées.»


    Internet n’est pas bloqué mais il existe une vraie censure politique même si les lignes rouges ne sont pas claires. Les situations régionales sont très contrastées et tout dépend des liens que le blogueur entretient avec le pouvoir politique.

    Néanmoins, les télécommunications sont surveillées. « Une organisation est chargée de fermer des sites Internet sur de faux prétextes (propagande, pédophilie), de lancer des rumeurs (comme la fermeture de Youtube en Russie) pour observer la réactions du public.
    A côté de cela, le FSB enregistre toutes les données numériques afin de surveiller les populations. Il y a aussi des internautes payés pour attaquer les publications d’opposition. Dans les commentaires de blogs, il démontent les discours critiques, encensent le pouvoir et diffusent le plus possible ces interventions.»

    La situation des journalistes

    Mikhail Fishman est journaliste indépendant, ancien rédacteur en chef du magazine Newsweek Russia, éditorialiste politique du quotidien Vedomosti. Il travaille également pour TV Rain, une chaîne de télévision indépendante, diffusée sur Internet. La première à diffuser les images des manifestations en décembre 2011 après les élections législatives contestées.

    « Globalement la situation de la presse se détériore: les médias privés essuient de plus en plus de pression, la liberté d’expression des journalistes est restreinte, plusieurs d’entre eux ont perdu leur poste, des émissions ont été supprimées car jugées non conformes à la vision de l’Etat. Les médias en ligne ne sont pas épargnés.

    Avant, on utilisait des trolls pour rendre toute discussion impossible sur la Toile. Aujourd’hui, les lois utilisées pour lutter contre l’extrémisme permettent de censurer les discours d’opposition.

    Par exemple, le récent procès des chanteuses punk P**** Riot prouve que les arguments avancés par le parquet sont incompatibles avec la démocratie. Les témoins à la barre ont vu les vidéos sur YouTube mais n’était pas dans la cathédrale.»

    Internet, réseaux sociaux et Russie

    Alexandre Bikbov est sociologue, spécialiste des réseaux sociaux en Russie, à l’université de Moscou et au centre Maurice Halbwachs à Paris. Il est aussi membre de l’équipe d’édition de la revue Logos, et blogueur.

    Selon lui, « il y a une vie médiatique en ligne libre et riche en Russie, qui subit des risques et des censures.» L’arsenal technologique et législatif permet en effet au pouvoir de fermer n’importe quel site d’informations. Parallèlement, il y a un espace de liberté assez important.

    « En fait, les règles de l’espace médiatique ne sont pas institutionnalisées. Et tout l’enjeu des médias est de tester ces limites. Les seules réponses des autorités est de charger des cibles, parfois choisies au hasard, de les persécuter au-delà des moyens légaux

    Par exemple, en 2008, il y a eu une série d’attentats contre des journalistes, des leaders de syndicats indépendants, et contre des militants de tous genres.

    Alexandre Bikbov a étudié les mouvements d’opposition populaire en Russie et particulièrement ce que certains ont appelé l’hiver russe, c’est-à-dire les manifestations spontanées qui ont commencé en décembre 2011, à la suite des élections au Parlement.
    Selon lui, « la mobilisation suivait un mécanisme spécial qui comprenait l’utilisation des réseaux sociaux, et surtout des témoignages d’observateurs prouvant les fraudes aux élections législatives. L’élément important de ce mouvement réside dans le fait que ce sont des citoyens, des personnes apolitiques, qui ont filmé et diffusé sur les réseaux sociaux et dans les médias des images accablantes pour le pouvoir.»

    En Russie, les réseaux sociaux n’étaient pas utilisés comme moyen de coordination, mais de communication et de diffusion d’informations. La violente répression des manifestations du 6 mai a donné à la Russie un air de «révolution arabe» puisque la mobilisation sur le Web des citoyens et des blogueurs a permis la centralisation des informations sur les cas de fraudes électorales. L’engagement des internautes tente à prouver que la Russie contestataire a le vent en poupe.

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