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« Jeu d’équilibriste » : c’est le titre choisi par le quotidien Le Pays. Hier, la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC) a tenté de ménager les uns et les autres. « Éconduire Michel Djotodia » sans lui refuser officiellement la présidence du pays. « A vrai dire, on peut comprendre cette condescendance des chefs d’État de la sous-région, car beaucoup parmi eux sont également arrivés au pouvoir le fusil à l’épaule », glisse un autre journal burkinabè, L’Observateur.

Selon lui, « le choix du Tchad (...) pour abriter cette rencontre est loin d’être fortuit : après avoir longtemps été son allié, “Super Déby” a fini par tourner les armes contre Bozizé. C’est un secret de polichinelle, les troupes tchadiennes ont levé les barrières et même soutenu les rebelles dans la prise de Bangui. Quand on sait que les autres chefs d’État avaient eux aussi l’ex-président centrafricain dans le nez, on peut bien se demander si ce sommet n’est pas en réalité (...) une messe de requiem du régime Bozizé ».
 
S’ils ne sont pas étrangers à la chute de François Bozizé, consent Guinéeconakry.info, « ils ne sont pas non plus prêts à délivrer un blanc-seing à la Seleka et à son leader. (...) Les pays voisins exigent du nouveau pouvoir, qu’il élise formellement son chef. Ils n’ont manifestement pas du tout apprécié que le chef de la Seleka, s’autoproclame tout de go, président ». Pourtant, « personne ne se fait d’illusion, conclut le site d’information guinéen. On sait d’avance que c’est encore Michel Djotodia qui sera élu. Mais on veille à ce qu’une procédure ressemblant à un processus démocratique soit respectée ».
 
Jacob Zuma humilié ?
 
La presse tire également à boulets rouges sur l’initiative du président sud-africain Jacob Zuma en Centrafrique. C’était l’autre moment important du sommet, à en croire Guinéeconakry.info, qui parle d’« humiliation (...) assenée à Jacob Zuma », « invité à prendre part à la rencontre pour certainement s’expliquer sur le soutien qu’il avait apporté à François Bozizé contre l’avis des responsables de la région ». Treize de ses soldats sont morts et cela suscite un grand débat dans la presse sud-africaine depuis plusieurs jours. Le Mail and Guardian estime que le président a volé leurs droits aux Sud-Africains, leur droit de savoir notamment. Dans la rubrique opinions du journal, les analystes pointent les changements de discours du chef de l’État sur la raison d’être du renforcement du contingent sud-africain dans le pays.
 
Cette présence en RCA avait toujours été vue d’un mauvais œil par la CEEAC, selon des sources interrogées par le média béninois Afrika7. Le Pays va plus loin. Le journal burkinabé espère « que ce revers militaire (...) constituera une leçon pour Zuma qui, pour des raisons d’hégémonie ou d’intérêts géostratégiques, n’a de cesse de s’ingérer dans les affaires internes des autres pays ». Côte d’Ivoire, Libye et maintenant Centrafrique, énumère le journal de Ouagadougou.
 
Le Mail and Guardian se demande enfin la vraie raison qui a poussé Jacob Zuma à assister au sommet de la CEAAC. Ne serait-ce pas surtout pour protéger les intérêts économiques du pays ? « Ce qui est certain, c’est que même après avoir qualifié de “bandits” les rebelles de la Séléka, (...) Zuma a l’intention de conclure avec eux une sorte d’entente. Non seulement pour protéger les capitaux sud-africains qui restent dans le pays mais aussi s’assurer qu’ils restent bien sud-africains ». Référence à la volonté de Michel Djotodia de s’intéresser aux accords économiques conclus par son prédécesseur. « Notamment les accords miniers », croit savoir le Mail and Guardian.
 
Boukary Daou : libre, mais pas sorti d’affaire
 
Pour finir, la presse du continent revient sur la liberté provisoire accordée au journaliste malien Boukary Daou, après 28 jours de détention. Il apparait sur le site internet du Républicain, son journal, le visage fatigué, entouré de ses confrères venus le soutenir. « Cette liberté provisoire, indique le quotidien malien, lui permettra de retrouver les membres de sa famille, ses amis et collaborateurs dont il commençait à avoir la nostalgie ». Les journaux burkinabés se félicitent de la libération du directeur de publication. Ils lèvent donc leur boycott des activités gouvernementales, « mais ne baissent pas la garde » pour autant, nuance L’Indicateur du Renouveau à Bamako.
 
« Certes, il est sorti de prison, mais (...) l’épée de Damoclès plane toujours sur sa tête », prévient aussi Le Pays au Burkina Faso. « Boukary Daou reste en effet accusé d’incitation au crime et de publication de fausses nouvelles, rappelle Afrik.com. Oui il y aura bien une suite à cette affaire. L’audience de comparution du journaliste est fixée au 16 avril prochain. (…) Cela après la publication d’une lettre de soldats maliens mettant en cause les avantages financiers accordés au capitaine Sanogo ». « Nous osons considérer cette liberté provisoire comme un premier pas vers une liberté totale, poursuit Le Pays. Il en va de la liberté de presse et d’expression dont le Mali était fier d’être un porte-drapeau, avant que le capitaine Sanogo ne vienne tout chambouler ».
 
« Nos consciences, souligne Maliweb.net, sont toujours muselées. Nos consciences et nos plumes demeurent dans le musellement au regard de l’omniprésence d’une sécurité d’État ». Le journaliste appelle d’ailleurs à une réflexion sur la nature des actes effectués par la sécurité d’État au regard du code pénal.

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