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« Boycott passif ! », s’exclame en Une, L’Intelligent à Abidjan, avec cette photo d’un bureau de vote plutôt désert… Les élections régionales et municipales hier, les premières du genre depuis le scrutin présidentiel de 2010, n’ont guère attiré les foules. On parle de 30 % seulement de participation.

Pourquoi cette désaffection ? L’Intelligent y voit plusieurs raisons. « Traditionnellement, explique le journal, les élections municipales en Côte d’Ivoire ne mobilisent pas beaucoup d’électeurs. En 2001, le taux de participation tournait autour de 40 %. »
 
Deuxième raison : « la grave crise postélectorale entre décembre 2010 et avril 2011 hante encore les esprits. »
 
Il y a aussi les promesses non tenues, comme l’explique Thierry du quartier de Yopougon, interrogé par L’Intelligent : « à la présidentielle par exemple, on s’était permis de rêver quand on nous avait promis un million d’emplois. Aujourd’hui, moi, je suis encore à la maison, je ne vois rien venir. »
 
Autre facteur explicatif : « la personnalité même des candidats présentés par les partis. Ils sont nombreux les électeurs qui auraient voulu voir s’opérer une alternance à la tête des communes, avec l’émergence de nouvelles têtes. A leur corps défendant, les “mêmes” têtes ont été reconduites. »
 
Il y a aussi le fait que les préoccupations sont ailleurs, relève encore L’Intelligent… « C’est sûr, les élections n’intéressent plus grand nombre d’Ivoiriens qui font face aux difficultés quotidiennes de la vie. Comment nourrir sa famille ? Comment scolariser ses enfants ? En un mot, comment assurer son quotidien dans un contexte de plus en plus difficile ? »
 
Enfin, il y a l’appel au boycott du scrutin lancé par le FPI. Et il est vrai, constate L’Intelligent que « le taux de participation dans les circonscriptions favorables au FPI était visiblement faible, hier. »
 
De toute façon, s’interroge le journal, « reste à savoir si les raisons soulevées plus haut n’auraient pas abouties pas au même résultat si le FPI avait été dans la course. »
 
Le FPI a-t-il pesé ?
 
De son côté, la presse bleue, la presse favorable à l’ex-président Laurent Gbagbo, exulte… « Gbagbo met encore Ouattara KO », s’exclame Notre Voie en première page. Notre Voie pour qui « l’appel au boycott du FPI a fait mouche. »
 
Le Nouveau Courrier parle de « mascarades municipales et régionales » et lance en titre : « Alassane Ouattara : impopularité consommée »
 
Non, estime pour sa part le site d’informations Eburnews, « l’appel au boycott du FPI n’y est pour rien. » Eburnews pointe le non-renouvellement de la classe politique et le cumul des postes. « Ce qui a été décrié hier se répète aujourd’hui en termes de cumuls de postes, affirme-t-il. Des gens qui ont démontré leur incompétence, et que la population n’a aidés qu’à cause d’Alassane Ouattara, ont été confirmés. Pire, ils sont à la fois cadres du parti, ministres, députés et maintenant maires, et présidents de conseils régionaux. Cela, le peuple ne peut l’accepter. »
 
Bataille d’éléphants…
 
La presse de la sous-région s’interroge également sur cette désaffection des électeurs ivoiriens. « La fatigue politique… », constate le site Guinée Conakry Infos. « Il est vrai qu’outre cet appel pressant de l’opposition version FPI à ignorer le vote, un climat de “fatigue politique” hante l’atmosphère ivoirienne. La guerre et les frustrations qu’elle a engendrées et l’insécurité toujours d’actualité sont autant de contraintes dans l’aboutissement du processus électoral en cours… » Et finalement, relève encore Guinée Conakry Infos, ce scrutin « s’achève sur des notes de satisfaction réciproque. Le pouvoir peut se réjouir d’avoir réussi, grâce à la discipline générale, à organiser dans le calme et la sérénité ces consultations. Quant à l’opposition, elle peut jubiler avec le FPI, car elle aura démontré qu’il faudra compter avec elle tôt ou tard, car elle représente une force réelle sur le terrain. »
 
Pour le quotidien Le Pays, au Burkina, « une chose est sûre, ce désistement du FPI a mis directement aux prises les deux grands partis au pouvoir. Le PDCI de Henri Konan Bédié et le RDR d’Alassane Ouattara, qui n’en sont pas moins des rivaux. (…) Le RDR, qui a une bonne longueur d’avance sur le PDCI, voudra sans doute maintenir sa suprématie et se présenter comme l’héritier légitime du premier président de la Côte d’Ivoire. (…) En tout état de cause, conclut le quotidien ouagalais, c’est à une bataille d’éléphants à laquelle on a assisté à ces élections locales. »
 
En effet, renchérit L’Observateur Paalga, toujours au Burkina, « la famille houphouëtiste est de nouveau face à elle-même. (…) L’union entre le RDR de Ouattara et le PDCI de Bédié, comme aux législatives de décembre 2011, aura été l’exception plutôt que la règle », constate le journal. « Chacun des partis ambitionnant de remporter le plus grand nombre de communes et de régions en l’absence de l’adversaire commun face auquel ils auraient pu se fédérer. »

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