GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 3 Décembre
Mercredi 4 Décembre
Jeudi 5 Décembre
Vendredi 6 Décembre
Aujourd'hui
Dimanche 8 Décembre
Lundi 9 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    «Le livre noir des violences sexuelles» de Muriel Salmona (Editions Dunod, 2013)

    Viols, incestes, agressions… La législation française est aujourd'hui très précise et le code pénal particulièrement répressif. Pourtant, plus de neuf victimes de viol ou de tentative de viol sur dix n'osent pas dénoncer les violences qu'elles ont subies. Par peur de l'agresseur, un proche dans 80 % des cas ; par manque d'accueil médical et social, tant les lésions et les symptômes de ces atteintes profondes à l'intégrité physique et psychique restent méconnus et minimisés. À tel point que moins d'un viol sur trente fait l'objet d'un procès et un sur cent, à peine, d'une condamnation, le plus souvent en correctionnelle, après requalification des faits en 'simple' délit d'agression.

    Cette minimisation et banalisation du crime de viol, la plus grave des violences sexuelles - reconnue, depuis 2008, comme une arme de guerre par l'ONU - n'est évidemment pas une particularité judiciaire. C'est l'une des traductions du déni général, social et politique, des violences sexuelles, déplore la psychiatre et psychotraumatologue Muriel Salmona (*). La loi a beau être de plus en plus pointue (définition pénale du crime de viol en décembre 1980 ; jurisprudence du viol conjugal au début des années 90...), le viol reste, en France, comme dans de nombreux pays occidentaux, le « crime presque parfait ».

    La psychiatre et psychotraumatologue, Muriel Salmona en 2012.

    D'où ce Livre noir, qui, implacablement, renvoie la société française, ses responsables politiques et institutionnels, à leurs dénis. À commencer par le plus terrible : celui des blessures infligées aux victimes de violences sexuelles. Chercheuse et clinicienne, Muriel Salmona expose ainsi avec limpidité et précision les conséquences d'un viol, équivalent, en degré d'atteinte à la personne, à une torture : même sidération et même nécessité de disjonction cérébrale, face à la peur de mourir, puis même mémoire traumatique, qui faute de soin, fait revivre le calvaire à l'identique, à l'occasion d'un mot, d'un geste, d'une odeur, d'une couleur... liée à l'agression.

    Double peine

    L'auteure décrit minutieusement les mécanismes neuro-biologiques, chimiques ainsi que les symptômes physiques et psychiques, toujours douloureux et souvent invalidants, des violences sexuelles : prostration, pertes de mémoire, culpabilisation, sentiment de honte, manque total de confiance, peur… Autant de témoignages de sa souffrance, qui se retournent le plus souvent contre la victime, qui lui sont reprochés quand ils ne contribuent pas, pour les proches, les médecins, les policiers les procureurs, les avocats, les juges, les médias et, au final, tout un chacun, à douter des faits.

    C'est ce que Muriel Salmona appelle « la double peine », pour les victimes. Les conséquences évidentes de la violence subie, sont en effet institutionnellement et socialement regardées comme autant d'indices de mensonge probable, d’exagération vraisemblable, de déséquilibre personnel, voire de consentement inavoué, sinon de déséquilibre personnel.

    En d'autres termes, c'est la victime qui est jugée responsable de ce qui lui arrive. On invoque sa tenue vestimentaire, ses attitudes, les lieux fréquentés, ses antécédents sexuels ou autres. L'agresseur, lui, se retrouve quasi exonéré de sa violence, habillée de désir provoqué, reconvertie en tentation provoquée, à laquelle il serait, naturellement, difficile de ne pas succomber.

    Des soins possibles et efficaces

    Le discours d'excuse et de minimisation est d'autant plus courant que les violences sexuelles, et singulièrement le viol, sont sociologiquement très réparties entre les classes sociales. Si, judiciairement, elles apparaissent comme plutôt 'populaires', c'est parce que plus on s’élève socialement, plus on a de moyens financiers et juridiques, plus on a de surface sociale, voire politique, et moins on est menacé. La dissimulation s'avère par ailleurs plus forte dans les classes aisées, de même que la dénégation, par 'principe' social (« ça ne se fait pas »).

    Ce déni est efficacement relayé par le tabou de l'intime et l'argument de la 'sphère privée', très fréquemment convoqué si une personnalité en vue est mise en cause ou dès qu'il est question de violences commises dans le couple et, plus encore, à l'encontre de mineur-e-s (qui représentent, en France, un peu plus de la moitié des victimes déclarées de viols). En publiant ce Livre noir, Muriel Salmona espère évidemment contribuer à faire évoluer la prise en compte des victimes qui ont d'abord et surtout besoin d'être sécurisées, entendues, reconnues puis soignées. En plus de 20 ans de pratique, mais aussi de recherche et de travail associatif, la psychiatre et psychotraumatologue en témoigne avec force et conviction.

    (*) Muriel Salmona est également la présidente de l'association Mémoire traumatique et Victimologie, créée en 2009.


    Sur le même sujet

    • Livre France

      «La rédemption - itinéraire d'un enfant cassé» de Karim Mokhtari et Charlie Carle

      En savoir plus

    • Livre France

      « La France des intégristes » de René Guitton

      En savoir plus

    • Livre France

      «J'ai survécu à la psychiatrie», de Christelle Rosar

      En savoir plus

    • Livre France

      «Le travail, quelles valeurs ?», coordonné par Denis Vicherat

      En savoir plus

    • «L'arrogance du bistouri» du Dr Eric Cheysson

      «L'arrogance du bistouri» du Dr Eric Cheysson

      L’invité France de ce dimanche 1er décembre 2019, est le Docteur Eric Cheysson. Il est chirurgien à l’hôpital de Pontoise, président de l’ONG La chaîne de l’Espoir et …

    • «Kill Jean, Comment ils ont tué Jean Seberg»

      «Kill Jean, Comment ils ont tué Jean Seberg»

      Le 8 septembre 1979, il y a 40 ans, on retrouvait le corps de l’actrice Jean Seberg, enroulé dans une couverture à l'arrière de sa Renault blanche, à Paris. Les circonstances …

    • «Intelligence artificielle, la nouvelle barbarie» de Marie David et Cédric Sauviat

      «Intelligence artificielle, la nouvelle barbarie» de Marie David et Cédric Sauviat

      Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Où la trouve-t-on ? Comment est-elle entrée dans notre vie de tous les jours et surtout, comment est-elle susceptible de modifier …

    • «Des hommes justes», d'Ivan Jablonka

      «Des hommes justes», d'Ivan Jablonka

      A quelques jours de la présentation par le gouvernement français des conclusions du premier Grenelle des violences conjugales nous recevons à RFI un homme qui se définit …

    • «La belle histoire de la voix», de Jean Abitbol

      «La belle histoire de la voix», de Jean Abitbol

      Le médecin Jean Abitbol, phoniatre, chirurgien, raconte l'histoire de la voix depuis les premiers hommes préhistoriques jusqu'aux chanteurs d'exception en passant par …

    • «Un hiver antarctique» de Cyprien Verseux

      «Un hiver antarctique» de Cyprien Verseux

      Cyprien Verseux, jeune astrobiologiste, est sélectionné en 2017 pour être chef de la station scientifique franco-italienne Concordia, sur le continent antarctique. Il …

    • «Putain de vies !» de Muriel Douru

      «Putain de vies !» de Muriel Douru

      Avec « Putain de vies ! », l’illustratrice et auteure Muriel Douru aborde un sujet polémique, captivant et rarement traité en BD : la prostitution. Pour recueillir ces …

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.