Depuis une semaine maintenant, le Tchad vit au rythme des arrestations. Au moins sept personnes, dont deux députés et des officiers, sont sous les verrous. Alors, s’agit-il d’un complot, d’une tentative de coup d’Etat, comme l’affirme le pouvoir, ou alors, est-ce une manœuvre de la part du président Deby pour asseoir encore plus son pouvoir et écarter certains indésirables ?

Plusieurs médias du continent s’interrogent… Le site d’information TchadActuel croit avoir la réponse. « Les évènements armés du 1er Mai dernier ne sont en fait qu’une bévue de la milice zélée de Deby, que son génie diabolique a récupéré pour la transformer en coup d’Etat, affirme-t-il. En effet, précise le site, Deby avait donné des instructions fermes pour arrêter et corriger tous ceux qui (militaires comme civils) avaient pris l’habitude de se réunir presque quotidiennement pour préparer des actions civiques de grandes envergures contre le régime. Ce qui n’avait pas été prévu, relève TchadActuel, c’est la présence au sein de ce groupe de deux militaires armés. Lors de la descente musclée des éléments présidentiels, les deux militaires ont répondu par des rafales et ce fut le carnage de deux côtés. Craignant une riposte de l’opinion internationale Deby a donc transformé cette bévue en coup d’Etat, conclut donc TchadActuel, et en a profité pour régler quelques comptes personnels et surtout faire taire définitivement toute velléité contestataire émanant des forces de la société civile. »

Que cache cette chape de plomb ?

Voilà pour cette version des faits… Aucun élément tangible ne vient la corroborer. Reste que certains journaux s’interrogent. « Tchad : vrai coup d’Etat ou canular de Deby ? », se demande ainsi L’Observateur Paalga. « Le pouvoir de Deby fait état d’une tentative de déstabilisation, perpétrée le 1er mai dernier, que la vigilance de ses services aurait découverte à temps et suivie en temps réel depuis… quatre mois, relève le quotidien burkinabé. C’est cette perspicacité qui aurait permis la mise hors d’état de nuire des "comploteurs" qui, d’ailleurs, seraient au frais à l’heure actuelle, et au nombre desquels se trouverait un député de l’opposition tchadienne, Saleh Makki. (…) Il est à présent trop tôt pour connaître les tenants et les aboutissants du présent 'coup d’Etat'. »

Mais attention, prévient L’Observateur, « l’exercice solitaire du pouvoir, pratiqué par moult dirigeants africains, conjugué avec une certaine forme de domestication du pouvoir d’Etat, à laquelle s’ajoute une prédation certaine des richesses nationales… fait le lit d’une certaine forme de révolte qui peut se traduire par ce type d’aventure. » Par ailleurs, relève encore le quotidien burkinabé, « ces derniers temps, on a fait le panégyrique de Deby ; le sens de l’altruisme et du dévouement dont il fit preuve en envoyant ses soldats se sacrifier au Mali en fait un héros certain ; reste à savoir si pareil sacrifice est suffisant pour qu’il se paie le luxe d’user d’artifices pour éliminer des "ennemis" politiques gênants ; à pareille interrogation la réponse est négative, estime L’Observateur, surtout que, dans la demeure tchadienne, tout n’est pas rose ; alors, Monsieur le président, si on y allait mollo ? C’est tout le monde qui y gagnerait, et la nation entière qui en sortirait grandie ! »

« Vague d’arrestations au Tchad : que cache cette chape de plomb ? », s’interroge également Le Pays , toujours au Burkina. « Deby n’est-il pas en train de préparer un pouvoir à vie ? Il est fort à parier que ce subit durcissement du régime tchadien n’est pas fortuit, estime le journal. Il y a près de cinq ans que le Tchad n’avait plus connu une telle vague d’arrestations. Si aujourd’hui le pouvoir tchadien se livre à ce qu’on pourrait qualifier de chasse aux sorcières, c’est qu’il y a des intentions cachées des autorités en place. Il est probable, conclut Le Pays, que Deby veuille marcher sur les pas de Paul Biya et ne cédant pas le pouvoir en 2016, qui marque la fin de son 4e mandat, mais aussi ses 26 ans au pouvoir. »

Expulsion d’un opposant tchadien

En marge de cette affaire tchadienne, la presse sénégalaise réagit vivement après l’expulsion hier du pays d’un opposant tchadien. « Makaila Nguebla expulsé vers la Guinée Conakry », s’exclame La Tribune. « Nguebla est réputé être un activiste chevronné, précise le journal, qui veille à dénoncer les pratiques antidémocratiques en vigueur au Tchad. L’homme d’une trentaine d’années en a payé un lourd tribut. Il estinterdit d’accès dans son Tchad natal. Il était en exil au Sénégal depuis 2005. »

Commentaire de La Tribune : « Si le Sénégal, réputé pays démocratique, respectueux de la liberté d’expression, en arrive à déclarer persona non grata les opposants des autres pays 'politiquement incorrects', il faut se poser des questions. Cela est d’autant plus dramatique que l’activiste, qui est victime de cette mesure, a séjourné au Sénégal pendant huit ans, sans jamais faire l’objet d’une quelconque dénonciation. »

Enfin, Walfadjri, autre quotidien sénégalais, répercute pour sa part la réaction indignée de la Ligue sénégalaise des droits de l’homme, d’Amnesty International Sénégal et de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme, la Raddho : « Ces organisations disent avoir constaté, avec regret, la volonté du gouvernement du Sénégal de museler et de réduire au silence les réfugiés et demandeurs d’asile dès lors qu’ils émettent des opinions critiques à l’encontre des gouvernants de leurs pays d’origine. Cette attitude est contraire, dénoncent les organisations, à la tradition de terre d’asile du Sénégal et constitue une atteinte inacceptable aux droits fondamentaux des réfugiés et demandeurs d’asile. »

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(2) Réactions

Merci de cette rétrospective

Merci de cette rétrospective de presse, mais rien ne va plus maintenant au Tchad. Je viens de lire avec stupéfaction un plan diabolique du président Deby contre les pays voisins de Tchad

C'est grave ce qui se passe

C'est grave ce qui se passe au Tchad actuellement. Surtout que le président Deby dispose d'un plan diabolique contre les pays voisins du Tchad, selon les infos sur l'internet.

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