C’est le grand titre du Figaro. Le Figaro, dont l’envoyé spécial à Damas, Georges Malbrunot, a longuement interviewé le président syrien.
Tout d’abord, el-Assad réfute toute utilisation d’armes chimiques : « toutes les accusations se fondent sur les allégations des terroristes et sur des images vidéo arbitraires diffusées sur Internet. (…) Si les Américains, les Français ou les Britanniques disposaient d’une seule preuve, ils l’auraient montrée, dès le premier jour », affirme-t-il.
« Le Moyen-Orient est un baril de poudre, et le feu s’en approche aujourd’hui, poursuit Bachar el-Assad. (…) Or personne ne peut savoir ce qui se passera. Tout le monde perdra le contrôle de la situation lorsque le baril de poudre explosera. Le chaos et l’extrémisme se répandront. Un risque de guerre régionale existe. »
A la question du Figaro, « la France est-elle devenue un pays ennemi de la Syrie ? », le président syrien répond : « quiconque contribue au renforcement financier et militaire des terroristes est l’ennemi du peuple syrien. Quiconque œuvre contre les intérêts de la Syrie et de ses citoyens est un ennemi. (…) Dans la mesure où la politique de l’État français est hostile au peuple syrien, cet État sera son ennemi. Cette hostilité prendra fin lorsque l’État français changera de politique. Il y aura des répercussions, négatives bien entendu, sur les intérêts de la France. »
Enfin, Bachar el-Assad envoie ce message en direction des parlementaires français qui doivent se réunir demain mercredi : « la question est de savoir si la réunion du Parlement français signifiera que les Français retrouveront l’indépendance dans leur prise de décision. Nous souhaitons que ce soit le cas. Que les parlementaires français décident en fonction de l’intérêt de la France. Je leur demande : pouvez-vous soutenir l’extrémisme et le terrorisme ? »
Voilà pour cette interview du président syrien.
Dans son éditorial, Le Figaro rappelle sa position : « on peut penser, comme certains, qu’il est urgent d’intervenir militairement en Syrie pour 'punir' un assassin et donner un coup d’arrêt symbolique à la prolifération des armes chimiques. On peut estimer - c’est l’opinion du Figaro - qu’une intervention militaire, décidée en dehors de la légalité internationale, aggraverait à coup sûr tous les malheurs de la région (qu’on pense aux conséquences sur Israël ou les minorités chrétiennes) sans en supprimer un seul. Mais, pour se faire une opinion, il faut avoir en main toutes les pièces du dossier. » Et cette interview en est Une.
La question du vote
Parallèlement le débat se poursuit en France sur le thème « faut-il y aller ou pas ? », mais il y a aussi et surtout le débat sur le débat…
En effet, relève Sud-Ouest, « comme si la question syrienne n’était pas suffisamment compliquée en elle-même, vient se greffer dessus un autre sujet, moins dramatique : faut-il (ou non) un vote sur une intervention militaire en Syrie ? En apparence, la réponse est simple. Oui. Les parlementaires anglais ont voté, les congressistes américains vont le faire, pourquoi les députés français seraient-ils privés de ce droit. En réalité, les poisons et délices de notre Constitution font qu’un vote sur une question aussi essentielle n’est pas si simple à organiser. Le débat, tel qu’il est prévu demain, ne le permet pas. »
Et La Presse de la Manche de s’insurger, « ainsi donc, le Parlement se réunira demain. Le gouvernement présentera les preuves que ses services de renseignement ont accumulées pour justifier une opération punitive contre le dictateur syrien et son utilisation de produits chimiques contre son peuple. Y aura-t-il un vote ? Que nenni !, s’exclame le quotidien normand. On débattra, mais on ne votera pas demain au Parlement. »
L’Humanité fulmine également : « en s’arc-boutant sur ses prérogatives régaliennes, qui lui permettent d’engager notre pays dans une aventure militaire sans au préalable solliciter un vote de la représentation nationale, le Président accentue le malaise, les incompréhensions. (…) Si les parlementaires français se voyaient privés du droit de se prononcer par un vote, le sort du projet de François Hollande de procéder à des frappes contre le régime de Damas serait, estime le quotidien communiste, entre les mains des seuls Congressmen américains. Quel désastre pour la démocratie française. »
Rien que la constitution…
Le Midi Libre n’est pas du tout du même avis ; Le Midi Libre qui se pose en défenseur de la constitution : « il est sain que la représentation nationale puisse être tenue informée des intentions du pouvoir exécutif. Mais enclencher une guerre ne relève bien que de la décision d’un seul homme et de ses conseillers, relève le journal. Comment imaginer que 577 députés débattent d’une question aussi grave sans connaître les dessous de la guerre. Sans appréhender les complexités du Moyen-Orient. Sans savoir les équilibres des forces. Les Anglo-saxons nourris à une autre culture peuvent nous renvoyer à la face qu’une démocratie moderne du XXIe siècle doit partager une telle décision. La Constitution de 1958 répond autrement, estime Le Midi Libre, et elle nous protège de la cacophonie. François Hollande peut avoir le doigt sur le bouton. Lui et lui seul. Il est même rassurant que les chefs d’État français aient ce pouvoir. »
La République des Pyrénées est sur la même ligne et s’en prend aux ténors de l’opposition qui réclament un vote au Parlement : « il est curieux d’entendre s’élever des voix autorisées à droite pour exiger que le Parlement se prononce à l’avance sur une décision relevant du président de la République en tant que chef des armées, ou en tout cas, relève encore le quotidien béarnais, d’une pratique de la Constitution jamais contestée par eux auparavant. »
Hollande rame
En tout cas, François Hollande est dans une position très inconfortable… Il est obligé d’attendre le vote du Congrès américain en début de semaine prochaine.
La Nouvelle République du Centre-Ouest résume la situation : « Hollande et Obama sont dans un bateau (de guerre). Obama saute à quai. Que fait Hollande ? Il rame. Telle pourrait être la traduction légère de cet incroyable imbroglio diplomatique qui enserre dans ses rets, les présidents américain et français. A Paris comme à Washington, la course contre la montre est la même, relève La Nouvelle République : c’est une âpre bataille de communication menée par la Maison Blanche et l’Élysée. Avec en point de mire, un seul mot-clé : convaincre. Barack Obama envoie sa garde rapprochée pour séduire les congressmen. Situation intenable aussi pour François Hollande pris au piège par le recul de son partenaire américain. »
Du coup, relève Le Républicain Lorrain, « il devient nécessaire que François Hollande s’engage dans un travail de pédagogie. (…) Le fera-t-il en s’adressant directement aux Français ? C’est franchement indispensable. Toute la question réside dans le choix du moment, qui doit se caler sur la décision du Congrès américain, dont on ne connaît pas la date exacte et encore moins l’issue. »
De toutes façons, une chose est sûre, pointe pour sa part Libération : la France ne pourra pas intervenir seule… « François Hollande sait qu’il ne peut pas se lancer en solo dans une intervention. Non par manque de capacités militaires, comme la France l’avait montré au Mali ou en Libye, mais parce que l’explosif contexte syrien nécessite une coalition internationale la plus large possible pour légitimer une opération militaire, même très ciblée. A fortiori si celle-ci se fait sans l’aval des Nations unies. »

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