« Au-delà du quartier rouge d’Amsterdam, au-delà du quartier du hasch, au-delà de la carte postale, nous, Kényans, sommes en procès… » Le ton est donné dans ce compte-rendu de l’envoyé spécial aux Pays-Bas du quotidien kényan Daily Nation. « Pour moi, affirme-t-il, le Kenya est devant la justice internationale, non pas parce que nous sommes tous coupables des massacres postélectoraux de 2007-2008, non parce que nous devons partager les errements de nos dirigeants. Non pas parce j’ai été convaincu que notre pays est visé par les puissances occidentales. Non, nous sommes devant la justice internationale simplement en raison de la manière dont nous nous sommes comportés durant cette période difficile. Nous pouvons rester calmes et sobres, et laisser le processus judiciaire suivre son cours. Mais nous pouvons aussi, poursuit l’envoyé spécial du Daily Nation, accepter de nous faire manipuler par des politiciens égoïstes qui nous pousseraient à nous replonger dans le passé meurtrier qui nous a conduits à cette situation. Nous avons donc à faire un choix. »
« Un paradoxe bien kényan », titre pour sa part L’Observateur Paalga au Burkina. « Hier mardi, le vice-président kényan, William Ruto s’est présenté devant la Cour pénale internationale en costume gris et visiblement détendu. Du reste, il avait reçu les assurances du tribunal qu’il était libre de ses mouvements le temps de l’instruction. Mais derrière ce bel exemple de coopération avec une juridiction internationale, se cachent les velléités d’un Etat de s’en soustraire, relève le quotidien burkinabè. Quel paradoxe en effet, souligne-t-il, que l’attitude des autorités de ce pays, qui répondent favorablement aux convocations du tribunal international, tout en faisant feu de tout bois en interne pour quitter le Traité de Rome, acteur fondateur de la CPI perçu par le Parlement kényan comme une “institution néo-colonialiste”. »
En tout cas, relève encore L’Observateur, « que de rapports ambivalents entre l’Afrique et la Cour pénale internationale ! Quand des pays comme l’Ouganda, la Centrafrique, le République démocratique du Congo, la Côte d’Ivoire et, plus récemment, le Mali demandent son intervention, d’autres la vouent aux gémonies, la considérant comme une création de l’Occident pour croquer du Nègre. […] D’aucuns se plaignent de ce que ce sont toujours des Africains qui y sont traduits. Mais allez chercher du génocide au Danemark, en France ou en Grande-Bretagne !, s’exclame le quotidien burkinabè […] Ne nous voilons pas la face, en matière de “crimes contre l’humanité” ou de “crimes de guerre”, l’Afrique détient la palme du sang. »
Enorme défi
Le site d’information Guinée Conakry Infos relève pour sa part que la procureure générale de la CPI, « Fatou Bensouda, et ses collègues sont face à un énorme défi. Eux qui croulent déjà sous une multitude de critiques par rapport à ce que certains appellent “le fonctionnement à géométrie variable” de la Cour pénale internationale. Défi d’autant plus grand qu’ils ont le devoir de surmonter tous ces écueils pour rendre justice et dire la vérité. […] Si le président Uhuru Kenyatta et son vice-président sont coupables des chefs d’accusation brandis à leur encontre, ils devront subir les rigueurs de la loi. […] Par contre, s’ils sont innocentés, ils mériteraient qu’on le leur reconnaisse. Leur humble démarche plaide en leur faveur, estime encore Guinée Conakry Infos. Le bureau du procureur doit en particulier s’atteler à disposer d’un dossier d’accusation solide, au lieu d’inventer les théories de l’intimidation ou du chantage que les accusés exerceraient sur les témoins. Bien que cela ne soit aucunement exclu, les accusés démontrent néanmoins largement la preuve de leur bonne foi en se présentant au procès. L’importance pédagogique que revêt cette attitude, conclut le site guinéen, justifie que les juges agissent de manière à rassurer ceux qui craignent d’entreprendre le même chemin. »
Enfin, peu d’écho de ce procès dans la presse française, si ce n’est cet article de La Croix qui relève que cette affaire est « la plus importante de l’histoire de la jeune institution. Pour la première fois, en effet, un homme d’État en exercice a comparu devant la cour installée à La Haye. »
La Croix qui relève aussi que « les poursuites engagées par la justice internationale n’ont pas empêché les deux hommes de remporter le scrutin présidentiel. Bien au contraire, ils ont réussi à apparaître aux yeux de leur communauté d’origine, mais aussi de nombreux Kényans, comme des victimes d’un complot colonial ourdi par les Occidentaux à travers la CPI. »

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