Sauver la face ! C’est finalement ce que sont en train de faire Obama et Hollande en acceptant la proposition russe de neutraliser les armes chimiques en Syrie. Les journaux sont quasiment unanimes sur ce point, ce mercredi.
 
« Reculer la tête haute », s’exclame ainsi Le Figaro. « L’art de la diplomatie s’apparente parfois à celui de sauver la face. Avec un empressement remarquable, poursuit le journal, les va-t-en-guerre Barack Obama et François Hollande ont saisi la perche que leur tendaient les Russes. Qui les en blâmerait ? Quand bien même elle se révélerait à terme aussi solide qu’une branche morte, elle peut suffire à les sortir du marécage dans lequel ils se sont jetés. »
 
Libération fait le même constat : « L’idée agitée par Poutine permet avant tout de desserrer l’étau militaire autour de Damas et d’affaiblir la résolution déjà chancelante des commandants en chef français et américain. Poutine a bien compris que face à des opinions publiques hostiles à toute opération en Syrie et un Congrès américain réticent, Obama pouvait trouver dans sa proposition matière à sauver la face. »
 
Le Midi Libre renchérit : « Le coup d’échec de Poutine est imparable. Non seulement il conforte la Russie dans le jeu politique du monde arabe mais il fait passer, de surcroît, son tsarévitch pour le sauveur de la paix. Difficile après ça d’engager une épreuve de force. Sincère ou pas, cette initiative a aussi le mérite, constate également Le Midi Libre, de sortir par le haut les principaux protagonistes. Pour l’Oncle Sam et son allié français, elle prouve que la menace d’une intervention armée a fait plier le régime syrien. Pour Damas, elle éloigne l’arrivée au pouvoir des opposants et le spectre d’un état islamiste. Le monde peut donc souffler pour quelque temps. »
 
« Comme syrien ne s’était passé… »
 
Finalement, remarque La Nouvelle République du Centre Ouest, « ces atermoiements, ces tergiversations onusiennes arrangent tout le monde. Obama aujourd’hui sous le contrôle de son opinion publique, Hollande blâmé par la sienne et piégé par son encombrant allié, Poutine obsédé par les risques d’une confrontation militairement humiliante, Assad enfin, que ces hésitations renflouent sans bruit. »
 
Alors, estime Sud Ouest, « il faut s’en féliciter, la diplomatie a repris le pas sur les bruits de bottes. Peut-être aurait-il mieux valu commencer par là, et se souvenir que la guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ? »
 
Toutefois, tempère Sud Ouest, il ne faut pas oublier « qu’une fois les armes chimiques hypothétiquement récupérées, rien n’empêchera Assad et sa clique de poursuivre son œuvre meurtrière à coup d’armes dites conventionnelles. Lesquelles ont jusqu’à présent – on a tendance à l’oublier –, fait beaucoup plus de victimes que les armes chimiques. »
 
En effet, soupire La Montagne, « le despote de Damas pourra, gaz à part, continuer d’exterminer son peuple. Paradoxalement, c’est à la reconduction d’un “permis de tuer”, dans les limites d’une horreur tolérée, qu’aura abouti notre tentative de croisade morale et humanitaire si l’on en reste là. Franchement, les Syriens n’ont aucune raison de nous dire merci. »
 
Enfin, cette remarque, en forme de jeu de mots, du Canard Enchaîné : c’est « comme syrien ne s’était passé… (…) Chacun reconnaît les travers de la proposition russe, mais si elle est ainsi encensée c’est qu’elle arrange tout le monde, constate l’hebdomadaire satirique. Elle a l’aval du secrétaire général de l’ONU. Et elle convient aussi bien à ceux qui étaient partisans de frapper qu’à ceux qui trouvaient urgent de ne rien faire. Les uns comme Obama et Hollande s’en servent pour s’empresser de clamer que la “fermeté” a payé. Quant aux autres, ceux qui traînaient les pieds, ils y voient, pour habiller leur inertie, un grand pas de la diplomatie. »
 
Bref, conclut Le Canard, « cette proposition de Moscou ne règle en rien l’attaque au gaz du 21 août, elle permet juste à chacun de ne pas perdre la face. En diplomatie, cela s’appelle une éclaircie. »
 
Les Bleus libérés
 
« Enfin ! », c’est le grand titre du Parisien. Enfin une victoire pour l’équipe de France de football… Les Bleus ont donc battu la Biélorussie hier soir 4 buts à 2 en éliminatoires du Mondial 2014. Et Le Parisien ne cache pas sa joie : « Les Bleus ont prouvé hier qu’avec un zeste de talent, une pointe d’ambition et quelques gouttes de sueur, ils pouvaient se sortir de la récession. De là à affirmer qu’ils ont inversé la courbe qui les envoyait tout droit au tapis, c’est un pronostic que ni les spécialistes ni les supporters ne se risqueront à formuler. Le billet pour Rio n’est pas encore gagné, relève Le Parisien. Et la Biélorussie n’est qu’une équipe de second ordre. Mais en ces temps de vaches maigres, ne boudons pas notre plaisir. Quand nos compatriotes l’emportent, fût-ce sur une pelouse, sourions ! »
 
« La France, du néant à la libération », soupire Le Figaro qui rend hommage à Ribéry : « en égalisant à deux reprises, Ribéry a sauvé les Bleus d’un désastre. »
 
« Inespéré », s’exclame pour sa part L’Equipe. « Cataclysmique en première période, plombés par deux erreurs du gardien Hugo LLoris, les Bleus ont fini par tout renverser pour assurer une deuxième place de leur groupe qui les conduira probablement en barrages. »
 
Et L’Equipe de rappeler sa manchette d’hier, en forme d’injonction : « N’ayez pas peur (…) Si les mains de Lloris n’apportaient plus l’assurance que les pieds de ses copains ne pouvait garantir à l’autre bout du terrain, il fallait avoir le mental d’un grand compétiteur pour faire des pieds et des mains et gagner. (…) Puis, constate le quotidien sportif, quand les Bleus retrouvèrent le chemin du but qu’ils avaient perdu depuis 526 minutes, on sut qu’il n’y avait eu aucune raison, en effet, d’avoir peur. »
 
Marasme
 
Enfin, cette double page dans Libération qui nous emmène dans le nord de la Grèce… Plus précisément dans la gigantesque zone industrielle de Sindou, près de Thessalonique. Une zone industrielle « désormais à l’abandon », relève le journal. La crise est passée par là et elle est bien ancrée… « La Grèce n’en finit plus de plonger, constate Libération, et, malgré les plans d’austérité successifs imposés par Bruxelles et le Fonds monétaire international, sa dette atteindra cette année 321 milliards d’euros, soit 16 milliards de plus qu’en 2012. Pour le premier semestre 2013, ce ne sont pas moins de 40 000 entreprises grecques qui ont mis la clé sous la porte, selon les chiffres annoncés fin août. »
 
Illustration de ce marasme : l’usine Petzetakis de Sindou qui fabriquait des tuyaux d’arrosage. Une usine fermée depuis 2010, et cependant, constate l’envoyé spécial de Libération, « elle est gardée 24 h sur 24 par 75 ouvriers qui ont pourtant été abandonnés par leur patron. (…) Face à une telle situation, d’autres auraient brûlé leur outil de travail. Par rage ou vengeance. Eux le protègent en faisant des rondes régulières, accrochés à l’espoir qu’un jour un repreneur leur permettra de se remettre au travail. “On nous appelle les zombies de Petzetakis !, soupire cet ouvrier. Nos amis, nos familles nous considèrent comme des fous. On n’est plus payés depuis trois ans et on est là à garder le matériel…” »
 
Et puis cette remarque d’un de ses collègues : « Nous ne sommes pas des statistiques, nous sommes des gens réels avec des vies détruites. »

 

Fiche Pays :
Réagissez à cet article
Commentez cet article en tapant votre message dans la zone de texte. Le nombre de caractères est limité à 1500 ou moins.
(0) Réaction

Fermer