Mis à part leurs auteurs, personne n’est vraiment content du budget 2014 présenté hier en conseil des ministres. La Voix du Nord résume bien la situation : « ce budget 2014 est taxé de toutes parts : l’UMP le taxe d’arrangement avec la réalité et de présentation trompeuse ; l’UDI centriste dénonce un budget “massivement anti famille” ; à gauche, le PC fustige un “budget d’austérité” tandis que les Verts notent d’abord que le budget de l’écologie reculera de 500 millions d'euros l’année prochaine (…). Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve pourront-ils au moins compter sur le soutien sans faille de leur majorité socialiste ? », s’interroge La Voix du Nord. « Ce n’est pas gagné tant que le groupe s’interroge sur les choix du gouvernement, notamment celui d’accorder aux entreprises 20 milliards de crédits d’impôt tandis que les ménages vont payer l’année prochaine 10 milliards supplémentaires en TVA, en impôt sur le revenu et en cotisation retraite. »

Toutes ces critiques sont reprises et amplifiées par les différents journaux… « Un budget 2014 douloureux pour tous », constate Le Monde. « L’Etat se serre la ceinture et les impôts continuent d’augmenter. »
 
« Les ménages paient l’addition », s’exclame Libération. « Même si le gouvernement ne l’assume pas, le projet de loi de finances 2014 acte une baisse de 12 milliards d’euros de la fiscalité des entreprises et une hausse de 11 milliards pour les contribuables. » Alors, le journal s’énerve dans son éditorial : le gouvernement doit assumer ses choix et le patronat doit jouer le jeu… « Il serait bienvenu, à l’heure où des efforts accrus sont demandés aux familles, que François Hollande et Jean-Marc Ayrault mettent le patronat face à ses responsabilités, affirme Libération. C’est à celui-ci désormais de mettre en œuvre une véritable politique d’investissements et de relance de l’emploi. La baisse des impôts n’est pas un blanc-seing accordé aux entreprises, mais un engagement moral envers le gouvernement, et surtout les Français. »
 
Mauvaises notes
 
Les Echos reconnaissent des allègements importants en faveur des entreprises : mais cela ne suffira pas, estime le quotidien économique. « La copie manque de souffle. A l’instar d’une réforme fiscale des entreprises qui déçoit tout le monde – y compris au sein du gouvernement – en accouchant d’une taxe sur le résultat d’exploitation ! Surtout, on ne voit guère les éléments constitutifs d’un soutien réel à la croissance. »
 
Pour Le Figaro, c’est le zéro pointé : « même avec la meilleure volonté du monde, on a bien du mal à discerner le moindre motif de satisfaction après la présentation du budget 2014. Qu’y découvre-t-on ? Que la quête d’impôts bat toujours son plein, que la chasse aux économies demeure bien timide et que les déficits galopent à bride abattue. En somme, conclut Le Figaro, que la conversion autoproclamée du gouvernement à une gestion rigoureuse des deniers publics s’apparente, jusqu’à preuve du contraire, à un grand numéro d’illusionnisme. »
 
Zéro pointé également pour L’Humanité, mais l’appréciation du quotidien communiste est bien différente… « La cure de rigueur est historique. Même la droite n’avait pas osé bâtir un budget qui entérine 15 milliards d’euros de coupes dans les dépenses. On marche sur la tête, fulmine le quotidien communiste, d’autant plus que l’effort demandé n’est pas du tout équitable. Non seulement les entreprises sont largement épargnées mais, comble d’injustice, ce sont elles qui vont siphonner une grande partie des charges supplémentaires supportées par les ménages. »
 
Et L’Humanité de citer en Une cette phrase de Victor Hugo : « c’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches »
 
Dans cette avalanche de mauvaises appréciations, La Croix, un peu esseulée, accorde un petit satisfecit au gouvernement : « il est exact que le budget 2014 comprend un effort de compression des dépenses publiques beaucoup plus net qu’en 2013, où le gouvernement a fait reposer l’effort de réduction des déficits principalement sur des hausses d’impôts. Il faut s'en réjouir, estime le quotidien catholique, car l’un ne peut pas aller sans l’autre. » Toutefois, poursuit La Croix, « l’effort engagé est de longue haleine. Il devra être poursuivi au cours des années à venir. On ne se désintoxique pas du jour au lendemain de décennies de facilité où l’on considérait comme normal de présenter des budgets en déficit. »
 
Embellie ou effet statistique ?
 
Petite éclaircie dans la grisaille actuelle : le chômage a reculé au mois d’août… 50 000 demandeurs d’emploi de moins. Le chiffre peut paraître considérable, mais là encore, pas d’emballement… « Historique, la baisse du chômage ? Oui, sur le papier. À ceci près, constate La Montagne, que la diminution du nombre des demandeurs d’emploi s’accompagne d’un chiffre quasi équivalent concernant les radiations sur les listes de Pôle emploi, faute d’accomplissement des formalités. Pas de quoi pavoiser, si l’on ajoute à cela l’exceptionnelle mobilisation sur les emplois aidés. »
 
En effet, complète Le Figaro, « cette amélioration tient essentiellement à l’explosion du nombre de demandeurs d’emploi qui n’ont pas actualisé leurs données et sortent provisoirement des statistiques. » Pour le journal, il s’agit donc là d’un « pur effet statistique », et donc d’« une forte baisse du chômage… en trompe l’œil. »
 
En tout cas, relève Le Journal de la Haute-Marne, « sur le plan politique, l’embellie de l’emploi sur un mois ne peut redorer le blason de l’exécutif. Elle ne peut pas faire fondre l’épais scepticisme des Français, tel qu’il apparaît dans les sondages. Il faudra des mois et des mois de baisse du chômage pour que la promesse présidentielle devienne vraiment crédible. »
 
Enfin, c’est peut être un début, soupire La Dépêche du Midi : « Les 50 000 Français qui viennent de trouver ou retrouver un emploi ne sont peut-être qu’un chiffre rond, comme nous en servent à la louche les statisticiens. Mais, si ce chiffre froid nous fait chaud au cœur, c’est pour une raison toute simple : ce sont des milliers d’hommes et de femmes qui redécouvrent une “utilité sociale”, une fierté d’être au travail, autant dire leur part de dignité – et l’espoir sous-jacent d’une vie qui pourrait s’améliorer. C’est pour eux, d’abord, qu’il faut y croire. »
 
Cinq mois de mensonges
 
« L’effroyable vérité » : c’est le grand titre du Parisien. Il concerne une affaire qui a bouleversé la France en mai dernier : la disparition de la petite Fiona, 5 ans, dans un parc de Clermont-Ferrand. Finalement, la mère, Cécile Bourgeon, a avoué hier la mort de la fillette. Fiona est morte suite à un coup porté par son beau-père, puis a été enterrée par le couple… Commentaire du Parisien : « on voulait la croire parce qu’elle était la maman de Fiona et que la douleur, la terrible douleur d’une mère qui perd son enfant, est insoutenable. On voulait la croire, parce que la raison refuse d’admettre qu’une mère puisse être impliquée de près ou de loin dans la mort ou la dissimulation du corps de sa petite fille. Parce qu’une mère console son enfant, le rassure. Le protège. Mais elle, elle a menti. »
 
Danger islamiste en RCA ?
 
Enfin les troubles en République centrafricaine : « L’ONU au chevet de la Centrafrique, constate Le Figaro : la France est en première ligne pour tenter de mobiliser en faveur de son ex-colonie menacée par le chaos. » Toutefois, l’aide financière pour monter une intervention onusienne est insuffisante… Les Etats-Unis, notamment, traînent des pieds, constate Le Figaro : « la RCA n’apparaît guère sur les radars de Washington, davantage préoccupé par l’envoi de casques bleus au Soudan. »
 
« Ce qui pourrait faire évoluer la position américaine, c’est la dimension religieuse de la crise et le risque de voir un foyer islamiste s’installer en RCA », estime un humanitaire interrogé par La Croix. « A-t-on raison de soulever ce danger ?, s’interroge le journal. Pour de très nombreux Centrafricains, même parmi la délégation présente à l’ONU, cela ne fait aucun doute : la crise centrafricaine est le fait de musulmans qui veulent s’emparer d’un pays sans défense où plus de 80 % de la population est chrétienne. » Mais pour d’autres, comme pour l’archevêque de Bossangoa, la réalité n’est pas aussi simple : « Dans mon diocèse, la fracture entre musulmans et chrétiens s’agrandit de jour en jour, c’est vrai. Mais ceci est un effet de la crise et non la cause. » 

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