Décalage horaire oblige, la presse française avait bouclé ses dernières éditions avant le vote des Nations unies sur le démantèlement de l’arsenal chimique syrien, mais le projet de résolution n’avait plus de secret pour elle. Ce qui lui permet de le commenter.
 
Le texte oblige le régime syrien à « se soumettre » à un plan de démantèlement et de destruction de son arsenal qui s’étale jusqu’à la fin de juin 2014, résume donc Le Parisien. Le journal souligne cependant qu’il prend ses distances avec « ce qu’exigeait initialement François Hollande. » Certes, relève le quotidien, l’ONU estime que « les individus responsables de l’utilisation d’armes chimiques […] doivent répondre de leurs actes ». Mais le nom d’Al-Assad « n’est pas mentionné » et, surtout, la saisine de Cour pénale internationale réclamée par la France « n’est pas inscrite noir sur blanc ». Enfin, complète Le Parisien, qui évoque un accord « a minima », la résolution n’est pas placée directement sous le chapitre VII de la charte des Nations unies. Cela veut bien dire que, si la Syrie ne respectait pas cet accord, il faudrait une « nouvelle résolution » du Conseil de sécurité de l’ONU pour autoriser des sanctions contre le dirigeant syrien. Procédure qui « risquerait de buter de nouveau sur le veto russe », souligne le confrère.
 
C’est un « compromis a minima qui a le mérite d’exister » pour Libération, que cet accord à New-York, même si le confrère y voit aussi un « tournant diplomatique ».
 
Pour Le Figaro, la résolution de cette nuit sur le démantèlement des armes chimiques syriennes, c’est un peu comme le verre à moitié vide et à moitié plein. Certes, concède le journal, il s’agit d’une percée diplomatique « majeure ». Mais cet accord « ne préfigure en rien la fin d’une guerre » qui a déjà fait 120 000 morts. Commentaire euphémistique du Figaro : ce compromis, dans sa formulation, « confirme la plasticité considérable du langage diplomatique ».
 
Guinée : duel au soleil
 
En Guinée, c’est aujourd’hui que se déroule un scrutin sous tension, les élections législatives. Et pour Le Figaro, c’est même un scrutin « à haut risque ». Pour évoquer ces premières élections législatives libres de l’histoire du pays, le quotidien plante une sorte de décor aux allures de western. « En dépit de plus de 1 700 candidats, l’élection prend essentiellement les allures d’un nouveau duel entre (…) deux hommes, dans un climat très tendu », résume le confrère, en référence au président guinéen Alpha Condé et à son ancien rival de la présidentielle de 2010, Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée. Mais derrière ces élections, complète crûment Le Figaro, c’est « une lutte interethnique qui se joue entre les deux groupes dominants : les Malinkés d’Alpha Condé et les Peuls de Cellou Dalein Diallo ».
 
RCA : sur les traces de Leiris
 
Libération poursuit et achève la parution, débutée samedi dernier, de son reportage en République centrafricaine. Après Bangui, le journal est allé dans « l’arrière-pays opaque, cette Afrique fantôme décrite par l’écrivain Michel Leiris » en 1930, note Libération, dont le récit pourrait tout aussi bien évoquer le fameux « cœur des ténèbres » cher à Joseph Conrad, pourrait-on dire, tant est palpable le sentiment de désolation qui s’en dégage. Récit sur fond de violences interreligieuses, relaté sous ce titre, qui se passe de tout commentaire : « si j’avais été musulman, on ne m’aurait pas attaqué ».
 
Roms : toutes les polémiques mènent aux Roms
 
En France, un sondage qui vient, ce matin, alimenter la polémique sur les Roms. Polémique entre la ministre écologiste Cécile Duflot et Manuel Valls. Mardi dernier, le ministre de l’intérieur avait dit qu’une « minorité de Roms seulement voulaient s’intégrer en France ». Selon un sondage BVA pour le journal Le Parisien, 93 % des Français estiment que les Roms « s’intègrent plutôt mal en France », contre 5 % qui pensent le contraire ; et 77 % d’entre eux pensent que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls « a eu raison de le dire », contre 21 % qui considèrent qu’il a eu tort car « il ne doit pas stigmatiser une partie de la population ».
 
Polémique donc car les déclarations de Manuel Valls, massivement approuvées par les Français, comme on vient de le voir, ont entrainé une sortie publique de Cécile Duflot. Laquelle désavouait publiquement son collègue du gouvernement.
 
Pour Le Figaro, on est en présence rien moins que d’une « crise institutionnelle ». Car, se demande le journal au sujet de Cécile Duflot, « étant tout de suite montée aux extrêmes, que pourra-t-elle faire de plus lorsque d’autres différends apparaîtront ? Car il y en aura », prédit le quotidien. Or, contrairement à ce que disait jadis l’ancien ministre socialiste Jean-Pierre Chevènement, selon lequel un ministre « ça ferme sa gueule ou ça démissionne », Cécile Duflot a « administré la preuve qu’un ministre peut “ouvrir sa gueule” sans démissionner ni être sanctionné ».
 
Climat : marée montante
 
Le groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat a rendu son cinquième rapport. Et il confirme que les activités humaines constituent la cause dominante du réchauffement observé depuis la moitié du XXe siècle. C’est vrai à 95 % selon le groupe d’experts. Lesquels revoient à la hausse leurs prévisions concernant l’augmentation du niveau de la mer, tablant sur 26 à 82 cm d’élévation d’ici à 2100.
 
« Le rôle de l’homme ne fait plus de doute pour les scientifiques, souligne Le Figaro. (…) La Terre se réchauffe et les activités humaines en sont la cause principale ».
 
« Beaucoup, parmi les climato-sceptiques, rêvaient hier de voir le Giec manger son chapeau, (…) il a, au contraire enfoncé le clou », souligne Le Parisien.
 
Mais le journal constate aussi que le message « commence à porter » outre-Atlantique, car les Etats-Unis sont « enfin mobilisés », se réjouit Le Parisien, après que le secrétaire d’Etat John Kerry ait « mis en cause les climato-sceptiques ».
 
Le réchauffement climatique, c’est en tout cas le sujet qui inspire le plus ce matin, la presse quotidienne régionale française. C’est même une source d’inspiration on ne peut plus lyrique.
 
« Silence, on chauffe !, lance L’Alsace-Le Pays (…) Un peu lâchement, tout un chacun se dit qu’on trouvera bien quelque chose pour éviter les drames annoncés, un truc façon Moïse écartant les flots pour passer la mer Rouge, mais en plus grand. Cela s’appelle de l’inconscience. Le tout additionné d’égoïsme. (…) En quelques millions d’années, nous avons appris à marcher. La natation ne devrait pas nous faire peur ».
 
Pas d’eau mais la maison qui « brûle » dans La Charente libre. Et la France est en « première ligne » pour préparer un accord qui devrait entrer en vigueur dès 2020.
 
« La maison brûle, répète en écho Sud Ouest. Sur une planète où les pays émergents n’ont pas encore envie de sacrifier leur croissance sur l’autel de la sobriété énergétique, la responsabilité des pays développés est grande ».
 
« C’est en effet tout un modèle économique de développement qu’il faudrait revoir. Or il est impossible de se passer brutalement des énergies fossiles, soupire Le Journal de la Haute-Marne. La relève des énergies renouvelables n’est pas là. Quant à mettre une croix sur la croissance, cela reviendrait à doper le chômage sur toute la planète ».
 
Quand à La Voix du Nord, elle place François Hollande devant ses responsabilités. Le président français « aura obligation de réussite pour écarter le spectre de la catastrophe climatique mais aussi pour des raisons bassement politiques », prévient le quotidien du septentrion français.
 
Pour conclure, on retiendra cette formule de La Nouvelle République du Centre Ouest, qui, au sujet du réchauffement climatique et de la montée des eaux qui en découlerait, évoque des « inquiétudes de science-fiction ». De quoi envisager, avant l’inondation ultime, de confier son corps. À la science-fiction, qui sait ?

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