L’ancien leader des Jeunes Patriotes, proche de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, est bien sous le coup d’un mandat d’arrêt international de la CPI. Un mandat émis en décembre 2011, mais dont l’existence n’a été confirmée que mardi 1er octobre par la Cour pénale internationale.
L’information fait les gros titres de la presse ivoirienne, avec des appréciations bien différentes… «Charles Blé Goudé à La Haye ? Ce n’est que justice, serait-on tenté de répondre», s’exclame Le Patriote , le journal du RDR, parti du président Ouattara. «Pour être réclamé par les juges de La Haye, il faut avoir commis deux types de crimes, relève le quotidien ivoirien : crimes de guerre ou crimes contre l’humanité. Charles Blé Goudé s’est surpassé dans cette dernière catégorie. Par ses prises de position enflammées contre l’opposition, la France et les étrangers, l’âme damnée de Gbagbo a armé les cœurs et les esprits. (…) Le rôle nocif qu’a joué Blé Goudé dans la plus grande tragédie qu’ont connue les Ivoiriens de toute l’histoire de la Côte d’Ivoire, n’est plus à démontrer, poursuit Le Patriote. Blé Goudé a été à la fois concepteur et exécutant du 'tsunami' qui s’est abattu sur le pays de Félix Houphouët-Boigny. Contrairement à certains caciques du régime Gbagbo, 'Blé, la machette' n’a porté ni de gant ni de cagoule. Les discours et les photos sont là pour l’attester.»

Autre quotidien, autre point de vue… Le Nouveau Courrier, journal pro-Gbagbo, ne se prononce pas sur le fond du dossier, sur les accusations de la CPI à l’encontre de Blé Goudé, mais sur la forme… «La CPI continue de se ridiculiser, s’exclame Le Nouveau Courrier : l’institution basée à La Haye a attendu vingt-deux mois pour 'déclassifier' le mandat d’arrêt contre Charles Blé Goudé. Combien de temps mettra-t-elle pour rendre publics ceux visant des pro-Ouattara ? Tout se passe comme si, en complicité totale avec le régime ivoirien, elle gagnait du temps tout en sachant que ses procédures n’iront nulle part. Et tout en s’assurant que sa seule vraie cible, le président Gbagbo, reste à l’ombre. (…) La seule priorité de la CPI, de la 'communauté internationale' qui l’alimente en rapports bidonnés et d’Alassane Ouattara est d’éloigner le plus longtemps possible Gbagbo de son pays, affirme encore Le Nouveau Courrier, afin de faciliter la tâche à l’ex-directeur général adjoint du FMI qui peine à gouverner la Côte d’Ivoire. On gagne du temps, pour arriver au scrutin présidentiel de 2015 avec un Gbagbo embastillé.»

Cheveu dans la soupe…

Pour le site d’information Guinée Conakry Infos, l’officialisation de ce mandat d’arrêt de la CPI contre Blé Goudé n’est pas forcément une bonne nouvelle pour le régime en place… «Alors qu’Abidjan s’inscrivait plutôt dans une logique de dégel de ses rapports avec le camp Gbagbo, ce mandat a tout d’un cheveu dans la soupe !», s’exclame le site guinéen. «Il braque davantage les partisans de l’ancien chef d’Etat et va embarrasser Alassane Ouattara. Seuls les organismes internationaux de défense des droits humains et de lutte contre l’impunité pourraient jubiler. Mais eux aussi ont très peu de chance de voir ledit mandat déboucher sur le transfèrement effectif de Blé Goudé à La Haye. (…) Paradoxalement, poursuit Guinée Conakry Infos, à Abidjan même l’émission de ce mandat n’entraîne pas que de la joie. Loin s’en faut. Certes, Alassane Ouattara et ses principaux collaborateurs avaient mis une énorme pression pour convaincre Accra de leur livrer Blé Goudé, le 17 janvier dernier. Mais c’était plus pour le mettre hors d’état de leur nuire, que pour l’expédier à La Haye.»

En effet, explique le site guinéen, «dans le contexte actuel, (…) avec la récente mise en liberté conditionnelle de quelques barons du FPI, perçue comme la marque d’une volonté des nouvelles autorités de renouer le dialogue avec les partisans de Gbagbo, prendre le risque d’envoyer un autre partisan, et non des moindres, de Laurent Gbagbo à la Haye, en ce moment précis reviendrait à remettre en cause ce maigre acquis. Alassane Ouattara franchira difficilement ce pas.»

Fasozine au Burkina renchérit : «au-delà du droit de poursuite que s’arroge légitimement la CPI, c’est un coup assez dur porté contre un processus de réconciliation qui a du mal à tenir le cap sur les bords de la lagune Ebrié. En faisant l’effort d’élargir des caciques de l’ancien régime qui croupissaient en prison depuis la crise postélectorale qui a secoué le pays pendant plus de quatre mois, le président Ouattara espérait ainsi en récolter les dividendes pour donner un coup de fouet à la réconciliation.» C’est donc raté…

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