A la Une: la crise électorale en Guinée
« Depuis le 28 septembre dernier, jour des législatives, ni les voix énamourées des héroïnes des télénovelas qui passent sur la RTG, ni les appels au calme de Saïd Djinnit, envoyé spécial de l'ONU, encore moins la logorrhée des hommes politiques ne sont parvenus à dissiper l'ambiance anxiogène qui règne sur la Guinée. » Constat établi par le site d’information Guinée Conakry Infos.
« En effet, précise le site, la publication par la Céni, à dose homéopathique, des résultats provisoires et surtout partiels qui dure depuis deux semaines commence à inquiéter les populations et la communauté internationale. Une lenteur qui ne manque pas de renforcer les soupçons de fraude qui pesaient déjà sur l'organe en charge de l'organisation du scrutin. (…) Même le Mali qui sort d’une guerre, constate encore Guinée Conakry Infos, n’a pas mis autant de temps à proclamer les résultats de sa dernière présidentielle. Alors, de deux choses l’une, s’exclame le site guinéen : soit, dans le meilleur des cas, cette lenteur traduit l’incompétence manifeste de la Céni à conduire le processus électoral, soit, dans le pire des cas, elle est le signe de manipulations frauduleuses. Cette dernière hypothèse est d’autant plus plausible que les observateurs internationaux viennent d’évoquer des cas "d’irrégularités" et de "manquements".
« A ce stade des choses, et au nom de l’intérêt supérieur de la nation, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, estime Guinée Conakry Infos, devraient mettre balle à terre. (…)Tous deux doivent œuvrer à mettre fin au cycle infernal élection-contestations-violences. »
D’autant que ce blocage politique commence à avoir un sérieux impact sur la vie quotidienne des habitants de Conakry. De nombreux commerces sont en effet encore fermés, comme le constate le site d’information Aminata : « partagés entre la peur et la psychose mais également les souvenirs des spectres des violences des dernières crises qui ont fait beaucoup de victimes au sein de cette corporation, les commerçants et les marchands trainent le pas pour la réouverture. Cet état de fait commence déjà à se faire ressentir sur le quotidien des Conakrykas qui ont du mal à s’offrir des produits et parfois même des denrées de première nécessité. »
Annulation globale ?
Alors, « va-t-on vers une annulation des dernières législatives afin d’éviter le pire ? », s’interroge le site d’informationKoaci.com. « Après l’opposition républicaine et la communauté internationale, c’est au tour, constate-t-il, du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, de reconnaitre les nombreuses anomalies lors du scrutin législatif du 28 septembre. Des anomalies qui concernent d’après le porte-parole du gouvernement Damantang Albert Camara huit circonscriptions électorales. »
Toutefois, rapporte Guinée Direct, Albert Damantang Camara a quelque peu minimisé l’étendue des fraudes supposées. En effet, « s’il y a eu des anomalies dans huit circonscriptions, cela suppose, a-t-il déclaré, que dans les trente autres les choses se sont correctement passées. »
En tout cas, relève Le Jour Guinée, le gouvernement serait prêt à une « annulation » du vote dans ces circonscriptions, suivant ainsi les recommandations des observateurs de l’Union européenne. Mais l’opposition reste « inflexible ». L’opposition, qui assure qu’il y a eu des fraudes dans d’autres régions du pays, réclame l’annulation globale du scrutin.
Ce qui est sûr, rapporte le quotidien La Croix en France, c’est que « la lenteur de l’annonce des résultats provisoires ne fait que renforcer la méfiance et ajoute à la tension qui règne dans les rues de Conakry. La Céni est très critiquée. Malgré de multiples reports du scrutin, la commission n’a pas pu corriger les nombreux dysfonctionnements ayant entaché le vote – mauvaise cartographie des bureaux de vote, retard dans la centralisation des procès-verbaux, cartes d’électeurs non distribuées… Hier, le médiateur de l’ONU a demandé la publication des résultats dans les plus brefs délais. Quant au président guinéen, Alpha Condé, il déclarait avant-hier, rapporte encore La Croix, n’être "ni impressionné ni gêné" par les accusations de fraudes. "Ceux qui pensent déstabiliser la Guinée se trompent", a-t-il dit. Avant d’ajouter : "La Guinée ne sera pas déstabilisée." »