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    Michel Thierry Atangana, ancien détenu au Cameroun

    Michel Thierry Atangana. AFP/Alain Jocard

      « Je réapprends à vivre. […] Ce n’est pas évident d’effacer 17 longues années de solitude et de souffrance. […] Je dois remercier le CICR, la Croix-Rouge qui a fait d’énormes efforts pour améliorer nos conditions de détention. »

      Un témoignage aujourd’hui sur RFI : celui de Michel Thierry Atangana, Franco-Camerounais libéré il y a dix jours après 17 ans de prison à Yaoundé. Depuis vendredi, l’expert financier est en France. Comment a-t-il survécu ? Que pense-t-il de ceux qui lui ont pris 17 ans de sa vie ? A 49 ans, que compte-t-il faire ? L’ancien prisonnier répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

      RFI : Dix jours après votre libération, comment vous sentez-vous ?

      Michel Thierry Atangana : Je réapprends à vivre. Je fais les premiers pas comme un enfant qui a été privé du bien précieux de la vie qu’est la liberté. Donc chaque jour est une épreuve. Ce n’est pas évident d’effacer 17 longues années de solitude et de souffrance.

      17 ans, ce n’est pas 17 jours, comme dit votre avocat Maître Charles Tchoungang…

      Tout est difficile : la prison demande une longue montée vers la reconstruction de soi.

      Ce qu’il faut dire, c’est que vous n’étiez pas dans une prison normale, vous étiez dans une cellule en isolement !

      Totalement.

      Vous pouvez décrire un petit peu cet endroit ?

      L’endroit est sinistre. Il est dans l’ombre, une cave. Il n’y a pas d’air. Il n’y a pas de fenêtre. Et je dois remercier la Croix-Rouge qui a fait d’énormes efforts pour améliorer nos conditions de détention.

      Est-ce que vous pouviez voir la lumière du jour ?

      Non, de la cellule, on ne peut pas la voir parce qu’il n’y a pas de fenêtre.

      C’était la lumière électrique ?

      Electrique.

      Est-ce que vous pouviez sortir une fois par jour ?

      Il y avait des heures de sortie pour aller prendre l’air sous une véranda. Aucune permission n’est autorisée pour pouvoir aller voir la famille. Il faut juste attendre le déroulement des jours.

      Et puis votre maman est décédée pendant votre détention…

      Je dois parler de cela avec beaucoup de peine. Là où j’étais détenu, c’était à quelques pas de là où elle était enterrée. J’ai supplié pour avoir la possibilité d’aller lui dire adieu. Cela m’a été refusé. Donc pour les hommes, pour l’humanité, ce sont des comportements qui ne doivent pas se reproduire.

      Quels étaient vos liens avec l’extérieur ?

      Ma relation avec l’extérieur, c’est essentiellement RFI et vraiment je dois dire merci parce que dans ma cellule, ma principale compagne de ces 17 longues années, c’était RFI.

      Ça vous a aidé ?

      Ça ne m’a pas aidé, ça m’a sauvé la vie. C’est sur RFI que je suis la première fois une émission et où j’entends un monsieur interrogé par une de vos consœurs, Monsieur Ibrahim Sorel Keita. J’entends cette voix et j’appelle le lendemain ma sœur Honorine lui demandant de trouver Ibrahim. Et c’est ainsi que le comité de soutien de Paris est né en appelant Monsieur Dominique Sopo, ancien président de SOS Racisme.

      Ça veut dire que RFI peut énormément aider. Je veux juste ajouter une petite pointe personnelle : les otages, il faut en parler ; les prisonniers, il faut en parler ; Lydienne Yen Eyoum, il faut en parler. Cette femme souffre, il faut en parler tout le temps.

      Maître Lydienne Yen Eyoum est une avocate franco-camerounaise qui est en prison depuis quatre ans à Yaoundé. Aujourd’hui, vous pensez à elle ?

      Dès que mes pieds ont touché le sol français, dans mes entretiens avec le sénateur Jean-Yves Leconte et Madame Hélène Conway, ministre chargée des Français de l’étranger, mes premiers mots étaient de dire « je suis content d’être là mais faites quelque chose pour Lydienne Yen Eyoum ».

      Les premières années, vous étiez non seulement à l’isolement mais vous étiez oublié par les autorités françaises. Quand est-ce que ça a commencé à changer ?

      Monsieur Bruno Gain, je lui dois tout. C’était l’ambassadeur de France au Cameroun. C’était en 2007-2008. Après 12 années d’interruption, c’est Monsieur Bruno Gain qui a rétabli les visites consulaires.

      Ça, c’était sous la présidence Sarkozy ?

      Oui, sous Sarkozy, j’ai commencé à avoir des visites, mais ce qu’a fait François Hollande est exceptionnel. Ses lettres qu’il m’envoie dans ma cellule... Imaginez l’émotion d’un prisonnier !

      C'était l'année dernière...

      L’année dernière. Après cela, sur RFI encore, imaginez ce que j’ai ressenti quand vous avez posé la question à François Hollande sur ma situation. Et la réponse ! Cela vous fait dormir, au moins cette nuit-là.

      Le 31 mai dernier, François Hollande a dit que votre détention était inadmissible. Ce jour-là, vous vous êtes dit, « c’est bon je vais sortir » ?

      Je ne me suis pas dit « je vais sortir ». Je me suis dit que mon pays ne m’oublie pas. La France respecte la souveraineté de l’Etat du Cameroun, mais j’ai cette phrase que je garde pour moi, que je peux aussi vous communiquer : on peut désespérer les hommes mais il ne faut jamais désespérer de la France.

      Entre le Cameroun et la France, les relations sont très souvent bonnes mais est-ce que votre affaire ne les a pas détériorées ?

      Ce que je veux, c’est que les entreprises françaises sachent que le Cameroun est un bon risque et que le Cameroun sache que la France est un pays qui peut l’aider et qui peut participer aux efforts faits par le président Paul Biya pour l’émergence.

      Ça, c’est un petit peu l’expert financier que vous étiez avant 1997 qui revient ?

      Mais je [le] reste, et je n’ai pas perdu cette qualité.

      Vous n’avez pas perdu la main ?

      Je n’ai pas perdu la main. Je veux continuer. [Un de] mes rêves c’est de retravailler. Je suis Français, l’Occident peut participer à un transfert des technologies aptes à susciter un mouvement de création d’emplois. Toutes les décisions que prend le président Paul Biya, c’est dans ce sens-là.

      Est-ce que vous avez demandé la grâce à Paul Biya ?

      Je l’ai demandé à la suite de la condamnation du 17 décembre, puisqu’il n’y avait plus d’autres voies de recours. Oui, j’ai écrit au président de la République pour demander une grâce et je dois le remercier.

      Vous voulez le remercier, mais n’est-ce pas aussi à cause de lui que vous avez fait 17 ans de prison ?

      Telle n’est pas mon analyse. Je sais que c’est ce que tout le monde attend de moi. Le président de la République, à mon humble avis, n’est pas responsable de cette détention. Ce sont des individus de mauvaise foi.

      Dans son entourage ?

      Dans son entourage, des individus qui montent ces cabales judiciaires avec une seule ambition : se maintenir au pouvoir par des moyens indignes.

      N’était-ce pas aussi parce que vous étiez un proche de Titus Edzoa et que celui-ci s’était présenté contre Paul Biya ?

      Proche de Titus Edzoa si vous voulez. Ai-je été le seul dans tout le Cameroun à être proche du professeur Titus Edzoa ? M’a-t-il nommé à quelque chose pour que je sois redevable ?

      On a dit que vous étiez son directeur de campagne...

      Ce n’est pas vrai du tout, mais simplement ça arrangeait tout le monde de présenter Atangana comme l’ennemi public numéro 1.

      Ça arrangeait tout le monde, pourquoi ? Peut-être parce que vous représentiez des sociétés internationales qui avaient des créances ? Et est-ce que certains ne se sont pas dits : si on met Atangana en prison, je pourrais échapper à ce remboursement ?

      Peut-être que la dette cumulée et actualisée à plus de 338 milliards de francs CFA, ce n’est pas un chiffre qui laisse quelqu’un indifférent.

      Dans son avis du 13 novembre dernier, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a demandé au gouvernement camerounais non seulement de vous libérer immédiatement pour mettre fin à votre détention arbitraire, mais aussi de vous verser une indemnisation pour les préjudices qui vous ont été causés. Qu’est-ce que vous attendez aujourd’hui de Yaoundé ?

      Ce que j’attends, c’est que cet avis soit appliqué dans son entièreté. Et l’ONU veillera à appliquer ses propres décisions.

      Est-ce que vous souhaitez que ceux qui vous ont fait du mal rendent des comptes ?

      Mon souhait n’est pas cela. Je n’ai pas de haine. J’ai perdu 17 ans. Le mal qui m’a été fait est un mal irréparable. Que ceux qui vous écoutent sachent qu’on ne peut pas garder un être humain pendant 17 ans et qu’à la 17e année, on décide de lui accorder encore un délai supplémentaire de 20 ans. Cela n’est admissible pour personne. Mais mon seul rêve n’est pas de rendre le mal que les uns et les autres auraient fait. Moi, je suis chrétien pratiquant. Je ne voudrais pas passer ma vie à vouloir faire du mal aux autres.

      Pendant ces 17 ans, il y a certainement eu des moments où vous étiez très malheureux. Qu’est-ce qui vous a permis de tenir à ces moments-là ?

      Pour vous répondre franchement, il faut simplement prendre sa bible, son chapelet, prier mais en sachant que chaque jour pouvait être le dernier. Je dois dire qu’à la fin, avec tout ce que j’ai connu comme problèmes familiaux, problèmes personnels, le compte scellé, les activités en lambeaux, la formation que j’ai reçue chez les jésuites m’a beaucoup aidée dans cette cellule.

      Je veux dire merci aux auditeurs de RFI parce qu’il m’est arrivé d’entendre, il n’y a pas longtemps, des appels en soutien. Et je veux m’incliner respectueusement devant la mémoire des journalistes de RFI qui sont tombés pendant qu’ils exerçaient leur mission d’information. Le prix humain est trop lourd. Mais ne vous découragez pas, continuez à informer. On en a besoin.

      Ghislaine Dupont, Claude Verlon, Jean Hélène. J’avais une petite pointe en écoutant le portrait de Ghislaine Dupont ; Alassane Ouattara qui disait que Ghislaine pouvait être capable de vous harceler pour avoir une vérité. Je me suis dit : si je l’avais rencontrée, elle aurait peut-être harcelé votre président pour avoir la vérité sur mon dossier et ça m’aurait peut-être permis de gagner un an ou deux. Je prie pour qu’elle repose en paix avec Claude Verlon.


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