GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 15 Décembre
Dimanche 16 Décembre
Lundi 17 Décembre
Mardi 18 Décembre
Aujourd'hui
Jeudi 20 Décembre
Vendredi 21 Décembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Fatou Kiné Camara, présidente de l'AJS

    La présidente de l'Association des juristes sénégalaises, Fatou Kiné Camara. DR

    « Les fondements de l'inégalité homme/femme se trouvent dans la famille. Donc à partir du moment où les choses ne changent pas dans la famille [...] la société patriarcale est sûre qu'elle va se reproduire. »

    « L’égalité pour les femmes, c’est le progrès pour toutes et tous », voilà le thème de la Journée internationale de la femme aujourd'hui. L'égalité homme/femme progresse-t-elle sur le continent africain ? Fatou Kiné Camara est présidente de l'Association des juristes sénégalaises (AJS).

    RFI : Où en est-on aujourd’hui en 2014 des droits des femmes en Afrique ? Est-ce que cela avance ou bien est-ce que cela recule ?

    Fatou Kiné Camara : Les deux. C’est à dire qu’il y a des avancées, de grandes avancées même et on ne peut que s’en féliciter. Et puis évidemment il y a des reculs et il y aussi des cas où ça stagne.

    Les grandes avancées dont nous sommes très, très fiers, c’est que nous avons en ce moment trois femmes présidentes et une femme qui est à la tête de la Commission de l’exécutif de l’Union africaine. Ce sont de motifs de fierté de voir que la cause des femmes avance. Dans différents pays africains nous avons des lois assez progressistes, ou en tout cas qui font avancer l’égalité homme-femme.

    Chez nous (au Sénégal NDLR), nous venons d’avoir la loi sur la nationalité, qui donne des droits égaux aux femmes et aux hommes dans la transmission de leur nationalité. Nous avons eu la loi sur la parité. Donc il y a des avancées. Mais, hélas ! Il y a encore des points où ça recule et notamment en matière des droits de la famille.

    Parce que le fondement d’une égalité homme-femme se trouve dans la famille. On est d’abord d’une famille, d’une éducation. Donc à partir du moment où les choses ne changent pas dans la famille, on peut être sûr que ce qu’on va prendre dans la famille, à savoir la hiérarchie des sexes, si c’est le petit garçon qui est supérieur à la petite fille, si c’est le petit garçon qui a le droit de sortir, de jouer… et que c’est à la petite fille de rester, de faire les travaux ménagers… tant que ça, ça reste dans la famille, la société patriarcale est sûre de de se reproduire. C’est le lieu de reproduction du système patriarcal.

    L’Afrique pourtant est novatrice, avec le protocole de Maputo signé en 2003. Tout le monde ne l’a pas ratifié, mais il promeut les droits des femmes sur le continent.

    Exactement. Il y a le principe de la parité à tous les niveaux des processus électoraux et aussi les institutions qui décident des questions de développement. Et autre chose : il faut aussi une représentation équitable des femmes dans les institutions judiciaires et dans les institutions qui sont chargées de l’application de la loi. Ça aussi, c’est absolument visionnaire, parce que c’est une convention qui l’impose aux Etats signataires.

    En plus, l’interruption volontaire de grossesse est un droit reconnu à la femme. Vous vous rendez compte ? On reconnaît enfin que l’interruption volontaire de grossesse est un droit fondamental de l’être humain ! Ça c’est important de voir que c’est l’Afrique qui a été visionnaire sur ce point. Et que c’est important aussi de considérer qu’à partir du moment où en Afrique on a considéré que l’interruption volontaire de grossesse est un droit de l’homme, tout leader religieux qui au nom de sa religion, interdit aux femmes l’accès à l’interruption volontaire de grossesse, il faut savoir qu’il ne porte pas un message humaniste, mais au contraire un message qui est contre les droits de l’être humain ! Le fait d’interdire l’interruption volontaire de grossesse, n’empêche pas les femmes d’y avoir recours. Ces lois qui l’interdisent font juste que cela devienne mortel, mortifère pour les femmes : 47 000 femmes meurent par an d’avortements clandestins.

    Sur la scène politique, vous l’avez dit, il y a des femmes qui occupent des places importantes, Joyce Banda, Nkosazana Dlamini-Zuma, Aminata Touré, Catherine Samba-Panza… Est-ce un signe encourageant ou bien c’est l’arbre qui cache la forêt ?

    C’est encourageant. Parce que l’important c’est que les petites filles vont grandir en voyant ces femmes leaders. Ici chez nous au Sénégal, quand on voit Aminata Touré, quand elle a fait sa déclaration de politique générale je peux vous dire que toutes les femmes étaient fières, et même les hommes étaient fiers ! Parce que c’est quand même une leader qui représente le Sénégal. Il ne faut jamais minimiser la dimension du rêve. Parce que c’est déjà dans le subconscient, dans l’esprit qu’on se pose des limites. A partir du moment où ces femmes-là ont réussi à dépasser les limites que leur société leur imposait, ça ouvre des horizons à toutes les petites filles. Et c’est ça qui est important.

    Au Sénégal encore une loi sur la parité a été votée en mai 2010. A-t-elle changé les choses ?

    Elle a été votée. Maintenant il y a ce que l’on appelle le retour de bâton. Ça n’a pas encore facilité les choses pour les femmes, parce qu’elles doivent se battre pour conserver cet acquis. Elles doivent se battre pour surmonter l’hostilité que ça engendrait. Il y a des contrecoups et nous sommes assez fortes, je pense, les femmes au Sénégal – et les hommes qui soutiennent la cause des femmes – pour surmonter les difficultés.

    Quelles sont les priorités aujourd’hui pour faire avancer l’égalité des sexes, pour éliminer la discrimination à l’encontre des femmes ? Ça passe par plus de lois ou bien par une action éducative auprès de la population pour modifier certaines pratiques ?

    Il faut les deux. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Il faut changer les lois. Parce qu’il est impératif que les lois soient égalitaires -on ne peut pas admettre que dans un pays il y ait des citoyens de seconde zone-, mais il faut aussi l’éducation.

    C’est à dire qu’il faut par des campagnes médiatiques, des campagnes d’affichage, par tous les moyens imaginables, dans les écoles évidemment – très, très jeune – puis dans les programmes scolaires, on mette ce principe d’égalité. Et je veux vraiment le dire, que Desmond Tutu avait expliqué que le système de l’apartheid était un système déshumanisant, y compris pour les blancs qui pourtant en bénéficiaient économiquement. Parce qu’en infligeant à l’autre une souffrance, en considérant l’autre comme étant un sous-humain, le soi-disant bénéficiaire, il se déshumanise lui-même.

    Donc il faut que les hommes comprennent qu’en acceptant que des femmes soient considérées comme étant inférieures, des objets sexuels ou des petites filles bonnes à marier, ils sont en train eux-mêmes de se déshumaniser et de perdre une partie de ce qui fait notre humanité à tous.


    Sur le même sujet

    • 1. Le droit à l’avortement : un combat

      En savoir plus

    • Les grandes voyageuses du monde

      En savoir plus

    • Journée internationale de la femme

      Kinshasa et les femmes francophones, actrices du développement

      En savoir plus

    • Le combat du féminisme est-il gagné? Les batailles ont-elles changé?

      En savoir plus

    • Journée internationale de la femme

      Quand des femmes musulmanes disent leur révolte

      En savoir plus

    • 1. Musulmanes et laïques en révolte

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.