GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 13 Août
Mercredi 14 Août
Jeudi 15 Août
Vendredi 16 Août
Aujourd'hui
Dimanche 18 Août
Lundi 19 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Thierry Perret, ancien journaliste, attaché de coopération à Alger

    Thierry Perret. RFI

    « Dans le cas du Mali, tous les observateurs extérieurs sont séduits par son souci et son respect d’un mode de vie traditionnel. Mais, lorsqu’on pousse un petit peu l’analyse, cet attachement à la tradition - on pourrait même dire cette résistance au changement et à une certaine modernisation des mentalités - est source de beaucoup de dysfonctionnements, surtout lorsqu’on est dans un monde interconnecté où il y a une nécessité de faire évoluer les choses vers un peu plus d’individualisme, et donc un peu moins de soumission à la famille, au clan, à la communauté, même si, là, il faudrait introduire des nuances : le Mali n’est pas un Etat ethnique. »

    « Au Mali, le rêve s’est effondré », écrit Thierry Perret à propos du régime démocratique que les putschistes ont renversé en 2012. Pourquoi cette catastrophe ? Est-ce uniquement à cause de la corruption des élites ? Notre ancien confrère de RFI, qui est aujourd’hui attaché de coopération à Alger, publie chez Karthala, Mali, une crise au Sahel. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Après vingt ans de démocratie, l’Etat malien s’est effondré. C’est ce que vous appelez « la grande illusion malienne ». Comment expliquez-vous la popularité des putschistes en 2012 à Bamako ?

    Thierry Perret : Je crois que cela était une surprise surtout à l’extérieur du Mali. A l’intérieur, on savait qu’il y avait évidemment une certaine désaffection pour le pouvoir d’Amadou Toumani Touré. Je pense que toute même, les événements au nord ont été décisifs pour expliquer cette colère. Maintenant, et c’est une des lignes de mon livre, il est certain que la démocratie à la malienne, qui avait inspiré un certain enthousiasme au début des années 1990, a progressivement perdu une certaine énergie qui faisait qu’elle était une expérience originale et novatrice en Afrique. Une partie des difficultés de 2012 viennent de cette progressive désaffection pour la démocratie de la part de ces populations elles-mêmes, qui ne s’y retrouvaient pas.

    Il y a vingt ans, au lendemain des conférences nationales, à l’époque où vous étiez correspondant de RFI en Afrique de l’Ouest, vous publiiez Afrique ; Voyage en démocratie ; Les années cha cha. Vous aussi, à l’époque, vous étiez tombé dans le panneau ?

    Oui, et je pense qu’on avait tous eu raison, à un certain degré, de tomber dans le panneau. Il y a eu une vraie mobilisation populaire. Il faut quand même se souvenir d’où on venait. Dans le cas du Mali, évoquer la dictature - et je crois que le mot n’est pas trop fort - de Moussa Traoré, ce n’est pas rien. Maintenant, la démocratie n’est pas qu’un système institutionnel, il faut aussi que tout le pays, tout un Etat et une nation se constituent autour de cette idée et de ce projet.

    La démocratie c’est aussi une société, dites-vous. Et vous citez longuement le regretté Moussa Konaté, notamment cette phrase : « Le pacte entre l’individu et la société est basé sur la soumission à la famille et tout est subordonné à cela, même l’amour. »

    Dans le cas du Mali, tous les observateurs extérieurs sont séduits par son souci et son respect d'un mode de vie traditionnel. Lorsqu’on pousse un peu l’analyse, il est vrai que cet attachement à la tradition - on pourrait même dire cette résistance au changement et à une certaine modernisation des mentalités - est source de beaucoup de dysfonctionnement, surtout quand on est dans un monde interconnecté où il y a une nécessité de faire évoluer les choses vers un peu plus d’individualisme, et donc un peu moins de soumission à la famille, au clan, à la communauté… Même si - et là, il faudrait introduire des nuances - le Mali n’est pas un Etat ethnique.

    Vous êtes assez sévère avec la démocratie du temps Alpha Omar Konaré et Amadou Toumani Touré. Vous dites qu’elle était minée par les divisons, la corruption et que son objectif essentiel était la conquête du pouvoir pour soi et les siens, c’est-à-dire pour la famille.

    Ce constat a plutôt été le constat généralisé qui a été fait en 2012. Moi, je suis beaucoup plus retenu. Le Mali a souffert de l’absence de contre-pouvoirs. Il a souffert de l’absence d’une presse qui ne s’est pas vraiment consolidée pendant vingt ans. Pour autant, j’aurais plutôt tendance à dire qu’on a fait un procès excessif à la démocratisation à la malienne, parce qu’on ne peut pas demander à des élites politiques plus que ce qu’un peuple lui-même est en mesure de donner.

    Vous pointez au Mali la culture du consensus. Du coup, on ne fait jamais rien de décisif, dites-vous ?

    Le mot est un peu fort, et il m’a d’ailleurs été reproché. Le consensus, c’est ce qui a un peu défini le régime d’Amadou Toumani Touré. Ce qui était dans la norme : un consensus politique, puisqu’il n’y avait plus vraiment d’opposition politique. Là, je me suis demandé si c’était un service à rendre à une expérience démocratique qui a besoin, pour progresser, de débats voire d’affrontements dans un cadre régulé, alors que le consensus permettait justement tout ce qu’on a ensuite dénoncé, c’est-à-dire une sorte de partage du gâteau entre les élites politiques. Il y a eu, en tout cas, une carence que tout le monde, finalement, a soulignée.

    Jamais les Maliens n’auraient voté pour un leader politique qui aurait promis de les remettre au travail, écrivez-vous encore. Voulez-vous dire que les hommes politiques maliens sont de grands démagogues ?

    Il y a toujours de la démagogie en politique. Je pense que les leaders maliens sont confrontés à une situation assez compliquée. Ils ont face à eux une société plutôt portée vers le compromis, qui demande en permanence des arbitrages, qui est assez opposée à la sanction. Et ce sont des modes de comportements qui ne favorisent sans doute pas le travail, le travail individualisé et la performance.

    Et ce constat est-il valable pour le nouveau président IBK ?

    Il faut laisser au nouveau président le temps de faire ses preuves dans un contexte difficile. S’il y avait un message à faire passer, j’aurais tendance à dire qu’on ne peut pas revenir aux recettes du passé. La crise l’a montré. Il y aurait une nécessité d’un sursaut. D’où il viendra ? Par qui il viendra ? La tâche est complexe.

    Ibrahim Boubacar Keïta était le Premier ministre du président Konaré. Est-ce un homme du passé, un homme du système ? Ou au contraire un homme de renouveau ?

    C’est peut-être à la fois sa faiblesse et son atout. C’est-à-dire qu’il n’est pas venu de nulle part, il connait parfaitement le système et je pense que si on veut avoir une chance de réformer ce système, il faut y aller en bonne connaissance de cause. Et en même temps, en tout cas depuis 1997 où il a été Premier ministre, il a su se donner une figure de personnage relativement indépendant. Il a aussi un certain charisme et cette capacité à trouver des termes et des paroles qui ont bien fonctionné, en tout cas pendant la campagne. Il y a un certain populisme chez IBK, mais on peut considérer que dans la période actuelle, c’est peut-être ce dont les Maliens avaient besoin. Ils avaient besoin de quelqu’un qui les rassure aussi sur la dignité nationale à restaurer. La lutte contre la corruption, bien sûr, est un thème qui est le bienvenu en ce moment…

    En est-il capable, de cela ?

    Qui peut le dire, en vérité ? Mais là, en l’occurrence, ce n’est pas être sévère avec les Maliens que de dire : ils n’ont pas le choix. Là, il faut des résultats maintenant.

    Mali, une crise au Sahel, paru aux éditions Karthala. Ce livre est dédié à Ghislaine Dupont et Claude Verlon, nos deux confrères assassinés à Kidal, le 2 novembre dernier. © DR


    Sur le même sujet

    • Mali

      Des discussions pour la paix au nord du Mali: oui, mais avec qui ?

      En savoir plus

    • Mali

      Mali: la Commission vérité-justice-réconciliation prend forme

      En savoir plus

    • MALI / GUINEE

      Mali: le président IBK en visite en Guinée

      En savoir plus

    • Mali

      Le Mali remet son armée à niveau

      En savoir plus

    • Algérie / Mali

      L’Algérie et le Mali relancent leur coopération sécuritaire

      En savoir plus

    • Mali

      Report des élections municipales au Mali

      En savoir plus

    • Une dizaine de combattants d'Aqmi tués dans le nord-est du Mali

      En savoir plus

    • Mali / Littérature

      Mali: disparition de l'écrivain Moussa Konaté

      En savoir plus

    • Mali / Présidentielle

      Les Maliens expatriés «fiers» de leur démocratie

      En savoir plus

    • Mali / Présidentielle

      Mali: un sursaut démocratique ?

      En savoir plus

    • Entretien / Mali

      Tiéman Coulibaly: «Soumaïla Cissé a posé là un acte qui marque vraiment le retour du Mali à sa démocratie»

      En savoir plus

    • Présidentielle Mali 2013

      Soumaïla Cissé, candidat de l’Union pour la République et la démocratie

      En savoir plus

    • Présidentielle Mali 2013

      Dramane Dembélé, candidat de l’Alliance pour la démocratie au Mali

      En savoir plus

    • Mali

      Mali : grand meeting pour la démocratie et le retour à l'ordre constitutionnel

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.