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    François Bozizé, ancien président centrafricain

    L'ancien président centrafricain François Bozizé, à Bangui, le 8 janvier 2013. REUTERS/Luc Gnago

    « Qu'on cesse de m'accuser par ci par là ; on s’acharne sur moi, j'ai souffert de mon renversement. Nous considérons la France comme arbitre dans la situation qui prévaut en Centrafrique. Si elle se transforme en bourreau contre des innocents, là, les données sont faussées. »

    Nous vous l'indiquions ces derniers jours, une liste de personnalités « sanctionnables » pour leur rôle dans la crise en Centrafrique est en cours d'élaboration aux Nations unies. Et la France joue un rôle très actif dans ce processus. Et selon nos informations les noms de François Bozizé, l'ancien président, ainsi que celui de son fils, Jean-Francis sont avancés. L'un et l'autre sont soupçonnés d'être liés aux milices anti-balakas au travers de certains de leurs chefs.

    François Bozizé, lui, dément toute responsabilité dans la crise actuelle. Mais il appelle tout de même les anti-balakas à cesser leur comportement...

    L'ancien président l'a dit à RFI dans l'interview exclusive qu'il nous a accordée.

     

    RFI : François Bozizé bonjour. Votre nom est cité sur une liste de personnes sanctionnables par les Nations unies. Comment réagissez-vous ?

    François Bozizé : Qu’on cesse de m’accuser par ci par là. J’ai souffert de mon renversement et voilà que l’on m’accule, que l’on s’acharne sur moi. Non, non… Quand même ! Où est la justice dans cette affaire ? Qu’on me laisse tranquille !

    → à (re)lire : François Bozizé sur une lise de sanctions de l'ONU

    La France ne peut pas se permettre de faire des choses de ce genre, dans la mesure où nous la considérons comme le grand arbitre dans la situation qui prévaut en République centrafricaine ! Mais si elle se transforme en bourreau contre des innocents, là les données sont faussées et la situation devient encore beaucoup plus difficile ! Le mal a été provoqué par la Séléka et Djotodia. Mais pas par Bozizé.

    Tout de même, monsieur le président, on vous reproche, après la réactivation de ces groupes anti-balaka d’avoir cherché à les organiser, à les armer à votre profit, avec l’aide d’ailleurs de certains membres de votre entourage.

    Non, non, non ! Lesquels ? Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! Bozizé est un président élu au suffrage universel, démocratiquement élu ! C’est la bête noire qu’on veut à tout prix écarter des prochaines élections. C’est ça le fond de l’affaire ! Ce n’est pas autre chose !

    Monsieur le président, des gens comme Patrice-Édouard Ngaissona ou Lévy Yakété, qui sont certains de vos proches, ont été très liés à ces anti-Balaka !

    Oh ! Non ! Sur quelles bases ceux-là sont-ils accusés de quoi que ce soit ?

    François Bozizé, on vous accuse d’instrumentaliser les milices anti-balaka. Ce que vous niez, vous venez de le dire. Quel est tout de même, en tant qu’ancien président de Centrafrique, votre message à ces milices anti-balaka qui sont responsables d’une grande partie des violences à l’heure actuelle ?

    Je suis pour la paix ! Je voudrais tout simplement que les anti-balaka cessent leur manière de faire ! C’est tout ce que je peux dire en ce qui les concerne, puisque je ne connais pas vraiment les motivations profondes qui les amènent à se comporter de cette manière. Qu’ils aillent dans le sens de la paix !

    Si effectivement ce sont eux qui le font, puisqu’il y en a aussi qui veulent la misère en Centrafrique et qui enveniment les choses pour rendre responsables les anti-balaka et autres... Je ne suis pas sur le terrain pour mieux apprécier la situation. Mais je suis pour la paix. Et pendant les dix années je me suis battu pour la paix !

    Vous dites, monsieur le président, qu’on cherche à vous écarter des prochaines présidentielles. Est-ce que vous avez l’intention de vous présenter à ces élections ?

    Je ne vois pas d’inconvénient ! Pourquoi on pourrait m’écarter de cela ?

    Mais vous allez vous présenter en février 2015 ?

    Si Dieu le veut !

    François Bozizé, quels commentaires faites-vous sur la poursuite de la violence en Centrafrique ?

    La solution c’est le dialogue entre Centrafricains. Et ce n’est pas uniquement Sangaris et Misca qui pourront résoudre le problème. C’est les Centrafricains eux-mêmes d’abord, qui doivent se retrouver pour pouvoir discuter du problème de leur pays. Mais jusque-là, les décisions se prennent ailleurs. On impose tout au peuple centrafricain et ce peuple centrafricain n’est jamais consulté.

    Vous avez le sentiment, François Bozizé, que la communauté internationale a une responsabilité dans la poursuite de la violence ?

    Dans la gestion de la situation actuelle oui ! C’est, disons, l’extérieur qui impose tout. Mais qu’on rassemble les Centrafricains, les politiques, la société civile, tout le monde, y compris moi-même ! Et nous pourrions résoudre ce problème tranquillement ! Pourquoi on nous écarte de cela ?

    Vous appelez à la tenue d’un dialogue national ?

    Un dialogue national…

    François Bozizé, quel regard portez-vous sur l’action de la force française Sangaris ?

    Je l’ai demandée ! Moi, je l’ai demandée depuis ce jour ! J’ai apprécié que, enfin, le président Hollande ait décidé d’envoyer les troupes françaises, bien que ce soit en retard. Mais mieux vaut tard que jamais. Mais le problème c’est qu’il gère la situation centrafricaine avec les comploteurs.

    Et qui sont les comploteurs ?

    Les forces étrangères qui sont aussi à Bangui. Je n’ai pas besoin de citer des noms. Vous les connaissez.

    Est-ce que vous avez le sentiment, François Bozizé, que Catherine Samba-Panza, la présidente de transition, fait ce qu’il faut pour ramener la sécurité en Centrafrique ?

    J’espérais en elle, depuis qu’elle est à la tête du pays, je n’ai jamais dit un seul mot ni entrepris quoi que ce soit contre elle ! Je croyais qu’au départ, vu qu’elle était responsable du Comité de dialogue à l’époque, je croyais qu’elle pourrait réunir tout le monde comme elle l’a fait dans ses premières déclarations. En tant que maire, elle voulait rassembler tous ses enfants. J’espérais, j'étais même sur le point de partir à Bangui. J’avais même averti certains pays.

    Mais malheureusement, les décisions qu’elle a prises par la suite m’ont retenu et je n’ai pas voulu bouger. Peut-être qu’elle se plie aux décisions extérieures. Je le crois bien. Je ne suis pas contre elle ! Djotodia est parti et j’étais sur le point de repartir chez moi et vivre la paix et tout. Mais malheureusement c’est le grand cafouillage.

     


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