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    L’économiste Thomas Piketty triomphe aux États-Unis

    L'économiste français, Thomas Piketty parle de son livre «Le capital au XXIe siècle» à Washington aux Etats-Unis, le 15 avril 2014. AFP/Ivan COURONNE

    Son livre fait un tabac dans les librairies … américaines. L’économiste français Thomas Piketty triomphe aux États-unis avec son essai Le Capital au XXIe siècle. Comment expliquer un tel engouement ?

    Avec des références assumées à Karl Marx, une proposition révolutionnaire d’impôt mondial sur les fortunes, cet essai signé d’un économiste classé à gauche aurait pu séduire, comme en France, dans les cercles de la gauche. Or c’est un succès foudroyant. Le livre épuisé est en cours de réimpression.

    Très lu, Thomas Piketty a été aussi très écouté pendant sa tournée américaine. Il a été reçu au FMI, à la Maison Blanche et bien sûr invité par de nombreux médias. Lui explique son succès par l’histoire. Il y a une tradition égalitaire aux Etats-Unis, dit Thomas Piketty, et d’ailleurs c’est aux États-Unis qu’a été inventé l’impôt progressif sur le revenu, fait-il remarquer. Les Américains retrouvent donc un peu d’eux-mêmes dans cet ouvrage qui compile les données sur l'évolution des revenus à travers le monde entier pendant deux siècles.

    Son discours sur l'accroissement des inégalités de revenus correspond aussi au vécu actuel des familles américaines
     

    5 % des Américains les plus riches ont vu leur revenu augmenter de 40 à 60 000 dollars entre 1980 et 2010, pendant que les 5 % les plus pauvres sont passés sous la barre des 5 000 dollars. Ce fossé élargi en gouffre est devenu tellement préoccupant qu'il est devenu un sujet de débat politique.

    L'accroissement des inégalités fait mal dans l’électorat démocrate parce qu’il pénalise les classes moyennes. L’étude mondiale sur le revenu des classes moyennes publiée il y a quelques jours a enfoncé le clou. La famille américaine de la classe moyenne n’est plus la mieux lotie de la planète, elle a été supplantée par la famille canadienne. Dans cet autre pays d’Amérique, les revenus de la classe moyenne ont progressé de 20 % depuis 2000, tandis qu’ils ont fait du sur place aux États-Unis. Les revenus des Canadiens comme celui des Britanniques ou des Irlandais se sont nettement améliorés en partie grâce à la redistribution. Mais aux États-Unis, le transfert de richesses est bien moins efficace, et la crise a au contraire aggravé les inégalités. Avec un american dream qui vire au cauchemar, les Américains ont peut-être trouvé en Thomas Piketty celui qui explique leurs angoisses et surtout qui a un remède avec la création d'un impôt mondial sur les grandes fortunes.


    Taxer la richesse est pourtant en général assez mal vu aux États-Unis

    Effectivement, les Américains vénèrent ceux qui réussissent grâce à leur travail ou à une idée géniale. En revanche, ils ont une piètre opinion des rentiers, des héritiers chanceux. Or le plus de Thomas Piketty, qui travaille depuis dix ans sur les inégalités, c'est de distinguer dans son étude les revenus du travail de ceux du patrimoine. L'économiste démontre qu'en période de crise, les revenus du patrimoine croissent plus vite que les revenus du travail. Car les intérêts rapportés par un capital qu'il soit sous forme de portefeuille ou de biens immobiliers sont supérieurs au taux de croissance, plat voire négatif en période de crise. D'où le grand écart entre les plus pauvres et les plus riches. La lutte contre les inégalités via la redistribution passe donc par un impôt accru sur le patrimoine plutôt que sur le revenu. Voilà une idée acceptable, voire séduisante pour la classe moyenne américaine.


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