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    Gilles Yabi, consultant indépendant sur l'Afrique de l'Ouest

    Gilles Yabi. © DR

      « Dans le contexte actuel, il est possible qu'Abuja estime que ce n'est pas le moment de négocier avec Boko Haram. Au contraire, c'est peut être le moment d'accentuer la pression pour obtenir la libération de ces jeunes filles par un usage calculé de la force. »

      Un mois après le rapt de plus de 200 jeunes filles au Nigeria, Boko Haram change de tactique et propose de négocier. Faut-il accepter ou non ? Quatre jours avant le sommet de Paris sur ce sujet, voici l'analyse de Gilles Yabi. Ce chercheur béninois a été longtemps directeur de projet à International Crisis Group. Aujourd'hui, il est consultant indépendant sur l'Afrique de l'Ouest.

      En ligne de Dakar, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

      RFI : Dans cette seconde vidéo, Aboubakar Shekau se dit prêt à relâcher les jeunes filles en échange de la libération de prisonniers de Boko Haram. Est-ce le signe qu’il revient un petit peu à la raison ?

      Gilles Yabi : Je ne sais pas si c’est le signe qu’il revient à la raison ou si c’est le signe au fond, qu’il n’a jamais perdu la raison et qu’on n’a pas affaire à un personnage totalement illuminé, ce qu’on pourrait penser de temps en temps, lorsqu’on examine les vidéos d’Aboubakar Shekau. Là, on en revient effectivement à une revendication assez classique, une recherche d’échanges de prisonniers de Boko Haram contre la libération d’une partie en tout cas, de jeunes femmes.

      Et pensez-vous comme certains qu’Aboubakar Shekau, en organisant ce kidnapping a peut-être signé son arrêt de mort ?

      Je crois qu’il est trop tôt pour affirmer cela. Boko Haram existe depuis plus de dix ans. Il a connu des évolutions significatives, puisqu’au départ c’était Mohamed Youssouf qui était le leader du groupe et qu’avec Aboubakar Shekau où effectivement, le niveau de violences est devenu beaucoup plus élevé, et les formes prises par les attaques du groupe sont diversifiées. Je crois qu’il est trop tôt pour affirmer qu’une réponse internationale plus importante suffira à signer l’arrêt de mort d’Aboubakar Shekau. Et l’arrêt de mort d’Aboubakar Shekau ne serait pas nécessairement l’arrêt de mort de Boko Haram.

      Le gouvernement du Nigeria exclut de libérer des membres de Boko Haram en échange des lycéennes. Est-ce que de fait on n’est pas dans une affaire d’otages un petit peu exceptionnelle, où les négociations risquent d’être beaucoup plus compliquées que d’habitude ?

      Il est certain qu’il ne s’agit pas de négociations classiques. Avec Boko Haram, au cours des dernières années il y a déjà eu plusieurs approches, d’approches militaires, mais il y a également eu des tentatives de négociations qui n’ont jamais abouti. Et donc il n’est pas certain qu’on soit dans une situation où le gouvernement fédéral nigérian accepterait de mener des négociations de manière ouverte. Ce serait un aveu d’impuissance très important.

      Donc il n’est pas certain qu’Abuja accepte de négocier, c’est ça ?

      Oui, dans les circonstances actuelles où on a l’impression d’une mobilisation internationale pour lutter contre Boko Haram, une mobilisation sans précédent, il est possible qu’Abuja estime que ce n’est pas le moment de négocier. Au contraire, c’est peut-être le moment d’accentuer la pression sur Boko Haram et d’essayer d’obtenir la libération de ces jeunes filles par un usage calculé de la force et non pas par des négociations.

      Pour l’archevêque de Canterbury, Boko Haram est un mouvement irrationnel. Est-ce qu’on peut négocier avec ce mouvement ?

      Je ne pense pas qu’on puisse qualifier le mouvement d’irrationnel. Il y a toujours une rationalité dans ce type de groupe. Et d’ailleurs, il y a un contexte politique économique social au Nigeria qui est dans certaines régions, en particulier du Nord, a permis à ce groupe d’atteindre la taille critique qu’il a pu atteindre ces dernières années. Mais de là à négocier avec un tel groupe ? Je crois que les négociations classiques ne fonctionneraient sans doute pas.

      Maintenant, il faut peut-être toujours maintenir la possibilité d’isoler le leader et les éléments les plus importants, les plus déterminés autour du leader de Boko Haram et d’essayer de les déconnecter du tissu local qui lui permet de mener des attaques et de rester forts. C'est-à-dire de couper au fond le cordon entre Boko Haram et l’environnement socioculturel dans lequel il opère.

      Et de ce point de vue à quoi peut servir le sommet proposé par le président français François Hollande, samedi prochain à Paris ?

      Il peut permettre de rassembler des acteurs régionaux qui sont tous affectés par le phénomène Boko Haram. Le Nigeria bien sûr, mais également le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin, et permettre donc d’avoir une coordination plus importante que ce qui existait jusque-là. Mais en même temps, cela traduit également un puissant aveu de dépendance du Nigeria, un pays important en Afrique, puissance démographique, puissance économique, i ne devrait pas avoir besoin d’une initiative française.

      Voulez-vous dire que ce sommet à Paris c’est le signe, peut-être, que Goodluck Jonathan a besoin du soutien de François Hollande pour convaincre Paul Biya de l’aider à lutter contre Boko Haram ?

      Oui, cela est possible. C’est-à-dire que la France est un acteur majeur, sécuritaire en Afrique de l’Ouest. Traditionnellement, on avait la France d’un côté et le Nigeria justement, comme autre puissance de la région et donc à priori plus légitime. Mais c’est clair que la division entre les francophones et les anglophones en Afrique de l’Ouest est un fait qui résiste à l’usure du temps et que Paris peut avoir une force de persuasion sur des pays comme le Cameroun plus importante que ne pourrait l’avoir Abuja.

      Et c’est vrai que le sommet de Paris peut servir essentiellement à casser, peut-être, cette difficulté qu’il y a à coopérer entre le Nigeria et le Cameroun, le Nigeria et de manière générale ses voisins francophones comme le Niger et le Tchad également, où la France a évidemment une influence beaucoup plus importante.

      Est-ce que la France a une légitimité dans cette affaire ?

      Je crois que l’initiative de François Hollande témoigne d’un volontarisme peut-être également sans précédent de la France, sur les questions sécuritaires sur le continent. Il y a déjà eu le sommet sur la sécurité en Afrique qui s’est tenu en décembre dernier dans le contexte de la crise de la République centrafricaine. Et avant cela, l’intervention au Mali.

      Et donc la France a dans une certaine mesure, gagné une forme de légitimité, précisément depuis son intervention au Mali, ça a été salué par tous les acteurs importants sur le continent. Maintenant, si le sommet a lieu à Paris effectivement sur Boko Haram, c’est qu’il aura été avalisé par les autorités nigérianes. Et donc dans ce contexte-là, il sera difficile de contester la légitimité de la France sur ce dossier Boko Haram.


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