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    Denis Sassou N'Guesso: «Changer la Constitution dans l’intérêt du pays»

    Le président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso en conférence de presse avant le sommet Etats-Unis/Afrique à Washington, le 1er août 2014. AFP/ Jim Watson

      Le président du Congo-Brazzaville ne ferme pas la porte à un nouveau mandat. Denis Sassou Nguesso est arrivé à Washington bien avant l'ouverture du sommet Etats-Unis/Afrique des 4, 5, et 6 août. Son deuxième mandat arrive à échéance en 2016. En théorie, il ne peut pas se représenter : il est visé par la limite d'âge et le plafond des mandats, mais cet obstacle pourrait être levé par une révision de la Constitution, n'en déplaise à la Maison Blanche. Il s'en explique longuement sur RFI, interviewé par Nicolas Champeaux.
       

      RFI : Vous êtes arrivé à Washington tôt avant le sommet, flanqué de trois ministres. Est-ce à dire que ce sommet Etats-Unis/Afrique suscite votre enthousiasme ? Quelles retombées attendez-vous ?

      Denis Sassou Nguesso : Nous pensons que c’est une rencontre importante. Les Etats-Unis d’Amérique et l’Afrique ont un partenariat important dans tous les domaines à développer. Et il est heureux que le président Obama ait pris l’initiative d’organiser ces deux rencontres. L’Afrique ne va continuer éternellement d’être la cinquième roue du carrosse.

      Beaucoup d’observateurs pensent qu’au cours de ce siècle, l’Afrique peut connaître une marche en avant. Il est important que la plus grande puissance économique, militaire, technologique du monde s’intéresse à un continent comme celui-là. Nous allons donc échanger avec le président Obama sur ce thème. Si cela débouche sur la définition d’un partenariat gagnant-gagnant, ce serait un bon message qu’on passerait au monde.

      La Maison Blanche et le département d’Etat l’ont dit à plusieurs reprises : ils sont contre l’idée de modifier la Constitution pour pouvoir prétendre à un mandat supplémentaire. Envisagez-vous de modifier la Constitution en 2016 pour pouvoir de nouveau vous présenter ?

      Nous n’avons pas ce débat au Congo. Le débat qui se développe au niveau du peuple, c’est le débat en vue d’un changement de la Constitution parce qu’on pense que la Constitution actuelle a atteint certaines limites. Il s’agit du débat pour changer la Constitution, pas pour qu’un président par une volonté de puissance veuille changer la Constitution pour lui, mais pour le pays, pour que les institutions du pays progressent.

      La modification de la Constitution ne doit pas nécessairement toucher, selon vous, la limite d’âge pour se présenter au pouvoir ou le nombre maximum de mandats ?

      Mais cela dépend de la volonté populaire. De toute façon, la Constitution, si elle doit être changée, elle ne peut l’être qu’à travers un référendum. Et s’il y a référendum populaire, je ne vois pas quelle est la force de la démocratie qui pourrait être déçue de la volonté du peuple exprimé par référendum.

      Si on résume ce que vous nous dites, aujourd’hui vous ne fermez pas la porte à une nouvelle candidature en 2016 ?

      Cette question n’est pas à l’ordre du jour. La question qui est à l’ordre du jour, c’est celle de savoir si on change la Constitution dans l’intérêt du pays pour faire progresser les institutions et la démocratie, ou pas.

      L’intérêt des pays africains, selon le président Barack Obama, c’est le renouvellement du sang neuf. Il a dit devant de jeunes cadres africains : « Quand un homme ou une femme reste trop longtemps au pouvoir, il ou elle agit surtout pour durer et non pour le bien du pays. » Est-ce que vous partagez son analyse ?

      Je n’engage pas une polémique sur cette question-là. En Allemagne, lorsque les Allemands ont voulu d’un troisième mandat pour Madame Merkel, à cause de l’efficacité de son travail, le peuple allemand lui a donné un troisième mandat et pourrait encore peut-être lui en donner un quatrième. Le Premier ministre du Luxembourg [Jean-Claude Juncker, ndlr] est resté très longtemps [à son poste], c’est maintenant seulement qu’il va à la Commission de l’Union européenne. C’est la volonté des peuples. Il faut toujours l’interpréter comme ça et non pas le voir à travers quelques volontés de puissances.

      A Brazzaville, vous avez réuni les principaux belligérants sur la Centrafrique autour de la table. Ils ont accepté de signer un accord, ce qui n’était pas gagné d’avance. En revanche, les combats se poursuivent. On l’a vu notamment dans le nord du pays. Cet accord est contesté par certains membres de la Seleka. Comment faire en sorte qu’il soit vraiment appliqué ?

      Nous avons à Brazzaville voulu parler avec toutes les parties. Les Seleka étaient représentées. L’accord a été signé par l’un des vice-présidents de l’organisation de la Seleka et par les responsables anti-balaka et autres responsables religieux, des ONG et des partis politiques.

      Maintenant s’il y a quelques divergences au sein de la Seleka… On a déjà vu des cessez-le-feu violés par certaines parties. Mais les personnes qui ne croient pas aux efforts qui ont été engagés à Brazzaville en vue de permettre la cessation des hostilités, il faut que ces personnes-là aient une alternative. S’il n’y a pas d’alternative, nous pensons avoir posé ce premier pas très important, et il faut poursuivre ce travail à l’intérieur de la RCA. Nous ne pensons pas que la Seleka ait une autre alternative qui dépasse de fait d’abord de cesser les hostilités et d’engager des dialogues en vue de la réconciliation nationale et la mise en place d’institutions définitives à travers des élections.


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