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    Z. Diabré:«Pas besoin d'homme fort pour avoir des institutions fortes»

    Zéphirin Diabré, président de l'UPC, l'Union pour le progrès et le changement au Burkina Faso. Fan club de Zéphirin Diabré/Facebook

    Les pays d'Afrique ont-ils besoin d'hommes forts pour construire leurs institutions ? Lors de son passage à Washington pour le sommet États-Unis–Afrique, le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, a affirmé que oui. C'était au micro de RFI. Le chef de l'Etat burkinabè a également indiqué qu'il pourrait avoir recours au référendum pour trancher la question d'une modification de la Constitution, et éventuellement se représenter en 2015. L'opposition burkinabè lui répond aujourd'hui par la voix de son chef de file, Zéphirin Diabré, président de l'Union pour le progrès et le changement (UPC). Il est interrogé par Laurent Correau.
     

    « Il n’y a pas d’institution forte s’il n’y a pas bien sûr d’homme fort », a déclaré le président burkinabè Blaise Compaoré, lors d’une interview qu’il a accordée à RFI. « Il faut une construction des institutions dans la durée, la stabilité ». Qu’est-ce que vous en dites ?

    Zéphirin Diabré : Non, je ne suis pas d’accord avec cette interprétation de la notion « d’institution et d’homme fort ». On n’a pas besoin d’homme fort pour avoir des institutions fortes. On a besoin d’hommes grands. Il y a une grande différence. L’Afrique a connu des hommes forts. Mobutu est un exemple, il était omnipotent, omniscient, il dirigeait le pays d’une main de fer. Il était très autoritaire, vénéré, respecté et craint par tout le monde. Il n’a pas laissé un héritage qui puisse nous inspirer aujourd’hui en termes d’institutions. Mandela était un grand homme. Il n’était pas un homme fort. C’était un démocrate qui parfois même a été mis en minorité au sein de son propre parti et qui a milité malgré sa dimension historique, a accepté de suivre les règles des uns et des autres. Lui a laissé un héritage. Ce ne sont pas les hommes forts qui laissent des héritages, ce sont les hommes grands.

    Et dans le cas du Burkina Faso, qu’est-ce que vous considéreriez comme un homme grand ?

    Qui respecterait la Constitution aujourd’hui, qui préparerait une génération pour poursuivre le développement du pays, qui se plierait aux règles du jeu telles qu’elles ont été arrêtées consensuellement au lendemain de la mort tragique de Norbert Zongo [journaliste burkinabè assassiné le 13 décembre 1998 avec trois de ses proches, retrouvés morts et calcinés dans un véhicule. Fait survenu après que le journaliste ait commencé une enquête autour de la mort mystérieuse de David Ouedraogo, le chauffeur de François Compaoré, frère du président burkinabé, Blaise Compaoré].

    Mais pourtant quand le président Compaoré dit qu’il y a débat, qu’il y a deux camps et que seul le référendum va permettre véritablement de départager ces deux camps. C’est un discours démocratique ? Allons aux urnes et comptons-nous.

    Oui, tout à fait. La question pour nous est d’abord d’opportunités. Il y a eu un consensus politique autour de la question, autour de notre histoire récente après d’ailleurs des difficultés. La question est allée et est revenue. La question est de savoir s’il est opportun aujourd’hui, comme le disent ses partisans, de changer cette règle-là pour le bénéfice d’une seule personne qui a gouverné le pays, sans partage depuis trois décennies. Est-ce que c’est comme ça que l’on construit une démocratie pour l’avenir ? Je ne le pense pas.

    Qu’est-ce qui vous fait dire que le camp présidentiel va tenter d’obtenir la modification de l’article 37 de la Constitution qui, pour l’instant, empêche Blaise Compaoré de se représenter en 2015 ?

    Mes camarades de l’opposition et moi, nous nous en tenons à leur déclaration puisqu’il l’affirme urbi et orbi à chaque occasion. Et le président lui-même dans ses récentes interventions n’a pas fait mystère de son intention d’aller dans ce domaine-là. Bien entendu s’il se ravisait et s’il souhaitait peut-être un dialogue ou un débat avec l’opposition, comme nous l’avons toujours dit, nous sommes disponibles.

    Le parti au pouvoir et ses alliés ont lancé un appel au dialogue. Est-ce que justement l’opposition est prête à aller à la table des négociations ? Est-ce que vous y mettez des conditions ?

    Bien entendu que nous sommes une opposition ouverte au dialogue et les Burkinabè en sont convaincus. Mais ce à quoi vous faites mention, c’est une déclaration lue, apparemment, sur une colline dans le sud-ouest du pays et relayée par la presse à Ouagadougou. Je ne suis pas sûr que ce soit de cette manière-là qu’on s’adresse à une institution comme l’opposition burkinabè qui est respectée par l’ensemble des citoyens et qui est un partenaire ou un acteur incontournable du système institutionnel.

    Vous souhaitez une invitation plus formelle du pouvoir ?

    On ne peut réagir nous que si on a une invitation formelle. En tant que chef de file de l’opposition, je peux vous dire que je n’ai rien reçu à ce niveau. Je dois ajouter que la dernière fois que nous avons rencontré le président du Faso, c’était le 14 novembre 2013. A la demande de l’opposition, je venais de prendre mes fonctions au mois d’avril et j’ai souhaité lui rendre mes respects. Il a accepté au bout de six mois de nous recevoir. Nous avons eu un entretien et nous avons cru comprendre en sortant de cet entretien-là qu’au regard des questions qui se posent à la vie de la Nation, il y aura sans aucun doute un dialogue régulier entre lui et l’opposition. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas eu ce dialogue-là.

    Est-ce que vous avez d’ores et déjà le sentiment que dans les villages, dans les quartiers il y a une précampagne qui a commencé dans la perspective de l’élection ?

    Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un accroissement du niveau de sensibilisation sur la question. Je suis très surpris en discutant avec des femmes et des hommes dans les provinces les plus reculées du Burkina Faso de constater combien d’abord la question est une question qui les intéresse. Ça c’est un changement qualitatif qui est très important et surtout de constater que beaucoup d’entre eux ne veulent même pas que l’on discute ces questions-là et disent à l’opposition que si jamais elle acceptait le principe même du référendum, ils s’en démarqueraient et ils nous voueraient aux gémonies.

    Est-ce que vous pensez qu’il y a des risques de tension sociale, voire d’explosion comme en 2011 où on avait assisté à des émeutes ?

    Nous restons, nous, dans le registre républicain. Mais je ne peux jurer de rien pour ce qui peut être comme des initiatives isolées, qui ne sont pas commandées par l’opposition, ou voire des débordements parce que je dois avouer que la colère est en train de monter. Et je ne suis pas sûr que l’opposition pourra contenir un peu. Quand on entend ce que disent les jeunes dans les quartiers et dans le secteur, ils ont le sentiment que nous, nous sommes trop républicains et qu’il faut passer à autre chose. Et nous avons du mal à les canaliser.

    L’opposition risque d’être débordée par des jeunes en colère ? C’est une possibilité ?

    Il y a des risques que ça se passe comme ça.

    Quel est le message de l’opposition aujourd’hui au président Compaoré ?

    La question de l’article 37 de la Constitution concerne lui et lui seul aujourd’hui. Elle ne concerne pas le CDP [Congrès pour la démocratie et le progrès] ou tous ceux qui s’agitent autour. C’est à lui, s’il veut un débat, de prendre l’initiative de ce dialogue et l’opposition lui apportera la réponse qu’elle juge appropriée.

    Une interview de Laurent Correau, réalisée avec les moyens techniques à Ouagadougou, de notre correspondant Yaya Boudani.


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