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    « Les 3/4 des combattants de l'armée française étaient d'Afrique du Nord »

    L'historien Grégoire-Georges Picot. DR

    En ce 15 août, jour anniversaire du débarquement de Provence, la France se souvient des anciens combattants d'Afrique du Nord et d'Afrique noire qui ont joué un rôle pour la libération du pays en 1944. Ces anciens combattants ont été pour beaucoup des engagés « volontaires ». Comment s'est opéré leur recrutement, pourquoi ont-ils accepté de porter les armes ? Pour en parler, nous recevons l'historien Grégoire-Georges Picot. Il répond aux questions de Laurent Correau

    RFI : qui sont ces soldats qui se sont portés volontaires pour l’armée d’Afrique ou pour les troupes coloniales. Est-ce que se sont des gens des villes, des gens des campagnes, des jeunes, des vieux ?

    Grégoire-Georges Picot: D’abord concernant l’âge, l’immense majorité sont des gens qui s’engagent jeunes, à 18 ans, voir même, quand on n’a pas d’état civil, probablement plus tôt encore, 16, 17 ans.
    Concernant l’origine géographique, ce sont en majorité les régions les plus pauvres qui vont être les viviers de recrutement. Si on prend l’exemple du Maroc, ce seront plutôt les montagnes de l’Atlas que la plaine autour de Casablanca ; au Sénégal, ce sera plus l’intérieur que la côte. Et précisément, les militaires qui avaient eu en face d’eux des soldats, des guerriers valeureux - ce sont les peuples qui ont donné le plus de fil à retordre à la France - ont voulu les recruter pour en faire des soldats de la France. Dans le cas du Mali, je pensais notamment à la partie ouest et nord-ouest du Mali qui est peuplée par les Bambaras ; c’est le pays Mossi au Burkina. Les goumiers marocains, qui vont être parmi ce qu’on pourrait appeler les troupes de choc de l’armée française, sont recrutés dans l’Atlas marocain, du Moyen-Atlas jusqu’au Haut-Atlas. Ce sont précisément les endroits où la conquête du Maroc a été la plus dure et la plus longue.

    Ce sont des régions qui vont être privilégiées par les recruteurs français ?

    Effectivement, le sergent recruteur ou plutôt les crieurs publics vont sur les marchés, qui sont les lieux de rassemblement, où les gens descendent des villages pour vendre leurs produits. « Engagez-vous » qu’ils disaient avec le tambour-major, et puis on vient signer un engagement pour quatre ans... Ils l’ont fait dans certaines régions plus que dans d’autres.

    Il y a aussi eu des recrutements violents, dans le sens que la France exige des pays qu’elle a colonisé, en retour, qu’ils servent la France lorsqu’elle a besoin d’eux. Les chefs des cercles militaires vont exiger d’un village qu’il donne trois soldats à la France.
    [ Prenons ] l’exemple du cinéaste hollandais Johann Van Der Keuken, qui rencontre au nord du Mali des vieux Africains qui évoquent pour lui le temps de la France et de la colonie et [lui racontent] comment l’envoyé de la France arrivait dans le village, allait voir le chef lui montrant une balle, en lui disant « Si dans trois jours il n’y a pas cinq soldats qui sont là pour devenir soldats de le France, cette balle, elle t’est destinée ! »

    Sur quels fonds les dirigeants militaires français vont-ils pouvoir opérer ce recrutement ?

    Il y a d’une part je pense une partie des finances de la République qui a pu être mise de côté, je pense notamment à l’or de la banque de France qui est transféré aux Antilles et qui va être utilisé par la France libre. Ça, ce sont donc les ressources propres du gouvernement provisoire de la République française donc du Général de Gaulle.

    Et puis il y a les crédits-bails que les Alliés, notamment les Américains, vont faire à la France, pour acquérir le matériel, pour s’équiper, j’ai envie de dire de pied en cap, des paires de chaussures jusqu’aux vêtements. Le général Giraud, qui est le commandant militaire et civil après l’arrivée des Américains en Afrique du Nord, va négocier ce que l’on a appelé les accords d’Anfa avec le président américain Roosevelt : l’armée française sera équipée par les Américains et en retour, ceux-ci vont imposer leur mode de fonctionnement. Ce qui veut dire qu’en fait tant que les inspecteurs américains n’ont pas validé l’opérationnalité d’une division, celle-ci ne peut pas partir sur le front. L’Afrique du Nord va littéralement être le lieu, la base de constitution des unités, de leur instruction et de leur habilitation à participer à la libération de l’Europe.

    Ces soldats qui se sont portés volontaires d’où viennent-ils, en majorité, est-ce qu’ils viennent principalement d’Algérie ?

    Au mois d’août 1944, l’armée française, c’est environ un demi-million d’hommes : les trois quarts viennent d’Afrique du Nord et dans ces trois quarts, il y a 233 000 indigènes qui sont donc berbères, kabyles, arabes, ces peuples qui ont été colonisés par la France et 176 000 qui sont des Européens d’Afrique du Nord. Il me semble que les Algériens viennent en tête suivis de très près par les Marocains mais il y aura des unités assez exceptionnelles qui vont être constituées en Tunisie et qui vont jouer des rôles clés aussi bien en Italie que dans les Vosges.

    Les troupes d’Afrique noire jouent un rôle important ou pas dans ce recrutement ?

    Elles sont nettement en retrait par rapport à ces chiffres, alors que, dans un premier temps, 1941-1942), effectivement, la France libre est d’abord africaine, et l’armée française libre - les divisions françaises libres qui vont se couvrir de gloire à Bir Hakeim, El Alamein et d’autres lieux - sont très majoritairement constituées de soldats africains. La capitale finalement de la France libre c’est Brazzaville, au Congo.

    Et puis, dans un deuxième temps, à partir du moment où l’Afrique du Nord rentre dans le combat au côté des Alliés, c’est effectivement, l’Afrique du Nord qui va jouer le rôle le plus important aussi bien pendant la campagne d’Italie que pendant la campagne de France, qui se conclut avec l’Allemagne et l’Autriche.

     

    L'association avec laquelle travaille Grégoire-Georges Picot, le « groupe Marat » organise en ce moment même une exposition à la Villa Méditerranée à Marseille, « Visages de la Libération » qui témoigne de la contribution d'hommes et de femmes du monde entier à la Libération de la France. 


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