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    Jean-Yves Le Drian: «La Minusma n'a pas été au rendez-vous au moment où il le fallait»

    Jean-Yves Le Drian. REUTERS/Thierry Gouegnon

      « Au Nord Mali, la situation est fragilisée », affirmait le président malien Ibrahim Boubacar Keita, dans une interview que vous avez pu entendre avant-hier, samedi 25 octobre, à la même heure sur RFI. « Au Nord Mali, il y a une recrudescence des actes terroristes », reconnait aussi le ministre français de la Défense. Jean-Yves Le Drian rentre justement de Bamako, où il a été reçu longuement par le président IBK. Dans l’avion du retour sur Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

       

      RFI : A Bamako, vous avez parlé d’une recrudescence des actes terroristes au nord du Mali. A quoi cela tient ?

      Jean-Yves Le Drian : Il y a eu une recrudescence d’actes terroristes au nord du Mali depuis quelques semaines, mais ça n’a rien à voir à ce que l’on a connu en 2012 et début 2013. Il s’agit d’actes résiduels. On sentait une espèce de volonté des groupes armés terroristes de vouloir reprendre un peu des positions. A quoi cela est-il dû ? A mon avis, en grande partie au fait que l’acheminement d’armes par le sud de la Libye est devenu aujourd’hui de plus en plus conséquent. Et Barkhane [la force française au Mali], depuis quelques semaines aussi et singulièrement les jours derniers, a entrepris des actions en visant à éradiquer ces initiatives.

      Est-ce que la défaite de l’armée malienne à Kidal au mois de mai dernier n’a pas créé un effet de vide ?

      Cette aventure malheureuse est parfaitement regrettable. Il n’y a pas de vide à Kidal puisque des forces de la Minusma [Mission des Nations unies] et des forces françaises y sont. Et Kidal n’est pas à elle toute seule, tout le nord malien. Les forces françaises vont poursuivre une forme de rétablissement vers le Nord pendant cette période un peu tendue, dans le nord du Mali (Tessalit), dans le nord du Niger (Madama), dans le nord du Tchad (Faya-Largeau). Ce n’est pas uniquement une question malienne. Il y a une réponse globale pour laquelle il faut se mobiliser.

      Du coup, en redéployant des moyens militaires vers le Niger et le Tchad, est-ce que vous n’avez pas fragilisé le nord du Mali comme le dit un petit peu, le président Ibrahim Boubacar Keïta d’ailleurs ?

      Non. D’abord, on n’a pas redéployé vers le Niger et vers le Tchad. On a organisé différemment parce que la riposte doit être globale et le président IBK pense sur ce point la même chose.

      Oui, mais il a cette expression « le nord du Mali est fragilisé » ?

      Le nord du Mali est fragilisé parce que la Minusma n’a pas été au rendez-vous au moment où il le fallait pour des raisons que je ne commente pas ici. Et puisque la Minusma n’a pas été au rendez-vous au moment où il le fallait, les forces françaises vont prendre le relais à Tessalit en particulier, de façon intérimaire.

      Comment expliquez-vous qu’il n’y ait que 22% (*) des effectifs de la Minusma au nord de la boucle du Niger, parce que c’est un échec de la Minusma comme le dit à demi-mot IBK ?

      Il y a une nécessité pour la Minusma d’être déployée au Nord. Au départ de son installation, la Minusma manquait beaucoup de moyens logistiques et de moyens d’allonge pour lui permettre d’occuper le territoire. La Minusma doit continuer son déploiement, elle le fera. Tout cela est en bonne voie. Ça avait pris du retard, ce qui a expliqué les vides dont vous parlez.

      Donc il faut monter en effectifs au nord de la boucle du Niger pour les casques bleus ?

      Il faut que les casques bleus montent en effectifs au nord de la boucle du Niger, c’est en cours et ça va se matérialiser très rapidement. J’avoue que l’arrivée des Néerlandais, l’arrivée des Suédois, sont des arrivées très positives dans cette logique-là. Donc pour être clair, que faut-il faire maintenant ? Un, il faut que les accords d’Alger soient mis en œuvre. Il y a un document qui existe, il faut maintenant qu’il soit sans doute encore amandé par les différentes parties, mais il faut ensuite arriver à sa mise en œuvre. Deux, il faut que la Minusma occupe tout son territoire. Et trois, parallèlement, il faut que pendant la mise en œuvre des accords d’Alger, la force française soit davantage déployée au Nord pour assurer la sécurisation des décisions.

      Est-ce qu’il faut envisager un nouvel assaut dans l'Adrar des Ifoghas, la citadelle des jihadistes ?

      Je vais remettre les choses au point : nous ne sommes plus dans la situation de 2012 et de 2013. Lorsque la France a agi à ce moment-là, c’était le Mali dans son ensemble qui était menacé dans son intégrité. Aujourd’hui, il y a des points de recrudescence, des poches, des initiatives résiduelles, il faut les enrayer dans le cadre d’une régionalisation de l’action que nous menons, parce que c’est le lien entre différents groupes qui s’approvisionnent au sud libyen qui perturbe la sécurité dans la zone.

      Ce qui est frappant depuis quelque temps, c’est le renforcement des jihadistes en armes lourdes. Tout vient du sud libyen. Vous tentez de couper cette ligne de ravitaillement, mais un jour est-ce qu’il ne faudra pas frapper au point de départ dans le sud libyen ?

      Vous avez raison de souligner l’enjeu que représente le sud libyen parce que c’est vrai que c’est un « hub » (noyau) de ravitaillement, c’est une station-service d’une certaine manière. Et c’est à partir de là que des groupes peuvent exister alors que depuis l’intervention de Serval, ils n’avaient plus de cohérence. Un jour ou l’autre se posera la question du sud libyen, bien sûr.

      Un jour proche ?

      Un jour ou l’autre.

      Depuis la chute de Kadhafi, la Libye est donc devenue un sanctuaire de jihadistes. Est-ce que parce que la France n’avait pas anticipé ce processus que, au mois de décembre prochain, vous allez lancer avec Macky Sall ce forum de Dakar sur les questions de sécurité ?

      Le problème est : comment les Africains peuvent envisager sur le long terme la prise en main de leur propre sécurité, comment faire en sorte qu’il y ait dans ce lieu qui sera le forum de Dakar, une confrontation d’expertises, de points de vue, pour poser la question de la sécurité de l’Afrique et des moyens d’y remédier d’une manière autre qu’une réponse immédiate, ponctuelle, faite dans la précipitation ou dans l’urgence ? Il n’est pas envisageable que ce soit sans arrêt la France, par exemple, qui serve de gendarme. Ce n’est pas notre vocation.


      (*) La Minusma conteste ce chiffre et, dans un communiqué officiel, précise que :

      « Depuis son établissement, la MINUSMA a intensivement poursuivi son déploiement dans le nord du Mali, tant au niveau humain (déploiement de la Force de la MINUSMA) que logistique (établissement de camps), et ce, conformément à son mandat.

      Laisser croire que « uniquement 22% des casques bleus de la MINUSMA sont au nord de la boucle du Niger » est une contre-vérité.

      Ainsi, à ce jour, sur un total de 8250 Casques bleus (soldats) présents à ce jour au Mali, 6600 Casques bleus de la MINUSMA sont déployés au Nord de la boucle du Niger dans les localités suivantes : Diabaly, Gao, Goundam, Tombouctou, Aguelhok, Ansongo, Menaka, Kidal et Tessalit. Ceci correspond à 80% des effectifs des casques bleus.

      Près de 90% des soldats de la MINUSMA sont déployés dans l’ensemble du Nord du pays.

      Dans les semaines à venir, avec l’arrivée de nouveaux contingents, ce ratio sera revu à la hausse.

      Du côté de la Police (UNPOL), et sur les milles UNPOL présents au Mali, 50% sont déployés à Kidal, Gao et Tombouctou, le reste étant répartis sur Mopti et Bamako. »

       


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