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    Une résistance intérieure prend de l'ampleur en Erythrée

    Léonard Vincent, journaliste et écrivain, auteur de «Les Erythréens» paru en 2012. DR

    Retour sur un pays que l'on qualifie souvent de Corée du Nord africaine, l'Erythrée... Le journaliste et écrivain Léonard Vincent a pu joindre des résistants de l'intérieur. Un fait exceptionnel dans ce pays qui ne compte ni opposants ni journalistes libres et dont les communications téléphoniques sont strictement contrôlées. Et ces résistants affirment qu'un vaste mouvement de désobéissance civile est en train de naître. Il répond aux questions d'Olivier Rogez.

    RFI : Vous avez pu recueillir des témoignages exceptionnels et inédits de la résistance intérieure érythréenne. Il est exceptionnel de parvenir à joindre les Erythréens, tant ils vivent dans un pays coupé du monde. C’est même le seul exemple de pays en Afrique qui possède un régime totalitaire, un peu sur un modèle nord-coréen.

    Léonard Vincent : Oui, absolument. C’est un régime qui interdit toute presse, toute critique et tout parti politique d’opposition, toute organisation de défense de la liberté de la presse ou des droits de l’Homme. Il n’y a absolument aucune voix dissidente qui s’exprime à l’intérieur du pays. C’est un régime extrêmement militarisé où l’enrôlement dans l’armée est de règle dès l’âge de 17 ans. Donc c’est effectivement l’une des dernières grandes dictatures maoïstes du monde. La délation est la règle, y compris dans les familles. Donc c’est extrêmement dangereux de parler au téléphone.

    Vous avez néanmoins pu vous entretenir avec des membres d’un mouvement, Arbi Harnet. Quel est ce mouvement ? Est-ce un mouvement de résistance intérieure ?

    C’est un mouvement qui est apparu il y a à peu près deux ans. Arbi Harnet, ça signifie « le vendredi de la liberté », parce que ça a commencé par des appels automatisés tous les vendredis. Il s’agissait simplement de faire passer des messages clandestins, des familles des prisonniers politiques par exemple, qui demandaient la libération de leurs proches.

    C’est un mouvement qui a aujourd’hui grossi, qui coordonne donc des militants de l’opposition qui ne sont pas affiliés à un parti politique dans la diaspora et des activistes qui eux sont restés à l’intérieur du pays. C’est donc de plus en plus important, de plus en plus insolent. Ils prennent de plus en plus de risques pour confronter le régime et c’est toujours pacifique. Ils s’appuient plutôt sur la population que sur les kalachnikov. Donc c’est une initiative extrêmement originale.

    Selon ce que vous ont dit vos interlocuteurs, un mouvement de désobéissance civile est en train de naître actuellement en Erythrée. C’est une forme de lutte passive contre le régime d’Issayas Afeworki. Quelle forme prend cette lutte, concrètement et au quotidien ?

    Pour le mouvement Arbi Harnet et ses militants, il s’agit essentiellement depuis qu’ils ont commencé de faire ce que l’on appelle de l'agitprop : on colle des affiches, ils distribuent des tracts, ils prennent des photos, ils font sortir des petits films, ce qui est une première dans ce pays où l’accès à Internet par exemple, est extrêmement contrôlé.

    Il s’agit aussi d’organiser toutes les initiatives de résistance à ce qu’on appelle là-bas les « kifas ». Ce sont des rafles de conscrits qui sont régulièrement organisées par l’armée pour rattraper les insoumis, les permissionnaires qui ne sont pas rentrés à la caserne. Leur intention, disent-ils, est de montrer aux Erythréens qui dans le secret de leur conscience ont envie de résister à l’oppression grandissante du régime, qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils peuvent compter sur un certain nombre de personnes pour pouvoir faire passer leur message.

    Pendant longtemps, les Erythréens avaient peur de leur armée, de leur police et de leurs dirigeants. Diriez-vous que la peur a changé de camp aujourd’hui ?

    C’est ce que disent les deux militants à qui j’ai parlé. Ils disent que de plus en plus de manifestations, de désobéissance civile, de refus de se rendre aux convocations de l’armée par exemple, ou de se soumettre aux rafles organisées dans les villes pour appeler les conscrits ou capturer les insoumis. C’est un phénomène qui grandit. Ils m’ont toutefois expliqué qu’en Erythrée, il fallait encore se débarrasser de la religion des anciens combattants, comme ils disent. Il faut dire que les rebelles indépendantistes qui ont gagné la guerre de libération, l’ont gagné de haute lutte après trente ans de guérillas contre des machines de guerre ultra-puissantes de l’Ethiopie.

    La vénération de la rébellion indépendantiste, comme ils disent, est difficile à extirper des esprits. Et c’est ça leur tâche principale aujourd’hui. C’est de contribuer à aider les Erythréens à se libérer de la peur du régime et à montrer que, y compris à l’intérieur du système, c'est-à-dire certains officiels, certains généraux, certains fonctionnaires, aujourd’hui osent critiquer le régime. Et il semble que le rapport de force à l’intérieur du pays commence à se modifier.

    Cela veut-il dire qu’une partie de l’appareil politique et l’appareil économique du pays auraient basculé eux aussi vers la résistance au président Afeworki ?

    Ce qui est certain, c’est que depuis plusieurs années on assiste à la rébellion, silencieuse mais quand même réelle, d’une partie de l’armée, de généraux et de ministres. Des remaniements ministériels sont courants. Le ministre de la Défense a été récemment nommé ministre des Mines. Certains généraux disparaissent des rangs de l’armée, sont rendus à la vie civile. Ils sont gelés, comme ont dit. C’est à dire qu’on leur verse un salaire, mais ils ne travaillent plus et n’exercent plus d’autorité.

    Il y a eu une tentative de coup d’Etat il y a un an et demi en janvier 2013 qui a été déjouée. Mais on voit bien que les divisions sont extrêmement importantes à l’intérieur du système et du Front populaire de libération de l’Erythrée qui est aujourd’hui au pouvoir sous un autre nom, mais qui est toujours indépendantiste. Aujourd’hui, le but du mouvement Arbi Harnet, disent ses militants, est de collecter, de rassembler ces bonnes volontés et de montrer que par la résistance de la population et la coordination avec ceux qui sont aux manettes, il est possible de faire tomber pacifiquement le régime.

    Maintenant, ce qui est sûr, c’est que le système mis en place par Afeworki continue de tenir le pays d’une main de fer. Mais l’économie est en ruine, les pénuries sont de plus en plus nombreuses et donc le mécontentement populaire commence à grandir. C’est le plus grand danger auquel doit faire face un régime de fer qui est au pouvoir depuis vingt ans et qui n’a pour l’instant jamais vacillé.


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