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    Nicolas Tiangaye: «Les élections dépendent du retour de la sécurité» en RCA

    L'ex-Premier ministre centrafricain Nicolas Tiangaye, à Bruxelles le 22 avril 2013. AFP PHOTO/JOHN THYS

    En Centrafrique, la présidentielle est prévue au mois d'août prochain. Et Nicolas Tiangaye est un probable candidat. Le célèbre avocat au barreau de Bangui a été successivement le Premier ministre de François Bozizé et de Michel Djotodia. C'est lui qui a dirigé le gouvernement pendant l'année la plus tragique de l'histoire de la Centrafrique, l'année 2013. Après un an de silence, le président de la Convention républicaine pour le progrès social, la CRPS, est au micro de RFI.

    RFI : Est-ce que vous croyez à des élections présidentielle et législatives transparentes au mois d’août prochain ?

    Nicolas Tiangaye : Pour que ces élections puissent avoir lieu en août, il faut absolument que la sécurité revienne, mais la sécurité implique, à mon avis, le désarmement des forces négatives, c'est-à-dire les anti-balaka et les Seleka. Si nous allons aux élections sans que la question principale du désarmement ne soit réglée, et bien, il y aura une perturbation du processus électoral. C'est-à-dire que les campagnes seront perturbées par les forces négatives. Et même si les élections avaient lieu, ses forces négatives, qui sont les seules à posséder les armes, peuvent déstabiliser les institutions qui seront issues du suffrage universel. D’autre part, elles pourraient aussi consacrer la partition, de facto, du pays.

    Et vous n’êtes pas sûr que l’on pourra voter en août prochain ?

    Notre préoccupation est que nous sortions le plus rapidement possible de cette parenthèse qui commence à trop durer.

    Justement, qu’est-ce que vous pensez de la façon dont la présidente, Catherine Samba-Panza, gère cette parenthèse ?

    Je n’ai pas de jugement de valeur à apporter sur la gestion de madame Samba-Panza, puisque vous savez qu’elle gère une situation excellemment difficile, j’en sais quelque chose. C’est pour ça que mon parti, ainsi que les autres partis de l’AFDT (Alliance des forces démocratiques pour la transition), soutiennent le processus de transition pour que nous puissions sortir de cette période le plus rapidement possible.

    Mais vous qui avez toujours lutté contre la corruption, qu’est-ce que vous pensez de la disparition du quart d’un prêt angolais de quelque 10 millions de dollars ?

    Bien entendu, cette somme devrait transiter par le Trésor, ça, ce sont les règles élémentaires de comptabilité publique, ça n’a pas été fait. Nous avons dénoncé cette situation. Aujourd’hui, il y a la Cour des comptes qui se penche sur cette question, nous pensons que le rapport sera déposé. Et puis on avisera.

    Avant ces élections du mois d’août prochain est prévu un grand forum de réconciliation en février. Est-ce que vous en attendez beaucoup, ou est-ce que vous êtes septique ?

    Ce forum de réconciliation est une nécessité. La première phase était le forum de Brazzaville. Je pense que la deuxième phase, c’est le dialogue à la base, au niveau de cette préfecture de la République centrafricaine, pour apaiser les cœurs. Après quoi nous pouvons nous retrouver pour le forum national à Bangui, pour la réconciliation nationale dans le pays.

    Justement Nicolas Tiangaye, on ne sait pas encore s’il y aura un forum par préfecture.

    C’est la position unanime des forces politiques et sociales du pays. Nous avons estimé que l’on ne peut pas sauter cette phase, la deuxième phase, qui nous semble la plus importante. Il faut absolument qu’il y ait un dialogue à la base, parce qu’il faut tenir compte des aspirations des populations qui ont connu le drame dans leur chair pour nous permettre de tirer les conclusions au forum des réconciliations nationales à Bangui.

    Quand vous êtes devenu Premier ministre en janvier 2013, les chrétiens et les musulmans vivaient encore en paix. Un an plus tard, quand vous avez quitté ce poste, chrétiens et musulmans se massacraient. A qui la faute ?

    A nous tous ! Vous savez, c’est un drame et le président Sassou-Nguesso (Congo-Brazzaville) parlait d’un « naufrage collectif », que la responsabilité des uns et des autres est engagée. C’est pour ça aussi qu’il faut que la solution soit collective ; nous devons chacun assumer notre part de responsabilité pour que ce genre de drame ne se reproduise plus.

    Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent d’être resté pendant neuf mois le Premier ministre d’un régime qui faisait régner la terreur ?

    Je n’étais le Premier ministre ni de Bozizé, ni de Djotodia, j’étais un Premier ministre issu de l’accord politique du 11 janvier 2013, qui a bien indiqué que le poste de Premier ministre revenait à l’opposition démocratique. Mais je n’étais pas un Premier ministre nommé discrétionnairement, ni par monsieur Bozizé, ni par monsieur Djotodia ; je n’étais pas révocable à tout moment, mais j’ai été Premier ministre sur la base d’un accord politique.

    Et du coup, est-ce que vous n’avez pas servi de caution démocratique à Michel Djotodia et au chef de la milice Seleka ?

    J’étais la première personnalité politique de mon pays à avoir demandé, le 15 mai 2013 devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le désarmement forcé de la coalition Seleka. Je ne vois pas en quoi je devrais être la caution de ce régime, j’ai été même la victime. Je ne veux pas beaucoup en parler, parce qu’il y a des gens qui ont vécu des situations plus dramatiques, mais tout le monde savait très bien que, entre Djotodia et Tiangaye, l’entente n’était pas au beau fixe.

    Vous avez été menacé ?

    Non seulement menacé, mais mon domicile a été attaqué par la Seleka, mes gardes du corps ont été assassinés au Camp de Roux par les éléments de la Seleka. Je ne comprends pas comment on peut dire que je suis quelqu’un qui serait de connivence avec la Seleka.

    Pourquoi n’avez vous pas démissionné ?

    Ca n’aurait réglé aucun problème, parce qu’en cas de démission, le poste de Premier ministre reviendrait toujours à l’ancienne opposition démocratique et cela n’aurait rien réglé du tout, parce que mon remplaçant se serait heurté à la même austérité du régime de Djotodia.

    Aujourd’hui, Michel Djotodia vit en exil au Bénin. A New York, les experts du Comité de sanctions des Nations unies recommandent de le mettre sous sanction. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    Mais il l’aurait mérité, c’est tout ! Il faut aller plus loin, il faut que les auteurs des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité fassent l’objet de poursuites pénales devant la juridiction nationale ou internationale. Je suis pour les sanctions contre tout ceux qui ont été les auteurs des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, dont le peuple centrafricain a souffert.

    Y compris Michel Djotodia ?

    Y compris Michel Djotodia.

    Est-ce que vous serez candidat à la présidentielle du mois d’août prochain ?

    Cette question sera évoquée au congrès de mon parti en mars 2015.

    Et si la CRPS vous demande d’être candidat ?

    Je ne me déroberai pas à mes responsabilités.


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