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    La situation au Mali, en RCA et en RDC, vue par le chef des casques bleus Hervé Ladsous

    Hervé Ladsous, chef des Casques bleus des Nations unies Monusco

    Joseph Kabila qui dénonce les injonctions de l'étranger au Congo Kinshasa, la reprise des attaques terroristes en Nord Mali, le calendrier controversé en Centrafrique... Autant de questions sur lesquelles s'exprime Hervé Ladsous, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix. Le chef des casques bleus de l'ONU participe au forum de Dakar où il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Lors du Forum de Dakar, vous avez souligné que le Mali et la Centrafrique ont connu le même modèle d’intervention militaire en trois temps, un : la France, deux : l’Afrique, trois : l’ONU, mais au vu de la recrudescence des attaques jihadistes au nord du Mali, êtes-vous sûr que ce soit un bon modèle ?

    Hervé Ladsous : Ce qui a changé la situation au Mali, c’est clairement l’opération militaire de reconquête du nord du Mali par les autorités maliennes. Parce que l’armée malienne a été forcée d’évacuer pour l’essentiel, le nord du pays au moment où les Français réduisaient l’opération Serval. Les Nations unies se sont retrouvées le principal empêcheur de danser en rond pour tous ces jihadistes et ses trafiquants en tout genre. C’est ainsi que nous sommes devenus leur cible.

    Donc ce qui a posé problème, c’est la défaite de l’armée malienne au mois de mai dernier ?

    Ça a été clairement un facteur très aggravant. Et maintenant ce qu’il faut, c’est, pour nous et nous nous y attachons, avec le soutien résolu du Conseil de sécurité, nous montrer beaucoup plus proactifs sur le terrain, beaucoup plus mobile, renforcer les équipements et notamment les équipements techniques de sécurité, tout ce qui a trait au déminage, la lutte contre les engins explosifs improvisés.

    Est-ce qu’il faut renforcer le mandat, est-ce qu’il faut consolider ce mandat ?

    La discussion au Conseil de sécurité a montré, et c’était mon avis d’ailleurs, que le mandat est suffisamment robuste.

    Ce n’est pas ce que disent les présidents malien IBK et nigérien Mahamadou Issoufou ?

    Oui, mais le Conseil de sécurité en a décidé ainsi dans sa sagesse. Ce qui compte c’est la manière dont ce mandat est impliqué. C’est la raison pour laquelle je vous parlais d’opérations plus robustes et c’est ce que nous faisons.

    Est-ce la raison pour laquelle les hommes ont changé, le Néerlandais Bert Koenders est remplacé par le Tunisien Mongi Hamdi ?

    Je crois qu’il y a un temps pour tout. Effectivement, nous vivons une nouvelle phase de la Minusma (Mission de l’ONU au Mali), avec un nouveau représentant spécial, avec aussi un nouveau commandant de force. Ce n’est pas une raison de faire peser un quelconque discrédit sur ceux qui ont géré la première phase, ils l’ont très bien fait. Mais maintenant des hommes nouveaux vont prendre les choses en main, des hommes et des femmes, et c’est comme ça que les choses doivent être.

    Des casques bleus qui sortent plus souvent de leur caserne, et qui vont plus au contact sur le terrain ?

    Absolument, c’est vraiment la mobilité qui est la clé de tout. Et on retombe sur les problèmes d’équipement, un certain nombre d’unités n’avaient pas assez de blindés, de camions, de 4x4…

    Le départ de l’ancien commandant de force, le général rwandais Jean Bosco Kazura, est-ce aussi parce que plusieurs ONG l’ont mis en cause dans des violations de droits de l’homme qui ont été commises pas le FPR (Front patriotique rwandais) en 1994 au Rwanda ?

    Le général Kasura a fait un excellent travail, les allégations de certains, je pense, n’ont pas été démontrées.

    Mais le secrétariat général des Nations unies n’a-t-il pas consulté le Haut-Commissariat des droits de l’homme à Genève et le TPIR à Arusha ?

    Comme nous le faisons régulièrement. Ni le Commissariat aux droits de l’homme, ni le Tribunal pénal international pour le Rwanda n’ont pu nous apporter de témoignage conclusif.

    En Centrafrique, les Français sont très directifs, ils demandent à madame la présidente Catherine Samba-Panza d’organiser une présidentielle et des législatives au plus tard au milieu de l’année 2015 (avant le mois d’août), mais au vu du chaos actuel, notamment dans le Nord, est-ce que c’est réaliste ?

    Je pense que ce ne sera pas facile, mais les Nations unies appuient totalement cette demande, car une transition ça doit avoir une fin.

    Mais vous croyez franchement que d’ici le mois d’août, on pourra enrôler les électeurs et désarmer tous les anti-balaka et tous les Seleka ?

    C’est jouable. Ce ne sera pas facile, mais les experts pensent que c’est jouable.

    Au Congo Kinshasa, vous avait lancé un ultimatum aux rebelles hutus rwandais des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), « Si vous ne désarmez pas avant le 2 janvier, la Monusco (La Mission de l’ONU en RDC) va reprendre ces opérations militaires dans l’est du pays ».  Est-ce que ça tient toujours ?

    C’est un ultimatum qui a été lancé par les pays de la SADC (Communauté de développement de l'Afrique australe), honnêtement en six mois, on n’a pas vu grand-chose. Le nombre de ceux qui se sont rendus est extrêmement modeste. Donc, il vient un jour où il faut passer à l’action et je pense que ce 2 janvier sera l’occasion de le faire.

    A Kinshasa, dans son discours à la Nation, ce lundi, le président Kabila a déclaré que la présence de 20 000 casques bleus dans son pays ne se justifiait plus ?

    J’ai entendu ce message. Oui il va falloir réduire, il va falloir discuter avec le gouvernement congolais d’une stratégie de sortie à l’horizon de trois ans, quatre ans, cinq ans. Est-ce que je sais à ce stade ? Il ne faut surtout pas agir avec précipitation, ce qu’il ne faudrait pas en réduisant trop vite le volume des troupes de casques bleus qui sont sur le terrain, nous ne fragilisions tous ces acquis qui ont été coûteux à tout point de vue. C’est un processus que l’on va gérer dans le dialogue avec les autorités congolaises.

    Depuis plusieurs mois, la communauté internationale réclame un calendrier électoral d’ici la présidentielle de novembre 2016, mais Kinshasa fait la sourde oreille. Est-ce que vous craignez un glissement de ce calendrier dans le temps ?

    Certains le disent, moi je crois qu’il y a des échéances qui sont constitutionnelles et que, une Constitution, ça se respecte.

    Scott Campbell, le principal responsable des droits de l’homme à la Monusco vient d’être expulsé de Kinshasa, c’était justifié à vos yeux ou pas ?

    Non. J’ai protesté vigoureusement auprès du secrétaire général et lui-même d’ailleurs auprès du gouvernement congolais, ce ne sont pas des gestes qui conviennent.

    Comment vous l’interprétez, cette expulsion ?

    Je crois que c’est toujours une tentation pour un gouvernement que de se débarrasser de quelqu’un qui dit les choses un peu trop vraies, ça dérange et pourtant ce n’est pas excusable.

    Et cette expulsion, est-ce que ce n’est pas une mesure de représailles aux démarches que fait la communauté internationale pour le respect du calendrier électoral ?

    Je ne sais pas si on peut faire un lien, en tout cas c’était vraiment inacceptable, je le redis.

    Et vous craignez qu’il y ait un dérapage de ce calendrier et que l’on ne vote pas en novembre 2016 comme prévu ?

    Je ne veux pas faire le pari du pire, je veux croire que les choses vont se passer comme elles doivent se passer.


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