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    Claudia Priest: «Moi, je viens pour faire le bien et c’est moi qu’on kidnappe»

    Claudia Priest, humanitaire française. AFP PHOTO / EMILIE IOB

    Claudia Priest, l’humanitaire française retenue cette semaine en otage en Centrafrique par des miliciens anti-balaka s'exprime sur RFI. Enlevée brutalement lundi 19 janvier dans la capitale centrafricaine, elle a été libérée le vendredi 23 janvier. A 67 ans, elle était arrivée en Centrafrique le 6 janvier pour une mission de deux semaines pour le compte de l’ONG médicale catholique Coordination diocésaine de la santé (Codis), et avait été enlevée en même temps qu’un employé centrafricain de l’ONG, frère Gustave, lui aussi libéré. Enlevés sur une des avenues principales au nord de la capitale alors qu’ils rentraient d’une mission à 70 km au nord de Bangui, ils avaient été emmenés dans le quartier Boy-Rabe, fief des anti-balaka, puis à une quinzaine de kilomètres dans la brousse à l’arrière de ce quartier. Au micro de Florence Morice elle raconte les conditions de sa détention et les circonstances qui ont permis sa libération.

    RFI : Comment s’est déroulée votre libération ?

    Claudia Priest : Je ne m’y attendais pas, je dois dire, parce que je voyais que ça s’enlisait. Ils commençaient à se chamailler entre eux, ceux qui voulaient la libération, ceux qui étaient contre et qui étaient vraiment déterminés à aller jusqu’au bout. Le climat se détériorait vraiment. Le matin, j’avais décidé justement de dire stop, je ne me lèverai plus, je ne m’alimenterai plus. Donc j’étais restée couchée sur mon lit de briques, juste avec une bouteille d’eau. Et j’attendais, j’attendais. Ça leur a fait peur je crois et donc à midi, ils viennent me voir et me disent : « Lève-toi, on s’en va. Tu es libre. » Je n’y croyais pas trop. Je me disais : ils doivent me transférer dans un autre endroit. Je me suis levée. On a marché en plein soleil. J’étais très fatiguée, très faible. On a dû s’arrêter plusieurs fois dans un village où tous les gens étaient vraiment très gentils, très contents de voir qu’on allait me libérer. Mais moi, honnêtement je ne le croyais pas.

    A quel moment vous avez compris que vous alliez vraiment être libérée ?

    Quand j’ai rencontré un colonel qui lui avait pris la décision de me libérer. C’est un anti-balaka et lui était tout à fait opposé au kidnapping. Par contre, il y a un autre colonel qui s’appelle « colonel Didier » qui lui avait fait le kidnapping pour libérer son frère Andilo qui est en prison. Le [premier] colonel était très fâché et je crois que la décision est venue de lui seul et donc des geôliers qui nous gardaient dans notre lieu de détention - parce que eux aussi étaient déterminés à nous libérer - [nous ont libérés].

    Vous avez assisté à des dissensions, à des discussions autour de cette question de votre enlèvement et de votre libération ?

    On n’a pas assisté parce que ça se passait à un autre endroit. Quand il y avait des discussions, ils partaient rejoindre leur base, comme ils disent. Alors ils revenaient en nous disant « on a discuté, ça va venir » , mais il y avait toujours quelque chose qui devait clocher puisque ça n’arrivait pas.

    Le colonel qui a pris la décision de vous libérer vous a semblé être un chef influent ?

    Il est certainement influent - beaucoup plus que l’autre - il est certainement respecté et influent mais il est très ombrageux. Je lui ai serré la main, c’est tout. Je n’ai pas discuté avec lui. Je l’ai remercié bien évidemment. Ça s’est arrêté là et il ne voulait pas rester trop longtemps vers nous. Quand Monseigneur Nzapalainga est venu nous chercher avec sa voiture, accompagné de la Sangaris pour la sécurité, il est remonté un peu nous saluer. Il était caché derrière le manguier. Il se méfiait. Mais après, moi, je me suis engouffrée dans la voiture et j’ai fait ce qu’on m’a dit de faire. On m’a dit « il ne faut pas vous attarder », donc j’ai salué les personnes qui m’avaient accompagnée très gentiment et qui ont fait beaucoup pour notre libération.

    Quelles étaient vos conditions de détention ?

    Les gens qui nous ont gardés étaient sympathiques. Ils faisaient tout pour nous alléger la vie. Ils voulaient nous voir sourire. Ils voulaient nous voir discuter. Dès qu’ils me voyaient triste, ils disaient « Maman, ne pleure pas », « Maman, à quoi tu penses ? », « Maman il ne faut pas penser », « Dieu va te libérer ». Mais moi je voyais les jours passer et Dieu, je ne sais pas [rires]. Moi, je viens pour faire le bien et c’est moi qu’on kidnappe. C’était un peu aberrant.

    Vous étiez durant toute votre détention avec le frère Gustave, enlevé en même temps que vous ?

    Oui. Heureusement qu’il était là. Je crois que s’il n’avait pas été là, les conditions étaient beaucoup plus dures pour moi. Je suis sûre, j’aurais subi sûrement des sévices, c’est certain parce qu’ils en avaient déjà parlé… le viol bien sûr, oui. Ils avaient demandé de quitter ma robe et j’ai refusé. Ça de toute façon, je n’aurais pas quitté ma robe. Après ils ont fouillé dans mon soutien-gorge. Je leur ai dit : « Je n’ai rien ». Et c’est lui qui a dit : « Attendez, c’est une maman. Elle a 68 ans. Ça peut être votre maman. » Il a discuté, il a dit ce que je faisais. Et quand il disait ça, avec leurs couteaux, ils le piquaient un peu d’un air de dire « mais ferme-là ». Ils ne voulaient pas entendre ce discours moralisateur.


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