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    «Boko Haram est le réceptacle de toutes les frustrations»

    Jean-Pierre Olivier de Sardan, chercheur à Niamey, invité Afrique de RFI. zenu.org

      L'Etat nigérien s'investit pleinement dans l'offensive régionale contre Boko Haram. Les parlementaires ont voté hier à l'unanimité en faveur de l'envoi des troupes nigériennes pour traquer Boko Haram. Cette implication de l'Etat contraste cependant avec les difficultés de la société nigérienne à se positionner face à la secte islamiste. Pour le chercheur Jean-Pierre Olivier de Sardan, qui travaille au sein du LASDEL, un laboratoire de sciences sociales de Niamey, ces difficultés sont sans doute liées à la montée, au sein de la population, de courants religieux radicaux.

      Il est ce matin l'invité Afrique de RFI, au micro de Laurent Correau

      RFI : Ces derniers jours, Boko Haram a mené des attaques sur le territoire nigérien notamment contre la localité de Diffa. C’est manifestement un changement de stratégie dans l’attitude de Boko Haram vis-à-vis du Niger, qui était jusqu’ici plutôt une attitude de non agression ?

      Jean-Pierre Olivier de Sardan : En tout cas, il n’y avait pas d’affrontement direct. Tout le monde savait qu’il y avait des infiltrations de Boko Haram, aussi bien pour recruter des gens, aussi bien à l’intérieur des camps de réfugiés, puisqu’il y a beaucoup de réfugiés, mais en tout cas, il n’était pas un lieu d’opérations militaires comme l’était devenu le nord Cameroun.

      Comment est-ce que la société nigérienne réagit à cette présence de Boko Haram à ses portes ? Comment est-ce que l’opinion publique nigérienne se situe par rapport à cette idéologie jihadiste ?

      Il serait faux de dire qu’actuellement Boko Haram a un soutien massif dans la société nigérienne, ce n’est évidemment pas vrai. Mais en même temps, de dire qu’il a zéro soutien ce serait aussi faux. Ils ont certainement une certaine force d’attraction. Dans une jeunesse désœuvrée, en rupture d’école, en rupture de travail, influencée par les prêches de plus en plus radicaux que l’on voit arriver au Niger. Il y a une frange de la population qui peut être sensible aux thèmes de Boko Haram. Dans la mesure où Boko Haram représente le rejet radical de l’Occident, le rejet radical de l’école occidentale qui sont des thèmes qui peuvent avoir un écho, l’école occidentale est extrêmement discréditée au Niger. L’école a formé des chômeurs depuis combien de temps ? C’est une école qui s’est désagrégée depuis l’ajustement structurel et les politiques du chiffre de la banque mondiale. Donc les thèmes anti-école occidentale, comme les thèmes anti-occident en général, oui, ils peuvent avoir de l’écho.

      Dans un article récent, vous écriviez « Boko Haram devient le réceptacle de toutes les frustrations au Niger », qu’est-ce qui d’ailleurs crée selon vous ces fragilités dans la société nigérienne à l’heure actuelle ?

      Il y en a beaucoup. Vous avez le fait que le développement n’a pas tenu ses promesses, vous avez le fait que l’ensemble des institutions de développement se caractérise par des conditionnalités qui sont mal vécues. Vous avez les comptes pas toujours bien réglés de la colonisation. Il est clair qu’il y a aujourd’hui un assez grand rejet de la classe politique toutes tendances confondues. Et dans ce « tous pourris, tous corrompus », il y a aussi la place pour des idéologies radicales. C’est pour ça, je pense quelque part, ces mouvements jihadistes ou dit salasfistes jouent un peu le même rôle que l’extrême droite en Europe, de réceptacle de toutes les crises, de toutes les frustrations.

      Est-ce que vous constatez que la société nigérienne est travaillée par des mouvements fondamentalistes, un regard sur l’islam radical ?

      Oui c’est clair. Ca ne veut pas dire que tous les musulmans nigériens sont des salafistes ou des radicaux, loin de là. Il y a encore une partie importante de l’islam nigérien qui reste de tradition soufi ou confrérique, qui était l’islam dominant et qui a toujours été un islam tolérant. Mais depuis une vingtaine, une trentaine d’années, il y a quand même une sorte de déferlante dans l’islam d’Arabie Saoudite ou du Qatar, un islam wahhabite, qui est un islam extrêmement rigoriste, beaucoup plus intolérant, beaucoup plus tourné vers le passé, ritualiste, etc. Et cet islam prend de plus en plus place dans l’espace public, c’est eux qui tiennent le haut du pavé à l’université alors que l’université devrait être au contraire un lieu de réaction et d’esprit critique. Toutes les cassettes qui se diffusent dans les rues aujourd’hui, en CD, en DVD. Ce sont de plus en plus des cassettes avec des prêches radicaux extrêmement intolérants et extrêmement violents dans les mots, là aussi la violence des mots ne veut pas dire la violence des actes, mais quand même c’est ça qui rend un peu inquiet.

      Quelle est la réaction de l’Islam soufi qui reste encore l’Islam traditionnel au Niger ?

      L’islam soufi résiste certes mais résiste au sens où ses adhérents ne sont pas adeptes de cet islam venant d’Arabie.

      Il n’y a pas eu de condamnations ?

      Mais oui. Il y a quand même une sorte de peur et de risque de se voir, si on s’attaque à cet islam, dénoncer comme étant, faisant le jeu des occidentaux ou faisant le jeu des anti-musulmans. C’est ça un peu le grand problème, qu’il n’y a pas de réactions publiques parce que ceux qui réagiraient publiquement contre l’Islam ont peur de se voir dénoncer comme étant des infidèles, des suppôts de l’occident, des suppôts des chrétiens, etc. C’est pour ça que cet islam qui reste minoritaire, probablement on n’a pas de statistiques, mais cet islam dont on peut penser qu’il reste minoritaire c’est quand même lui qui s’exprime et l’autre islam, je dirai l’islam plus tolérant, s’exprime beaucoup moins publiquement, c’est donc un des pièges dans lesquels nous sommes actuellement. Je trouve que les récentes manifestations en ont été un signe. Ces jeunes casseurs qui s’en sont pris aux églises, ils ne s’en sont pas pris aux églises simplement pour suivre un mot d’ordre de l’opposition, ils s’en sont pris parce que ça fait parti de ce climat d’intolérance qui était développé, où on présente les chrétiens comme les ennemis, où on présente la modernité comme l’ennemi, toutes ces frustrations qui sont en arrière plan.

       


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