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    «Timbuktu» au Fespaco, un «message fort» selon Fatoumata Diawara

    Fatoumata Diawara. RFI / P. Vallée

    C’est l’une des grandes chanteuses folk d’Afrique, mais elle est aussi une grande actrice. Fatoumata Diawara est à l’affiche de deux films au Fespaco, le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou : Morbayassa, de Cheik Fantamady Camara, et Timbuktu d’Abderramane Sissako, projeté ce jeudi5 mars. Rencontre avec une artiste qui s’est toujours battue pour sa liberté. « C’est très important pour Abderrahmane [Sissako], comme c’est très important pour tous les Africains, que le film soit resté dans la sélection officielle. C’est un message fort», affirme Fatoumata Diawara.

    RFI : Comment doit-on vous présenter ? Actrice ? Chanteuse ? Actrice et chanteuse ?

    Fatoumata Diawara : Les deux. En plus, j’ai commencé les deux très tôt.

    Vous êtes née en Côte d’Ivoire de deux parents maliens. Et c’est au Mali que vous avez découvert le cinéma avec Cheick Oumar Sissoko. C’était sur le tournage de  La Genèse ?

    Exactement. En fait, avant même La genèse, j’ai eu la chance d’aller sur un plateau télé pour le tournage du film Taafé Fanga, « Le pouvoir des femmes ». Comme par hasard, ce film m’avait bouleversée parce que les rôles étaient inversés : les femmes jouaient le rôle des hommes africains, et les hommes africains jouaient le rôle des femmes africaines. J’avais 13 ou 14 ans et j’ai trouvé cela magnifique. L’année d’après, j’ai rencontré Cheik Oumar Sissoko sur La Genèse, et ainsi de suite. Ça y est, le chemin commence.

    Le chemin a commencé mais votre carrière d’actrice a bien failli s’arrêter après le succès de Sia, le rêve du python (une relecture du mythe africain du serpent Bida et du royaume du Ouagadou). Vous jouiez une héroïne légendaire de l’Afrique de l’Ouest. Vous aviez presque trop de succès. Vos parents auraient préféré que vous vous mariez à cette époque...

    Exactement. J’avais 18 ou 19 ans, je voulais m’émanciper, prendre ma liberté et connaître le monde, savoir ce qu’est le chemin d’une femme, se battre toute seule, et aller comme un oiseau parcourir le monde. Et cela était difficile, parce que c’était l’âge du mariage dans ma tradition. Du coup, j’ai dû m’enfuir un jour. Et pendant six ans, le Mali n’a pas beaucoup entendu parler de moi, ni l’Afrique.

    Vous avez parlé de fuite. Et c’est vraiment ce qui s’est passé quand vous avez voulu partir avec la troupe Royal de Luxe. Vous avez quitté Bamako. Vous vous dites quoi quand vous regardez en arrière ? « J’ai été courageuse », ou alors « J’ai été inconsciente comme ça de laisser ma famille derrière moi » ?

    C’est incroyable, quand je réfléchis, quand je pense à cette époque, j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui ai décidé, parce que c’était énorme. Quand je regarde aujourd’hui tout ce que j’ai pu faire en si peu de temps. Et pourquoi la décision est venue à cette date-là juste avant les 20 ans ? Qu’est-ce qui m’a poussée ? Est-ce que je savais ce qui allait se passer dans le futur ? Mais non. J’ai une faiblesse ou une force, j’ai un côté naïf. Je suis très naïve. Michel Ocelot, celui qui a fait l’adaptation de Kirikou et Karaba, m’a dit quand il m’a vue pour la première fois : « Fatou, ne perds surtout pas ton enfance. Quand je te regarde, je sens que tu es enfant. Et c’est ça ta force. Quand on est adulte, on est stupide, on réfléchit trop ». Et effectivement, j’avais, à l’âge de 19 ans, cette enfance pour dire non à ma tradition, dire non à ma famille, dire non à mon passé et me refaire une nouvelle vie en partant un soir, en prenant Air France et ne plus donner de nouvelles pendant six ans à ma famille. Cela a été une solitude, cela a été ma propre école. Maintenant, j’essaie d’écrire des chansons pour partager cette expérience, pour pouvoir motiver d’autres jeunes filles à réfléchir à leur liberté.

    Vous êtes à l’affiche de Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Vous avez joué sur la scène des César, là où le film a remporté 7 César, ce qui est une consécration immense pour un film africain. C’est le film africain le plus vu de l’histoire. Qu’est-ce que vous avez pensé des rumeurs d’une possible annulation du film à Ouagadougou, qui n’ont finalement pas été avérées, en raison des risques supposés liés à la sécurité ?

    Quand j’ai appris cela, c’était catastrophique. Je n’ai pas dormi. J’ai cherché à joindre Abderrahmane tout le temps, parce qu’il était aux Oscars aux Etats-Unis. Je voulais lui parler parce qu’on est très proches. On est une famille. Abderrahmane ne fait pas faire des auditions. Il écrit des personnages, il m’appelle parce qu’il me connaît. Il sait qui je suis. Il sait qu’il peut me faire confiance. N’importe quel rôle qu’il me donnera, je vais essayer de le porter et mettre en valeur ce personnage. Donc quand j’ai appris l’histoire, j’étais très triste pour lui et très triste pour le cinéma en général, parce qu’on a besoin des festivals comme le Fespaco pour soutenir ces hommes qui mettent leur vie en danger pour que le cinéma existe. Abderrahmane ne demande rien, mais il demande juste qu’on lui laisse la possibilité de se faire entendre et je voyais que cela était remis en question. Oh la la, il s’agit de Timbuktu. C’est à deux pas d’ici. Il s’agit de l’Afrique. Il s’agit du monde. Il s’agit de ce qui est en train de se passer dans le monde aujourd’hui. Si le Burkina refuse de diffuser ce film, c’est un message pour nous tous, pour tous les cinéastes. Cela veut dire qu’ils auront peur d’aborder des thèmes dans le futur, parce que tu as beau parcourir le monde avec ton film, rien ne vaut ta terre natale. C’est le seul festival africain qu’on a aujourd’hui. C’est très important pour Abderrahmane, comme c’est très important pour tous les Africains, que le film soit resté dans la sélection officielle. C’est un message fort.

    Le Fespaco, c’est sur RFI et RFI.fr, ainsi que sur l’application FESPACO avec RFI, France 24 et Burkina 24.


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