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    Foccart: l’architecte tout puissant des relations franco-africaines

    L'ancien conseiller de l'Elysée pour les Affaires africaines, Jacques Foccart. survie.org

    L'invité Afrique de RFI ce matin est Pascal Geneste, ancien responsable du Fonds Foccart aux archives nationales, alors que les archives publient l'inventaire de ce fonds et organisent deux journées d'études sur le sujet, aujourd'hui et demain (jeudi et vendredi). Le fonds Foccart représente une masse documentaire énorme : 400 mètres d'archives dans lesquelles dorment certains secrets de la Françafrique... Que nous apprend-il de l'ancien Monsieur Afrique des présidents de Gaulle et Pompidou et de ses méthodes parfois sulfureuses ?

    RFI : Pourquoi accorde t’on à Jacques Foccart une place hors normes dans l’histoire politique africaine de la France ?

    Pascal Geneste : On peut dire qu’il jouissait d’un pouvoir hors norme. Du temps du général de Gaulle, le général lui avait confié charge en quelque sorte d’être son conseiller politique. Pour certains ministres d’ailleurs et notamment ceux chargés des Affaires étrangères ou de la coopération, ils le disaient bien à leurs interlocuteurs africains, Foccart c’est en quelque sorte le général de Gaulle. Il y a également sa longévité, il a été secrétaire général pour les Affaires africaines et malgaches de 1960 à 1974, 14 ans durant. Ce qui constitue naturellement un record de longévité. Aujourd’hui quand on se réfère à Jacques Foccart, on a l’impression d’avoir à faire à l’architecte tout puissant finalement des relations entre la France et de ses anciennes colonies.

    Quel est la part de vérité dans ce portrait de Foccart, on a dit de lui qu’il avait été l’homme le plus puissant de la Ve République ?

    Il avait entre les mains un certain nombre de leviers. Des leviers d’abord administratifs, des leviers officiels, et puis des leviers plus officieux. Il était tous les soirs en entretien personnel avec le général de Gaulle à partir non pas de simples éléments qu’il aurait voulu évoquer mais à partir de notes extrêmement précises élaborées par son secrétariat général. Il avait ce contact quotidien qui lui permettait aussi d’obtenir instantanément les avis du chef de l’Etat et de prendre des décisions de manière automatique.

    Tout cela nous amène à la méthode Foccart. Donc Jacques Foccart qui travaille à la tête du secrétariat général des Affaires africaines et malgaches et qui a derrière lui toute une administration à la fois pour obtenir du renseignement et pour impulser une action ?

    Tout à fait, le secrétariat général pour les Affaires africaines et malgaches, c’est un véritable Etat dans l’Etat en quelque sorte, c’est une administration d’une centaine d’agents au sein même de la présidence de la République, qui explique aussi le rayonnement de l’action de Jacques Foccart lui-même, puisqu’il en était le responsable.

    L’objectif quel est-il ?

    C’est avant tout de défendre le pré carré et les chefs d’Etat amis de la France. Il fallait préserver l’influence de la France dans le monde. Il fallait effectivement faire bloc entre les deux puissances émergentes, le bloc de l’ouest, le bloc de l’est, et maintenir ce pré carré franco-africain.

    Il y a aussi la part d’ombre de Jacques Foccart. Toute une série d’interventions qui vont au-delà de ce que la légalité républicaine autorise, on pense notamment au soutien aux séparatistes biafrais ou au soutien aux séparatistes Katangais ?

    La France a accompagné l’action qui a été menée au Katanga et au Biafra, elle l’a accompagnée d’ailleurs sur la durée. Sur ces dossiers effectivement, on voit apparaître les conseillers politiques officieux de Jacques Foccart. Sur ces barbouzes, dont on peut citer certains noms comme Jean Mauricheau-Beaupré, sans parler des plus récents, Bob Dénard. Ce portrait-robot du barbouze est un français qui a traditionnellement versé dans le renseignement à la faveur de la résistance ou des guerres coloniales et qui s’avère un adepte intransigeant de la lutte anti-communiste en France et en Afrique. Ça c’est le portrait type de ce conseiller officieux que Jacques Foccart n’hésitait pas à envoyer sur le terrain auprès des chefs d’Etats africains pour qu’il gère en quelque sorte les opérations sur place et surtout qu’il les coordonne avec les services français qui y étaient stationnés.

    Est-ce qu’on peut dire finalement que Foccart a eu des héritiers par la suite ?

    Foccart, lui, lorsqu’il a quitté ses fonctions officielles, naturellement n’a certainement pas arrêté d’entretenir les relations officieuses avec l’Afrique, et notamment les émissaires qu’il y avait placé. Donc, on peut dire que peut-être, si les réseaux Foccart n’ont pas survécu officiellement aux relations que pouvaient entretenir Valéry Giscard d’Estaing et son conseiller René Journiac, ils ont peut-être survécu finalement aux fonctions officielles de Jacques Foccart lui-même, qui a continué à poursuivre finalement son action officieuse. Il ne faut pas oublier que Jacques Foccart revient au pouvoir avec l’élection de Jacques Chirac en 1995, qui en fait son conseiller officieux à l’Elysée pour les affaires africaines. Foccart est à ce moment là vieillissant et on peut dire malade puisqu’il meurt deux ans plus tard. Mais en revenant, il ne revient pas seul, il revient avec des collaborateurs qui finalement ont maintenu les réseaux et les méthodes qui avaient été mis en place dans les années de Gaulle.

    → Lire l'article de Laurent Correau, Jacques Foccart, l’homme de l’ombre, à la lumière de ses archives

    *** ... Et ne manquez surtout pas la série de deux Grands Reportages que vous propose RFI ce jeudi 26 mars et demain 27 mars. Les Archives nationales ont ouvert les portes du Fonds Foccart à Laurent Correau. Une véritable plongée dans les méthodes de l'équipe Foccart et les dossiers qu'elle a traités dans les années 60.


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