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    Déclassification sur le Rwanda: «une ouverture qu’il faut saluer»

    Des soldats français à leur arrivée près de Butare, au Rwanda, le 3 juillet 1994, dix jours après le début de l'opération Turquoise. HOCINE ZAOURAR / ARCHIVES / AFP

    «Il y a une ouverture qu'il faut saluer» reconnaît Jean-Pierre Chrétien, historien français, spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs. Il est coauteur avec Marcel Kabanda du livre Rwanda, racisme et génocide : l’idéologie hamitique, aux éditions Belin (2013).

    RFI : Est-ce que cette décision de l'Elysée de déclassifier les documents relatifs au génocide au Rwanda est un effort important dans la transparence face à cette page de l’histoire du monde ?

    Jean-Pierre Chrétien : Les historiens, tous ceux qui veulent connaître la vérité du génocide des Tutsis du Rwanda, ne peuvent que se féliciter de ce genre de décisions, mais aussitôt des questions se présentent évidemment. Quelles archives ? Vous l’avez rappelé, ce sont les archives de l’Elysée. En fait, toute une partie des archives de l’Elysée de l’époque de François Mitterrand est déjà, par ailleurs, à l’institut François Mitterrand. Elles sont déjà connues. Il n’y a donc pas une masse de nouveautés à attendre, à mon avis, de cette ouvertureVous le savez, les historiens demandent toujours plus d’archives. Il faudrait évidemment que les archives du ministère de la Défense et surtout des Affaires étrangères, peut-être, soient disponibles, dans la mesure où c’est un projet politique, le choix de la France à cette époque par rapport au Rwanda.

    De soutenir l’ex-président décédé donc le 6 avril 1994, Habyarimana ?

    Il y avait aussi le gouvernement mis en place et qui a couvert le génocide entre avril et juillet 1994. Donc, on aimerait, par exemple, connaître le détail de la correspondance entre le Quai d’Orsay et le Conseil de sécurité à cette époque.

    L’Elysée a dit hier que bientôt, sans donner de date, ces autres archives seraient déclassifiées , ministères des Affaires étrangères, Défense et même Assemblée nationale ?

    Ce sont de bonnes nouvelles. Je voulais aussi ajouter une remarque, il ne faut pas non plus être naïf par rapport à l’apport des archives, c’est tout un travail qui est nécessaire sur un fonds d’archives. Il n’y a pas à attendre de document miracle révélant tout, ce serait un alibi au fond, utilisé par certains d’ailleurs, « On va savoir enfin la vérité »... En fait, on sait déjà qu’il y a eu un génocide des Tutsis au Rwanda, il y a eu beaucoup de travaux ; on sait déjà, ne fusse depuis la mission parlementaire de 1998, qu’il y a des implications de la politique française. Ce qu’on peut attendre des archives, au fond, c’est toujours de comprendre mieux cet aveuglement, pour le moins, qui a débouché sur des complicités de fait. C'est-à-dire comprendre et peut-être aussi fermer davantage les responsabilités, donc évidemment c’est positif. Mais sans se faire trop d’illusions et sans se dispenser non plus évidemment des efforts de mémoire, de solidarité avec les rescapés, le travail de mémoire aussi est important dans cette affaire. La France a encore un peu traîné des pieds dans un contexte compliqué, c’est vrai, l’année dernière en 2014. Tout cela est compliqué, il n’y a pas de réponse miracle, il y a une avancée, une ouverture qu’il faut saluer. Un acte symbolique voulant signifier une bonne volonté, mais avec toutes les questions et les limites que je rappelais.

    Les historiens vont-ils compulser l’ensemble des pièces ou bien ils vont vraiment à la recherche de documents particuliers ?

    Non, justement les historiens en tant que tels sont des gens qui travaillent avec patience sur des fonds d’archives et qui souvent reconstituent des réalités et ciblent des responsabilités, des choix, des options, d’après un ensemble, d’après une logique qui se détache d’un ensemble de documents. Même pour la Shoah, on peut faire des comparaisons avec d’autres génocides, on n’a jamais trouvé le document miracle où il y a LA décision. Vous voyez ce que je veux dire. Il y a un ensemble d’éléments qu’il faut analyser pour déboucher sur la reconstitution de la réalité et sur la définition des responsabilités.

    Il y a des recherches sur des faits concrets. L’année dernière justement, vous citiez le 20e anniversaire du déclenchement du génocide. Le président rwandais Paul Kagame avait mis en cause la France avec des accusations précises quand il parlait des militaires français qui avaient participé à l'exécution, qu’il y aurait des témoignages de rescapés à Bisesero. Est-ce que cela veut dire que l’on pourrait espérer trouver des documents sur ces points précis d’accusation ?

    D’abord, il faudrait savoir si les accusations du président Paul Kagame reposent effectivement sur des enquêtes et des travaux fiables. Il a aussi sa politique, le président du Rwanda, comme le gouvernement français. Donc il serait intéressant de voir dans les archives militaires, notamment au cours de l’opération Turquoise ce qui s’est fait, ou avant. Qu’il s’agisse des archives ou d’autres types d’enquêtes, notamment des enquêtes orales, c’est un domaine que je connais bien, il y a aussi une méthode, il y a aussi le respect de certaines règles, de certains principes qui permettent de s’assurer de la fiabilité des témoignages. C’est tout un travail, c’est un défi au travail des historiens. Et le problème, c’est qu’une chose aussi grave que ce génocide des Tutsis du Rwanda touche beaucoup de gens, y compris des gens qui ne sont pas historiens qui, pour des raisons humaines, sont sensibles à ce qui s’est passé. Mais il faut garder raison, mener un travail. Pierre Vidal-Naquet le rappelait souvent dans son livre sur Les assassins de la mémoire, la rigueur scientifique est très importante pour s’assurer de la solidité des accusations et des identifications des faits.

    → A lire Rwanda. Racisme et génocide : l’idéologie hamitique, aux éditions Belin (2013).

     


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