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    Rwanda: il faut faire «la clarté sur le rôle de la France en 1994»

    Le président rwandais Paul Kagame allume la flamme du souvenir au mémorial du Kigali, lors de la commémoration des 21 ans du génocide, le 7 avril 2015. AFP/Stéphanie Aglietti

    La présidence française a annoncé, mardi 7 avril, la déclassification des archives de l’Elysée sur le génocide rwandais. La Belgique a effectué ce travail de mémoire et a ouvert l'accès à ses documents il y a longtemps, rappelle Alain Destexhe qui ne mâche pas ses mots. Le sénateur belge a été rapporteur de la commission spéciale du Sénat belge sur le génocide du Rwanda en 1994. Il était au Rwanda juste avant et après le génocide, en tant que secrétaire général de Médecins sans frontières.

    RFI : Quel peut être l’impact de la déclassification des documents de la présidence française sur le Rwanda de 1990 à 1995 ?

    Alain Destexhe : Un impact important. Il va créer un précédent au niveau français. J’espère que cette déclassification au niveau de l’Elysée, sera suivie de la même démarche au niveau du Premier ministre, du ministre des Affaires étrangères et celui de la Défense. Une fois qu’on aura les archives de ces trois ministères, en plus de l’Elysée, je pense qu’on aura un panorama complet de ce qui s’est passé du point de vue français au Rwanda en 1994.
    Aujourd’hui, on sait exactement ce qui s’est passé du côté belge puisque nous avons eu accès à tous les documents. On sait ce qui s’est passé à l’ONU puisqu’une commission spéciale a eu accès aux documents du côté des Nations unies. Il manque encore quelques pièces du puzzle du côté français et, encore plus, du côté américain. Une fois que nous les aurons, on saura exactement comment les grandes chancelleries occidentales ont pris leur décision en 1994.

    Alain Destexhe, vous avez mené en Belgique une commission d’enquête parlementaire que vous avez initiée. Elle ne s’est pas heurtée au secret défense, comme cela a été le cas pour la mission parlementaire d’information de Paul Quilès, en France, en 1998. C’est bien cela ?

    C’est exact. Nous avions les pouvoirs d’un juge d’instruction, c'est-à-dire que nous pouvions requérir des documents auprès de tous les ministères. Et donc nous avons eu l’ensemble des échanges des ministères des Affaires étrangères entre Bruxelles et Kigali, ainsi que l’ensemble des télégrammes de l’armée belge qui était présente sur place par l’intermédiaire de la mission de l’ONU.

    En revanche, du côté français, la mission Quilès a eu accès à une information très partielle et d’ailleurs cela se ressent dans le rapport de la mission d’observation.
     
    Cette déclassification peut-elle améliorer les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda qui sont tendues, comme vous le savez ?
     
    Pour des raisons un peu incompréhensibles, le gouvernement de François Hollande n’a pas suivi la politique d’ouverture du temps de Nicolas Sarkozy.

    Nicolas Sarkozy avait alors parlé d’une forme d’aveuglement de la France et d’erreur d’appréciation lors d’un déplacement à Kigali, en 2010. 
     
    Oui, et les relations d’ailleurs étaient devenues assez bonnes entre Paul Kagame, son régime et Nicolas Sarkozy. Donc, pour des raisons incompréhensibles qui sont peut-être liées à l’héritage mitterrandien, assez ambigu comme on le sait sur l’Afrique, cette politique d’ouverture et de réconciliation n’a pas été suivie par François Hollande.

    Dans son entretien accordé à Jeune Afrique l’an dernier, alors que vous étiez vous-même à Kigali lors des commémorations du 20ème anniversaire, Paul Kagame n’a-t-il pas empêché, en fait, François Hollande de prendre le temps de la poursuite de cette politique d’ouverture avec le Rwanda ?
     
    C’est clair que les sensibilités sont telles au Rwanda que parfois certains gestes sont mal compris en France. Ils rebutent et, par conséquent, ne facilitent pas les choses. Je crois que la meilleure façon de dépasser ces tensions, c’est précisément de faire toute la clarté sur le rôle de la France en 1994. On ne sait toujours pas, par exemple, si l’opération Turquoise n’a été qu’une opération humanitaire ou si elle a été également une opération d’exfiltration des cadres de l’ancien régime et de soutien à l’ancien régime.

    Même pour moi, qui travaille sur ce dossier depuis longtemps, c'est impossible de répondre de façon tranchée à cette question : est-ce que l’opération Turquoise n’était qu’une opération humanitaire ou est-ce que c’était une opération politico-militaire visant d’une part à exfiltrer des cadres de l’ancien régime, mais aussi et éventuellement à procéder à la reconquête du Rwanda, à partir d’une poche contrôlée par l’ancien régime et l’armé française ?

    Voilà donc le genre de questions, me semble-t-il importantes, auxquelles il faut répondre. Le geste de François Hollande est probablement un pas dans la bonne direction.

    Et sur la forme de l’annonce de cette décision de déclassification, celle-ci n’a fait l’objet d’aucune communication officielle de la part de l’Elysée. Finalement, l’Elysée a organisé la fuite de cette décision le jour même des commémorations. La date est symbolique mais rien d’officiel pour autant. Et-ce que cela vous surprend ?
     
    Oui, cela me surprend un peu parce qu’ils ont organisé la fuite et donc ils ont bien voulu que cela se sache ce jour-là. Cela me surprend un peu également parce que c’était l’occasion de faire un geste public qui va dans le sens d’une recherche de la vérité et d’une réconciliation. Alors oui, c’était l’occasion de faire une communication officielle. Elle aurait pu intervenir.

    Même si on était dans un régime de cohabitation à cette époque-là, il est certain que l’engagement lourd de la France au Rwanda s’est passé du temps de la présidence de François Mitterrand. On le voit bien, lorsque d’anciens dignitaires comme Védrine sont interrogés à ce sujet, ils sont quand même extrêmement mal à l’aise et se réfugient dans une certaine langue de bois qui consiste à employer des grandes formules en disant « La France a fait son devoir » ou encore « La France a fait ce qu’il a fallu au moment où les autres ne voulaient pas intervenir ». Ce qui n’est pas totalement faux, mais une fois de plus il faut le regarder dans la longue durée.

    En 1990, le régime s’engage dans une dérive ethnique exacerbée où l’appartenance ethnique devient un peu, sur le modèle hitlérien, une sorte de suprématie raciale : les Hutus sont supérieurs aux Tutsis. Et c’est au moment où ce régime dérive que la France choisit de s’engager davantage pour le soutenir et pour le sauver. Et même si on ne pouvait pas le savoir à l’époque, cela se termine par un génocide commis par le régime.


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