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    «Le Burundi n’a pas le droit de faire ressurgir les démons du passé»

    Adama Dieng, conseiller spécial de Ban Ki Moon pour la prévention des génocides un.org

    Il vient de vient de passer deux jours au Burundi où il s'est entretenu avec les différents protagonistes de la crise, dont le président Pierre Nkurunziza. Le Sénégalais, Adama Dieng, conseiller spécial de Ban Ki-moon pour la prévention des génocides estime que le pays n'est pas encore près d'un génocide. Mais affirme que l'ONU reste vigilante, tout comme la CPI. De retour à Dakar, Adama Dieng, est l'invité de Florence Morice ce matin.
     

    RFI : Au cours de votre séjour à Bujumbura vous vous êtes entretenu avec le président burundais Pierre Nkurunziza. Dans quel état d’esprit était-il ?

    Adama Dieng : Le président Nkurunziza est préoccupé par la situation actuelle qui prévaut au Burundi. Il s’est engagé à également mettre tout en œuvre pour éviter toute dérive.

    Beaucoup ont décrit un homme entêté. Ce n’est pas l’impression qu’il vous a donnée ?

    Avant cette rencontre, c’est ce que l’on m’avait dit. Mais j’ai rencontré un homme qui semblait rassuré, notamment après le coup d’Etat qui avait échoué. J’en ai appelé à sa sagesse pour que des mesures soient prises afin d’éviter que le Burundi plonge dans une guerre civile, de suites de violences qu’il a connues pendant près de trente-cinq années.

    Dans votre déclaration finale, vous mettez en garde contre une montée des tensions, tout en estimant qu’il est encore possible d’éviter le pire. Quel est le scénario du pire que vous craignez aujourd’hui pour le Burundi ?

    C’est de voir demain les populations être ciblées uniquement sur la base de leur affiliation politique, leur affiliation religieuse et essentiellement leur affiliation ethnique. Le Burundi n’a pas le droit de faire resurgir les vieux démons du passé. Nous savons tous, bien entendu, que pendant des décennies le pays a été gouverné par les Tutsis. Mais aujourd’hui, nous avons une armée qui n’est plus mono-ethnique, où il y a Tutsis et Hutus qui travaillent ensemble. Nous avons aujourd’hui même un parti au pouvoir où il y a des membres de l’ethnie tutsie. Mais il faut également regretter certaines dissensions au sein de ce parti qui pourraient entraîner des dérives. Et c’est pourquoi aussi il faut craindre que les Imbonerakure, que chacun considère comme étant l’aile politico-militaire, ne puissent prendre le chemin de cette guerre et si jamais la situation se dégrader.

    Est-ce qu’il y a des signes avant-coureurs aujourd’hui précis, que vous avez constatés au cours de votre visite et qui vous inquiètent ?

    Le fait d’entendre parfois certains discours ethnicistes, même si cela n’est pas encore très marqué, est un signe qu’il faut retenir. Il y a tout un cocktail qui fait que si l’on ne prend pas les mesures qui s’imposent, la question identitaire risque de devenir l’élément central.

    C’est un risque d’instrumentalisation ethnique finalement, d’un conflit avant tout politique que vous décrivez ?

    Absolument. Donc il faut éviter cette instrumentalisation ethnique. C’est l’une des raisons pour lesquelles d’ailleurs, personnellement, j’ai longtemps hésité à effectuer cette visite, pour ne pas permettre à qui que ce soit d’utiliser ma visite comme étant le signal qu’un génocide est en cours au Burundi.

    Dans votre déclaration finale, vous évoquez également le risque de poursuites judiciaires au niveau international pour ceux qui se rendraient coupables de crimes graves. Est-ce qu’il n’y a déjà pas suffisamment d’éléments pour engager des poursuites aujourd’hui : 40 morts, des centaines de blessés, des centaines de personnes arrêtées ?

    Des arrestations ont été perpétrées du côté burundais, mais ce que je souhaiterais, c’est que ces arrestations aussi oient effectuées dans le rang des partisans du pouvoir. Si elles font défaut, il va sans dire que la procureure de la Cour pénale internationale ne manquera pas à ce moment-là de se saisir de ce dossier. Elle m’en a fait part et j’en ai fait part aussi à toutes les autorités, y compris le président Nkurunziza, y compris les acteurs de la société civile.

    Vous vous alarmez également de l’absence de pluralisme de l’information. Est-ce que c’est de nature à aggraver le conflit selon vous ?

    Cette absence facilite la propagation de la rumeur. Et cette rumeur entraîne la panique auprès des populations. Cette panique les amène finalement à franchir les frontières. La situation est grave, quand bien même les gens le nient. Aujourd’hui, il y a 70 000 Burundais qui sont partis en exil vers la Tanzanie, la RDC, le Rwanda… Mais tout simplement parce qu’elles ont peur les populations ! Et il faut donc les rassurer, faire en sorte que ces gens puissent rentrer et participer au processus électoral.

    On sait que les relations sont tendues entre le Burundi et son voisin rwandais. Du côté du Rwanda, on s’inquiète de la montée en puissance des Imbonerakure. Le président Kagamé était lui aussi absent du sommet. Est-ce que cette tension régionale n’est pas une source supplémentaire d’inquiétude pour vous ?

    C’est une source d’inquiétude. Bien sûr, tout un chacun doit respecter la souveraineté du Burundi, mais il faut garder à l’esprit que cette souveraineté s’accompagne des responsabilités qui ne sauraient être utilisées comme prétexte pour empêcher que des mesures soient prises au cas où la violence atteindrait un seuil de menaces graves. Je pense que le président Kagamé aurait certainement dû assister et faire entendre sa voix. Mais peut-être qu’aussi son absence est liée à l’absence du principal intéressé. Nous pouvons encore aujourd’hui empêcher le pire. Il y a autant d’outils possibles : c’est la médiation en cours de Saïd Djinnit, ce sont les efforts des chefs d’Etat de la communauté d’Afrique de l’Est. Et j’ose espérer que les autorités rwandaises continueront justement à appuyer ce processus, afin d’éviter que le pire n’arrive dans ce pays.


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