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    Le Gabon investit dans le manganèse au plus mauvais moment

    Fragments de manganèse pur à côté d'un cube de manganèse www.pse-mendelejew.de/Wikimedia Common CC

    Le Gabon industrialise la filière du manganèse au pire moment : le secteur souffre d'une surproduction mondiale.

    Le Gabon vient d'inaugurer sa première usine de transformation du manganèse : le complexe métallurgique de Moanda, financé par le groupe minier français Eramet, à travers sa filiale Comilog. Le Gabon s'enorgueillit d'aller enfin plus loin que l'extraction simple du minerai, ce qu'il s'était contenté de faire depuis plus d'un demi-siècle. Il espère apporter un peu de valeur ajoutée à son produit d'exportation. C'est cette même raison qui avait déjà motivé sa décision d'interdire les exportations de bois brut, en 2010.

    Sauf que le complexe métallurgique de Moanda sort de terre à contretemps. Décidé en 2007, l'investissement risque de ne plus être rentable : les prix du manganèse ont été divisés par plus de trois depuis cette date. Le débouché du manganèse s'est rétréci. L'acier, auquel le manganèse donne sa résistance à l'abrasion, représente 90 % de la demande de la filière. Or la sidérurgie mondiale, et particulièrement la sidérurgie chinoise, ont marqué le pas. On sait aussi utiliser de moins en moins de manganèse par tonne d'acier. Il y a donc trop de manganèse sur un marché mondial très concurrentiel. « Le marché est en surproduction énurétique tant la demande sidérurgique est aux antipodes d'une offre minière devenue indisciplinée ! », résume Didier Julienne, expert des métaux.

    L'usine du Gabon produira majoritairement du silico-manganèse, le tout venant de la première transformation, qui ne sera pas valorisé très cher, alors que l'usine aura besoin de beaucoup d'électricité, fournie par un barrage construit pour l'occasion. Les autres acteurs du marché font en ce moment le choix exactement inverse de Comilog : trois jours avant l'inauguration du complexe métallurgique de Moanda, le numéro un mondial South32, ex-BHP Billiton, décidait de fermer trois de ses quatre fours de manganèse en Afrique du Sud, premier pays producteur au monde, devant la Chine, l'Australie et le Gabon.


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