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    «Le lac Tchad a souvent été utilisé par des groupes rebelles pour se réfugier»

    Jadis, le lac Tchad s'étendait sur plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés. RFI/Madjiasra Nako

    Zoom aujourd'hui sur le lac Tchad. Autour de cette immense étendue d'eau, à cheval sur quatre pays - Cameroun, Niger, Nigeria et Tchad -, vivent deux millions de personnes. Le lac est riche en poisson et offre aussi, en période de décrue, d'immenses zones de culture. Mais il s'est asséché depuis les années 1950. Enfin, avec ses îles, le lac Tchad sert de refuge à certains combattants de Boko Haram, qui ont multiplié ces derniers mois les attaques dans la région. Quel avenir pour le lac et ses riverains ? Géraud Magrin, professeur de géographie à l'université Paris 1, répond à Marie-Pierre Olphand. Il est l'un des coordinateurs de l'Atlas du lac Tchad, ouvrage collectif élaboré par 46 scientifiques européens et africains aux éditions Passages.

    RFI : Ces derniers mois, les incursions de Boko Haram se sont multipliées autour du lac Tchad. Est-ce qu’on peut dire que le lac est devenu aujourd’hui une zone de guerre ?

    Géraud Magrin : Oui, si l’on considère l’actualité immédiate, il y a eu des combats sur le lac Tchad, il y a des villages et notamment un des grands villages de pêche des rives nigérianes ; le village de Bagakawa, qui a été attaqué, incendié par Boko Haram avec des milliers de morts. Ce qui est important de comprendre, c’est que le lac Tchad est devenu une zone de guerre, mais ce n’est pas l’épicentre du phénomène Boko Haram. Ce phénomène Boko Haram est né ailleurs au Borno, principalement à Maiduguri. Il s’est diffusé dans d’autres régions du Borno, cet Etat du nord-est du Nigeria, et le lac Tchad finalement a été gagné par cette insécurité dans une étape ultérieure. Ce qui est important de savoir aussi, c’est que le lac Tchad a, sur le temps long, été un espace qui a souvent été utilisé par des groupes rebelles pour se réfugier puisque c’est un espace avec un milieu physique très particulier où on peut aisément se camoufler. Il y a de nombreuses îles, des zones de marécages. Dans l’histoire, ça a été un lieu de repli pour des populations qui refusaient d’être soumises à des royaumes environnants. Et même au XXe siècle le lac Tchad a servi à plusieurs reprises de base de repli pour des groupes rebelles. Ça a été le cas dans les années 90 où des éléments du Mouvement pour la démocratie et le développement qui avaient soutenu Hissène Habré s’étaient réfugiés sur le lac Tchad et y avaient entretenu une rébellion pendant plusieurs années. Des groupes rebelles nigériens aussi s’étaient à d’autres moments cachés dans les îles du lac Tchad.

    Est-ce que l’équation assèchement du lac, paupérisation et influence des groupes tels que Boko Haram est valable ou simpliste ?

    Elle est un peu simpliste parce qu’en fait depuis les années 70-80, on est passé à un niveau de petit lac Tchad, comme on en avait déjà connu par le passé, mais ce niveau de petit lac Tchad est plutôt favorable du point de vue de activités humaines en termes de possibilités de production agricole et de l’élevage. C’est un contexte qui est plutôt favorable parce qu’il y a des terres qui sont couvertes et découvertes par la décrue qui sont plus importantes qu’avant. Donc à l’échelle du Sahel, le lac Tchad c’est un espace plutôt riche, plutôt favorisé, plutôt productif.

    Il n’y a pas eu paupérisation, même s’il y a eu diminution, de fait, depuis les années 50-60 de la zone de pêche ?

    Il y a eu une diminution des eaux libres pour la pêche, mais la pêche est restée une activité très importante. Le nombre de pêcheurs a aussi énormément augmenté. Cette situation que je viens de décrire, d’un espace relativement prospère, s’accompagne néanmoins de tensions. Tensions pour l’accès aux ressources foncières, au meilleur secteur pour l’agriculture, pour la pêche. Et ces phénomènes peuvent s’accompagner d’une marginalisation. Et vous avez de nombreux jeunes qui n’ont pas forcément accès facilement, soit aux secteurs de pêche les plus rémunérateurs, soit aux moyens de pêcher, d’avoir des pirogues, soit aux terres les plus productrices… Donc, il y a des tensions sociales qui traversent cette société du lac Tchad qui sont importantes. Mais là aussi, il faut bien l’avoir en tête que là où Boko Haram a recruté massivement ce n’est pas en premier lieu au lac Tchad.

    Deux millions de personnes vivent directement sur le pourtour du lac Tchad. Elles dépendent en partie du secteur de la pêche. Est-ce qu’on sait si un jour le lac Tchad va s’assécher ou pas ?

    Par rapport à cette question, le secteur du lac Tchad fait partie des grandes zones d’incertitude, avec des contradictions importantes entre les modèles qui ne permettent pas de dire si dans vingt ans ou dans cinquante ans il y aura plus d’eau dans le lac Tchad ou moins d’eau dans le lac Tchad. En revanche, ce dont on est à peu près sûr c’est que la population va augmenter de façon très importante sur les rives du lac, mais à l’échelle du bassin dans son ensemble. Le bassin du lac Tchad aujourd’hui, c’est près de 50 millions d’habitants. En 2050, ce sera 120 ou 130 millions. Et donc avec cette augmentation de la population il y aura très probablement une augmentation de la consommation d’eau sur l’ensemble du bassin, pour les villes, pour l’industrie, pour l’agriculture… Donc réfléchir sur l’avenir du lac Tchad, c’est aussi prendre en compte l’évolution de la consommation de l’eau dans l’ensemble du bassin et pas seulement sur les rives du lac.

    Est-ce que les quatre Etats qui se partagent le lac sont d’accord sur les modèles de gestion de son pourtour ?

    C’est une question qui soulève celle de l’intérêt des différents Etats riverains pour le lac Tchad. Si on regarde du point de vue tchadien, le lac Tchad est essentiel. Il est à 120 kilomètres de la capitale, il est proche des régions peuplées centrales du territoire tchadien donc pour la République du Tchad, le lac Tchad est absolument essentiel. Pour les trois autres Etats, le lac Tchad est en position plus périphérique par rapport aux espaces les plus peuplés, aux capitales politiques, aux espaces les plus producteurs de ressources. Donc ce sont des pays qui se sont intéressés de façon moins prioritaire au lac Tchad que la République du Tchad. Cependant, au cours des dernières années, les différents Etats riverains, au-delà du Tchad, se sont rendu compte de l’importance du lac Tchad. Maintenant, dans les différents pays, il y aune réflexion importante à mener sur les modèles de développement parce que les modèles développement avec des grands périmètres mécanisés, comme on a pu en rêver par le passé, permettent d’augmenter la production agricole, mais ne permettent pas de fournir beaucoup d’emplois. Or si l’on veut assurer une stabilisation sociale et politique de ces zones, il faut fournir des emplois aux jeunes qui sont très nombreux et à cette population qui augmente. Et donc il faut réfléchir sur des politiques publiques qui permettraient de soutenir les systèmes agricoles existants qui sont intensifs, qui sont à la fois productifs, mais qui emploient aussi de nombreux bras. A mon avis, il serait plus intelligent de réfléchir à des politiques permettant de moderniser ou d’appuyer ces systèmes plutôt que d’en faire table rase pour développer une grande agriculture mécanisée comme la tentation existe dans d’autres parties de l’Afrique.

    La coopération entre ces quatre Etats au sein de la Commission du bassin du lac Tchad n’a jamais débouché sur une vision commune ?

    Cette Commission a une histoire un peu compliquée, à l’image de la situation des Etats riverains du lac Tchad. C’est une organisation qui a eu un fonctionnement irrégulier et qui n’a pas pu développer sur un temps long un renforcement de sa capacité de gestion de l’environnement du lac Tchad. Au cours de la période récente, la Commission du bassin du lac Tchad s’est concentrée sur la question de l’eau et des ressources liées à l’eau. Mais à nouveau, la crise Boko Haram est venue en quelque sorte perturber ces efforts qu’il faut comprendre dans un temps long. A court terme, on ne peut pas ne pas traiter le problème Boko Haram qui met le lac Tchad, comme l’ensemble du Borno et des régions frontalières, à feu et à sang. On ne peut pas penser le développement à long terme si ce problème n’est pas réglé. Mais la question du développement à long terme dépasse de loin celle de Boko Haram. Donc c’est un processus sur lequel la réflexion mérite de continuer à être menée.

    Est-ce que le lac a un avenir pétrolier ?

    Pour le moment, le lac Tchad fait partie de blocs d’exploration pétrolière, mais le lac Tchad lui-même stricto sensu n’est pas concerné par les forages. En revanche, du côté nigérien et du côté nigérian, il y a eu des prospections importantes dans des zones qui ne sont pas très éloignées du lac Tchad. Et au Niger, on exploite aujourd’hui du pétrole à 150-200 km des rives du lac Tchad. Donc à court terme, il n’y a pas de production pétrolière prévue sur les rives mêmes du lac Tchad, mais les activités pétrolières se sont rapprochées de différentes manières. Il y a aussi des oléoducs, notamment l’oléoduc permettant d’exporter la production de la CNPC au Niger qui passera par le Tchad, contournera le lac Tchad à une distance relativement faible. Il y a aussi au Tchad, à trente kilomètres au nord de Ndjamena, une raffinerie à Djarmaya qui est exploitée aussi par la CNPC, à partir de gisements de pétrole qui viennent du sud du Tchad, du centre-sud du Tchad. Et cette raffinerie est située près du Chari. Donc les enjeux de gestion de cette raffinerie en termes de sécurité technologique et environnementale sont tout à fait importants pour le lac Tchad. Parce qu’une pollution, un accident technologique et industriel à cet endroit-là, situé à moins de 80 kilomètres du Lac Tchad, aurait des conséquences immédiates sur le lac.


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