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    Reed Brody: «Les victimes du régime Habré se sont battues pendant 25 ans»

    Reed Brody, conseiller juridique et porte-parole de l'ONG Human Rights Watch. AFP

    Ce 20 juillet 2015, le Tchad et l'Afrique ont retenu leur souffle. 55 ans après les indépendances, l'histoire s'est arrêtée, le temps de l'ouverture du procès d'Hissène Habré à Dakar. A quoi ressemble une page d'Histoire ? Récit de Reed Brody, l'un des conseillers juridiques et porte-parole de l'ONG Human Rights Watch. Sans lui, ce procès n'aurait pas eu lieu. Hier, il était dans la salle d'audience de Dakar. Il témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Pourquoi était-ce important pour vous qu’Hissène Habré soit dans le box des accusés ?

    Reed Brody : Parce que les victimes qui se sont battues pendant 25 ans (Hissène Habre a été président du Tchad de 1982 à 1990, NDLR) pour gagner ce procès, pour arracher ce procès, ont envie de regarder Hissène Habré les yeux dans les yeux, de demander pourquoi ils ont souffert.

    Tous les gestes et tous les mots de Hissène Habré étaient importants ce lundi, à son entrée dans la salle d’audience il a lancé : « C’est une mascarade, à bas l’impérialisme, à bas le néocolonialisme ».

    Quand on sait que Hissène Habré a été porté au pouvoir par Ronald Reagan et par la France, qu’il était soutenu de bout en bout par les Etats-Unis contre Mouammar Kadhafi, qu’il était soutenu par Israël et par le Zaïre, c’est mal placé de Hissène Habré de parler de l’impérialisme. D’ailleurs ceux qui sont les architectes de ce procès, ce ne sont pas les Etats-Unis, ce n’est pas la CPI (la Cour pénale internationale), ce sont les victimes, les survivants, les rescapés, qui ont décidé à leur sortie de prison de se battre. Donc Soliman, qui au fond de sa cellule a juré que s’il sortait vivant il travaillerait pour la justice et qui est à côté de moi maintenant, il n’est pas un impérialiste. Clément Abaifouta, ancien fossoyeur obligé d’enterrer ses collègues détenus qui est maintenant président de l’association des victimes, ce n’est pas un impérialiste.

    Est-ce que vous avez croisé le regard de Hissène Habré lundi ?

    Tout à fait, justement au moment où il a commencé à provoquer un incident, je le regardais. J’étais à cinq mètres de lui, il était assis et je l’ai regardé, on croisé nos regards et c’est à ce moment-là qu’il a provoqué un incident. Il était assis tranquillement entouré de gardes et c’est lui qui s’est heurté contre la sécurité pour créer un incident, pour essayer de se transformer en victime.

    A-t-il croisé le regard de Soliman, de Clément Abaifouta ?

    Je ne sais pas, je pense qu’ils étaient à ce moment-là un peu plus loin. C’était avant d’ailleurs que les juges rentrent dans la salle et donc les gens circulaient. J’étais un peu à côté de lui pour regarder et c’est à ce moment qu’il s’est levé pour créer l’incident.

    Et que s’est-il passé lorsqu’il a bousculé ses propres gardiens ?

    Evidemment, c’était quelque chose de planifié parce qu’il s’est levé au moment ou une cinquantaine de ses soutiens sont entrés dans la salle pour créer le trouble. Et donc à ce moment-là, Hissène Habré se lève, il se heurte contre eux, il commence à gesticuler à tel point que les gardiens ont été obligés de le conduire hors de la salle.

    Est-ce que vous souhaitez qu’il comparaisse tous les jours de ce procès ?

    Je crois que toutes les fois que les victimes, les survivants vont témoigner, vont raconter leur calvaire, c’est le respect qui oblige que Hissène Habré soit là pour écouter et pour répondre s’il le veut. Ce n’est pas Hissène Habré qui doit dicter les termes de ce procès.

    Hissène Habré a donné instruction à ses avocats de ne pas assister aux audiences, est-ce que vous ne craignez pas un procès à sens unique ?

    C’est à Hissène Habré de présenter des preuves à sa décharge, Hissène Habré a été plusieurs fois sollicité pour suggérer des témoins, pour présenter des preuves, chaque fois c’est lui qui a refusé. Donc il ne peut pas à la fois refuser de participer et dire que le procès est à sens unique. Mais toujours est-il que le procureur est tenu d’apporter les preuves, ce n’est pas à Hissène Habré d’apporter la preuve de son innocence, c’est à l’accusation d’apporter la preuve de sa culpabilité.

    Est-ce que vous pensez qu’il y aura quand même un débat contradictoire lors de ce procès ?

    Cela dépend de Hissène Habré et de sa stratégie de défense. S’il a donné instruction à ses avocats de ne pas contester des preuves et bien, il n’y aura pas de contradictions forcément. S’il y a des avocats finalement commis d’office, puisqu’il semble maintenant possible que les avocats de Hissène Habré boycottent aussi, à ce moment-là il y aura un procès contradictoire.

    Cinquante-cinq après l’indépendance est-ce un grand jour pour le Tchad ?

    C’est un grand jour pour le Tchad, c’est un grand jour pour la justice, c’est la première fois dans le monde entier que les tribunaux d’un pays, le Sénégal, vont juger l’ancien dirigeant d’un autre pays, le Tchad. Et c’est la première fois en Afrique que des victimes s’organisent pour traduire en justice un dictateur, que les victimes deviennent militants des droits de l’homme, que les victimes deviennent héros de leur propre histoire, qu’ils écrivent l’histoire du Tchad, qu’ils écrivent l’histoire d’Afrique. Je pense que c’est un exploit qu’il faut souligner.

    Et un motif d’espoir pour toutes les victimes sur le continent ?

    Je pense que tous les yeux sont rivés sur ce procès. Vous savez que les victimes de Hissène Habré ont été inspirées par l’arrestation à Londres d’Augusto Pinochet (ancien dictateur chilien, NDLR) et nous voulons que cette expérience inspire d’autres victimes, d’autres militants des droits de l’homme, qu’ils rêvent que la justice est possible même là où elle ne paraissait pas à première vue possible.

    Il faut garder espoir ?

    Nous avons montré qu’il était possible de s’organiser pour traduire en justice un dictateur. Donc je pense que l’exemple est donné et maintenant c’est à d’autres survivants, à d’autres groupes des droits de l’homme de reprendre le flambeau et de le faire avec d’autres tyrans, avec d’autres tortionnaires. C’est cela que nous voulons à la fin.


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