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    Faouzi Boujnaih (AEDH) pour une réforme «drastique» des prisons en RDC

    Vue de la prison de Goma, RDC. AFP PHOTO/Tony KARUMBA

    Des prisons surpeuplées, contrôlées par des administrations parallèles et remplies de détenus qui attendent pour la plupart leur jugement. Deux ONG (Agir ensemble pour les droits de l'homme et l'Organisation mondiale contre la torture) font une description édifiante de l'état et du fonctionnement des prisons de la région des Kivu en RDC qu'elles ont pu visiter cette année. Elles appellent l'État congolais à lancer une «réforme drastique» afin d'assurer des conditions dignes aux prisonniers. Faouzi Boujnaih, d'Agir ensemble pour les droits de l'homme (AEDH), a visité ces prisons. Il est l'invité d'Anthony Lattier.

    RFI : A quoi ressemble une prison dans la région des Kivus ?

    Faouzi Boujnaih : Une prison dans la région des Kivus, c’est un endroit très difficile, caractérisé principalement par la surpopulation. A titre d’exemple, la prison centrale de Goma a une capacité d’accueil de 150 détenus. Au moment de nos visites, ils étaient 1 016 et aujourd’hui, ils sont environ 1 500.

    Vous parlez de conditions de détention qui se sont dégradées. Est-ce en partie à cause de l’instabilité de la région qui fait que les prisons ne sont peut-être pas une priorité en temps de guerre ?

    L’instabilité dans la région a forcément un impact sur la capacité de l’Etat congolais à administrer ses prisons et pas seulement ses prisons, d’ailleurs. Ceci dit, les conditions de détention sont principalement dues au recours systématique à la détention préventive et au disfonctionnement du système judiciaire congolais.

    Vous dites, en fait, que notamment pour la prison de Goma, seule une centaine de détenus sur un millier ont effectivement été condamnés. Cela veut-il dire que tous les autres détenus attendent leur jugement ?

    Il faut savoir que beaucoup sont incarcérés pour des délits qui ne constituent même pas des infractions. Je pense notamment à des délits de dette. En effet, la plupart des détenus que nous avons eu l’occasion de rencontrer sont des gens qui n’ont pas eu les 5$ que l’officier de la police judiciaire - qui les avait arrêtés en premier lieu - leur demandait pour les libérer ; puis, qui n’avaient pas non plus les 20 $ que le procureur leur demandait et enfin les 100 ; 200 ou peut-être même les 500 $ que le juge leur demandait ensuite. On les retrouve donc en prison et ils sont oubliés.

    C’est pour cela que vous appelez les autorités à vider les prisons ?

    Tout à fait. Comme je vous le disais, le principal problème des prisons est la surpopulation qui a des conséquences graves sur les conditions de détention des détenus.

    La première de ces conséquences, c’est l’absence de séparation entre catégories de détenus, notamment entre prévenus et condamnés ou encore entre civils et militaires. Dans les cachots et les lieux de garde-à-vue, il y a souvent une absence de séparation entre hommes et femmes, entre enfants et adultes.

    Cette surpopulation crée également des problèmes humanitaires, notamment un manque de sanitaires et de douches, un manque d’accès à l’eau. Souvent les détenus n’ont pas accès à l’eau et doivent récolter l’eau de pluie, notamment pour pouvoir boire. Toutes ces conséquences sont donc celles de la surpopulation. L’accélération des procédures et la favorisation du recours à des peines alternatives permettraient de désengorger les prisons et d’améliorer la condition de détention des détenus.

    Des peines alternatives. Quoi par exemple ?

    Eh bien pour les délits mineurs, on peut imaginer des peines comme des travaux d’intérêts généraux qui ne sont absolument pas dans la culture judiciaire congolaise. Autre exemple, celui du recours à la prison avec sursis et peut-être aussi la mise en place de cautions qui permettrait de laisser les personnes en liberté, le temps de la procédure judiciaire.

    Vous décrivez aussi comment fonctionnent les prisons au quotidien et vous décrivez, en particulier, l’existence d’une administration parallèle qui contrôle la prison. Comment ça se passe ?

    Il faut savoir que dans ces prisons surpeuplées, on ne trouve aucun garde à l’intérieur de l’enceinte des prisons. La sécurité a ainsi été déléguée, par l’administration pénitentiaire, à des détenus - très souvent les détenus les plus dangereux et très souvent des militaires - qui administrent la prison. A leur tête, on a un capita général et on a toute une administration qui se décline à partir de ce capita. Ce sont eux qui assurent la sécurité, une fois que vous avez passé la grille de l’enceinte de la prison, et c’est à eux que vous êtes confiés.

    Ces détenus ou encore cette administration parallèle qui est, de fait, tolérée par l’administration pénitentiaire congolaise, infligent tout un tas de traitements inhumains et dégradants aux prisonniers les plus faibles. De par cette situation, la sécurité des détenus s’achète. Il faut en effet payer cette administration parallèle pour pouvoir être tranquille, pour pouvoir ne pas être passé à tabac tous les jours et pour pouvoir se dédouaner de tâches souvent ingrates et parfois dangereuses pour la santé.

    Les directeurs de prison ont un petit peu la main sur ces hiérarchies parallèles ou pas du tout ?

    Les directeurs de prisons connaissent très bien les membres des administrations parallèles car ils sont leurs interlocuteurs à l’intérieur de la prison et jouissent de certains privilèges qui leur sont accordés par l’administration pénitentiaire. Ils ont notamment des cellules à part, l’accès, souvent, à l’électricité, de la nourriture abondante et d’autres services. Oui, l’administration pénitentiaire connaît et valide l’existence de cette administration parallèle.

    Comment l’Etat, selon vous, peut-il rétablir son autorité ?

    En contrôlant, peut-être un peu plus, les juges et le bon déroulement des affaires. On peut tout à fait imaginer l’accélération des procédures pour les infractions mineures.

    Le système judiciaire congolais est caractérisé par une commercialisation de tous les actes. Si les cas trainent trop longtemps en justice, c’est principalement du fait d’un manque de volonté de la part des juges et des différentes parties prenantes de l’administration judiciaire. L’Etat congolais pourrait donc tout à fait imposer un peu plus de contrôle à ce niveau là. Encore une fois, passer des directives qui demandent aux juges de favoriser le recours aux peines alternatives, ce sont là des axes qui sont très peu couteux et qui pourraient avoir des résultats assez spectaculaires sur le dépeuplement des lieux de détention.


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