GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Lundi 19 Août
Mardi 20 Août
Mercredi 21 Août
Jeudi 22 Août
Aujourd'hui
Samedi 24 Août
Dimanche 25 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Pour Haïlé Sélassié, «la modernisation était un impératif absolu»

    Gérard Prunier. http://www.asmeascholars.org

    Il y a quarante ans aujourd’hui, Haïlé Sélassié était assassiné, vraisemblablement étouffé, un an après avoir été déposé par la junte militaire révolutionnaire de Mengistu. C'est alors la fin d’un règne commencé en 1930. Son combat contre l’agression de l’Italie fasciste, sa position aux côtés des pays non-alignés, son rôle dans la fondation de l’Union africaine font de lui une figure centrale de l’histoire du XXe siècle, malgré un bilan bien plus mitigé de sa gestion de l’Ethiopie. Gérard Prunier, spécialiste de la Corne de l’Afrique, revient sur les années Hailé Sélassié avec Laura Martel.

    Quand Ras Tafari Makonnen est couronné roi des rois, sous le nom de Haïlé Sélassié Ier en 1930, il est issu d’un système féodal, mais la Constitution qu’il fait adopter un an plus tard proclame la modernité de l’Ethiopie. Quelle vision avait-il alors pour son pays ?

    Gérard Prunier : Il avait une vision de la nécessité de la modernisation. Son modèle, c’était le Japon de l’ère Meiji [1867 à 1912]. Il était conscient qu’il régnait dans un système extrêmement archaïque, conscient de la pression du colonialisme européen sur le continent africain. Donc pour lui, la modernisation était un impératif absolu.

    Justement qu’a-t-il fait pour moderniser son pays ?

    Des choses, qui aujourd’hui nous paraissent en elles-mêmes pas extraordinaires, parce que tout ce qui était au niveau juridique, politique, constitutionnel n’avait aucune réalité. Ça ne changeait rien au fonctionnement du système féodal éthiopien. Il s’efforce d’obtenir une modernisation de l’armée qui d’ailleurs sera insuffisante puisqu’elle ne pourra pas s’opposer à la conquête italienne en 1935. Alors après la Seconde Guerre mondiale, il va jouer essentiellement sur le registre diplomatique.

    L’Ethiopie est le seul pays d’Afrique à avoir conservé son indépendance. Elle a d’ailleurs intégré en 1923 la Société des Nations devant laquelle Haïlé Sélassié fera un discours historique en 1936 contre l’invasion italienne. Peut-on parler de lui comme une figure de référence de l’Afrique indépendante ?

    Non, pas du tout. C’est d’ailleurs là tout le problème du panafricanisme pro-éthiopien des années 30 et 40, notamment en Amérique et dans les Caraïbes, qui voyait en Haïlé Sélassié même carrément un dieu puisque pour les Rastafariens, il est devenu un dieu et il l’est encore. D’ailleurs ils continuent à prétendre qu’il n’est pas mort. Mais il y avait erreur sur la personne, oserais-je dire, parce que l’empereur était assez raciste et les Abyssins ne se sont jamais considérés comme des Africains.

    En 1963, il est l’un des fondateurs de l’organisation de l’Union africaine dont le siège est toujours aujourd’hui à Addis Abeba. Quelle idéologie ou quelle stratégie a sous-tendu pour lui cette création ?

    L’idéologie, c’était très simple. C’était profiter de la décolonisation pour faire mousser la fierté africaine. Et la stratégie, c’était profiter de ça parce que, avec le racisme abyssin, il n’a jamais pu prendre les Africains au sérieux, mais les utiliser comme une carte pour peser beaucoup plus lourd auprès des Nations unies et vis-à-vis des pays comme les Etats-Unis qui étaient anticolonialistes parce qu’ils n’aimaient pas la colonisation française et anglaise, et qui en même temps ne savaient pas quoi faire d’une Afrique indépendante. L’empereur se posait en médiateur lorsqu’il pouvait récupérer la petite carte rastafarienne parmi mille autres pour dire « je suis le porte-parole de l’Afrique ».

    Grâce à ces cartes diplomatiques, Haïlé Sélassié a joué d’une image positive au sein de la communauté internationale jusqu’à la découverte d’une tout autre réalité avec notamment la famine de 1973. Qu’est-ce qui a échoué dans sa gestion du pays ?

    On n’a rien découvert, on le savait parfaitement, mais on s’en fichait complètement. Internationalement, l’empereur était une carte que les Américains tenaient dans leurs mains, que le général de Gaulle essayait de se concilier et que les Russes essayaient de séduire. Mais la mauvaise gestion de l’économie, le côté réactionnaire, pénible et oppressant de la dynastie salomonienne éthiopienne était parfaitement connu des étrangers. Mais chacun a son dictateur favori et l’empereur était magnifique. Les Ethiopiens, c’est très ambigu. Aujourd’hui bien sûr dans leurs souvenirs, Haïlé Sélassié est devenu un personnage de légende, ce qui frustre d’ailleurs le gouvernement actuel qui évidemment s’est construit largement, c’était des révolutionnaires anti-impérialiste. Mais à l’époque, c’était très mélangé. Il avait une vaste popularité, mais il avait aussi beaucoup d’ennemis et il y a eu beaucoup de révoltes à l’intérieur de l’Ethiopie. Bien sûr, tout le monde connaît celle de l’Erythrée, mais il y a eu beaucoup d’autres révoltes notamment dans les pays Oromo, chez les Somali d’Ogaden et l’empereur a passé une bonne partie de sa vie à faire des sourires séducteurs vis-à-vis de la communauté internationale et à taper à coups redoublés sur des sujets révoltés.

    Haïlé Sélassié est déposé en 1974 par la junte de Mengistu. Est-ce qu’il s’agit d’un simple coup d’Etat si l’on peut dire ou y a-t-il un élan plus largement plus répandu dans la société ?

    Non, c’est une vraie révolution. C’était une révolution qui avait beaucoup de points communs dans sa structure avec des révolutions contre les systèmes impériaux en Russie et en Chine. C’est une vieille monarchie usée qui n’arrive plus à faire face aux problèmes du présent et qui va être engouffrée d’ailleurs dans un communisme stalinien tout aussi primitif et brutal que celui de Staline ou celui de Mao Tsé-toung.

    Vous avez vous-même connu l’Ethiopie de Haïlé Sélassié. Qu’avez-vous vu sur place quand vous êtes arrivé ?

    Un sentiment de décalage chronologique. Quand je suis arrivé en Ethiopie, je venais de passer plusieurs années dans la région des Grands Lacs et en Tanzanie qui étaient loin d’être à la pointe du modernisme contemporain, mais tout d’un coup quand on rentrait en Ethiopie –j’y suis arrivé en 1973-, on avait l’impression de pénétrer dans un livre de la Bible : l’écriture, les vêtements, le comportement social. On était dans un monde extraordinairement archaïque et qui d’ailleurs était incroyablement séduisant. On avait l’impression d’être dans une machine à remonter le temps.


    Sur le même sujet

    • Indépendances/Afrique

      Discours de l'empereur Hailé Sélassié (extraits).

      En savoir plus

    • Ethiopie

      L'Ethiopie, pays d'accueil pour les réfugiés africains

      En savoir plus

    • Economie / Ethiopie

      L’Ethiopie, un pays pauvre en phase de décollage

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.