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    RDC: Pour Samy Badibanga, «un pays sérieux doit respecter les textes»

    Samy Badibanga, président du groupe UDPS à l'Assemblée nationale (RDC). lecongolais.cd

      Samy Badibanga, président du groupe parlementaire d’opposition de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) donne la réplique au président de l’Assemblée nationale congolaise, Aubin Minaku, qui a expliqué mardi 8 septembre sur l’antenne de RFI qu’il ne fallait pas faire de « fixisme sur les dates » du calendrier électoral en RDC. Pour le député d’opposition, « ce n’est pas une question de fixation, c’est une question de respect des textes ».

      La Cour constitutionnelle congolaise a ouvert la voie, mardi, à un éventuel report des élections prévues en octobre. Elle demande en effet à la Commission électorale nationale indépendante (Céni) de réexaminer le calendrier électoral et exige que l’élection des nouveaux gouverneurs ait lieu avant celles des députés provinciaux. Comment réagissez-vous à cette décision ?

      Samy Badibanga : C’est une décision que je ne comprends pas très bien. Il me semble qu’il y a une confusion de plus. Non seulement l’élection des gouverneurs se fera par des députés hors mandat, mais aussi par des députés qui avaient été élus pour une autre province. Cette décision risque de donner un retard de plus au calendrier global. Et là, je vois très mal comment la Céni pourrait organiser les élections présidentielles dans les délais prévus par la Constitution.

      C’est une étape de plus vers un glissement du calendrier électoral ?

      Absolument. J’avais parlé de ce glissement depuis le mois de juillet 2014. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on y est.

      Quelques heures avant cette décision, au micro de RFI, le président de l’Assemblée nationale congolaise, Aubin Minaku, a estimé qu’il ne fallait pas « faire de fixisme » sur les dates au sujet du calendrier électoral. Qu’en pensez-vous ?

      Ce n’est pas une question de fixation, c’est une question de respect des textes. Un pays sérieux doit respecter les textes. Le problème, ce n’est pas que l’on n’a pas d’argent pour organiser les élections. C’est plutôt le non-respect du budget, que le gouvernement n’a pas pu mettre en exécution. Parce que, depuis 2012, à travers un budget prévisionnel, on a prévu jusqu’à 800 millions de dollars jusqu’à la fin du premier trimestre de 2015. Où est passé l’argent ?

      L’argument selon lequel le pays est immense et qu’organiser des élections est compliqué et coûte trop cher, n’est pas un argument tenable, selon-vous ?

      Non, il ne tient pas du tout. Si l’on nous dit que ce n’est pas de la mauvaise foi de la part du gouvernement, alors c’est de l’incompétence. Ce gouvernement doit démissionner, parce qu’il ne pourra pas expliquer où sont passés à ce jour les 800 millions de dollars qui étaient prévus par les différents budgets depuis 2012.

      L’autre argument, c’est qu’en 2011, l’élection a été organisée à la date prévue, mais qu’il y a eu contestation, car le pays n’était « pas prêt » et qu’il faut à tout prix éviter que ce scénario ne se reproduise...

      Oui. Mais il ne faut pas utiliser cet argument pour bloquer toutes les élections. Pourquoi ne nous sommes-nous pas préparés à temps pour avoir des élections dans les délais constitutionnels ? Il faudrait que la Céni puisse déclarer, de manière officielle, si elle est encore en mesure d’organiser les élections directes prévues dans le calendrier dans les quinze mois qui nous restent. Si elle nous dit « oui », alors elle doit l’organiser ces élections. Mais je crains qu’elle ne puisse pas les organiser. Mais si elle nous dit « non », alors là, il faudrait que les différents acteurs puissent réduire leur part de comédie et mettre alors en place un calendrier consensuel respectant la Constitution.

      Le président de l’Assemblée nationale congolaise, Aubin Minaku, dit miser sur le dialogue initié par Joseph Kabila pour sortir de l’impasse du calendrier électoral. Vottre parti, l’UDPS pose-t-il toujours comme condition à la tenue d’un tel dialogue la présence d’une médiation internationale, sachant que le président Kabila s’y est opposé ?

      Absolument. Il nous faut une médiation internationale. En 2011, nous avons eu une crise de légitimité qui a débouché sur une crise de confiance. Et vous avez vu, au mois de janvier passé, nous sommes même arrivés à une crise d’échéances. Il ne faudrait pas que l’on arrive à une crise de légalité au-delà de 2016. Donc, pour cette question de confiance, il est important que nous ayons un médiateur qui peut concilier toutes les voix, si jamais il y a des discussions.

      Mais le président Joseph Kabila s’est formellement opposé à la présence d’un médiateur international ?

      Nous allons aussi formellement nous opposer, sans médiation international.

      Dans ce cas, quel était le but des discussions qui ont eu lieu à Kinshasa et en Italie entre des émissaires de l’UDPS et des émissaires du gouvernement ?

      Entre partis politiques, c’est tout à fait normal qu’il puisse y avoir des discussions quand il y a des problèmes.

      Ce n’est pas un peu contradictoire ?

      Non. Ce sont des faits privés. Les partis politiques peuvent discuter.

      Ne trouvez-vous pas bizarre de dialoguer avec un président dont votre parti ne reconnaît pas le mandat ?

      Ici, c’est une question de realpolitik. Même si l’UDPS ne reconnaît pas le mandat, Kabila est là. Il est en place. Il est au pouvoir.

      Certains membres de l’UDPS, qui se réclament de la base du parti, estiment que dialoguer avec Joseph Kabila reviendrait à vendre son âme au diable...

      Non, je ne pense pas. Je crois qu’il y a un problème de communication et d’explication qu’il faudrait donner.

      Depuis qu’Etienne Tshisekedi est en convalescence à Bruxelles, on ne l’a pratiquement pas entendu. Et l’UDPS semble plus divisé que jamais. N’est-il pas temps de mettre en place une direction intérimaire pour le parti, comme le réclament certains ?

      Il y aura probablement un congrès qui va arriver dans les mois à venir, mais Etienne Tshisekedi est convalescent. Il n’est pas mourant. C’est donc tout à fait normal que nous continuions avec le leadership que nous avons. Quant aux problèmes que nous avons au sein du parti, ce sont des soubresauts qui sont inhérents à tout grand parti politique.
      Des soubresauts qui, tout de même, rendent les positions de l’UDPS relativement inaudibles.

      Ces derniers-mois, les communiqués s’exprimant au nom de la présidence, puis les démentis au nom de cette même présidence, sont légion. N’est-ce pas un problème, face aux échéances que vous avez à affronter ?

      Non, c’est un problème. C’est pour cela que je dis qu’il faudrait appeler au rassemblement et à l’unité.

      Certains reprochent à Félix Tshisekedi de profiter de la maladie de son père pour usurper son pouvoir ?

      Ça, ce sont des attaques personnelles. Je pense qu’il ne faudrait pas tenir compte de ça. Il faudrait suivre la conduite du parti et voir les décisions qui seront prises officiellement.


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