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    Rafaa Tabib (chercheur): «Il faut redonner de l'espoir aux Libyens»

    Rafaa Tabib, anthropologue, enseignant à l'université de la Mannouba en Tunisie. DR

    Il ne se passe pas une semaine ou presque sans que des migrants périssent ou soient secourus au large de la Libye alors qu'ils tentaient de rejoindre l'île italienne de Lampedusa. Pourquoi cette recrudescence des départs depuis les côtes libyennes ? Quelles sont les filières à l'œuvre en Libye ? Pour en parler, Marie-Pierre Olphand reçoit Rafaa Tabib, chercheur en anthropologie à l'université de la Manouba en Tunisie, et spécialiste du sud libyen. Il est l'invité Afrique de RFI.

    RFI : Est-ce qu’on sait qui est à la tête des trafics de clandestins en Libye, mais aussi d’autres trafics sur le territoire libyen ? Qui contrôlent ces trafics ?

    Rafaa Tabib : Bien évidemment les noms sont là, tout le monde sait qui c’est. Il s’agit de groupes qui sont organisés dans le cadre de réseaux du sud de la Libye, pratiquement de la région de Toummo jusqu’à la Méditerranée avec, bien entendu, des pistes de plus en plus complexes. Parce qu’il n’y a pas que le couloir nord-sud, maintenant il y a des couloirs transversaux qui permettent de dispatcher les migrants selon les opportunités, les conditions climatiques. Ce qui est dommage, c’est qu’avant il y avait une seule partie de la Libye d’où partaient les barques, de la région essentiellement de Zuwara et Abu Kammash, pas très loin de la frontière tunisienne. Maintenant, on a d’autres régions d’où partent les barques, surtout depuis la côte est de la Libye, non loin de Benghazi.

    Pourquoi cette recrudescence ces derniers mois, des départs depuis la Libye ?

    C’est pour financer les milices. Les milices sont à court d’argent. À un certain moment elles étaient très actives dans les trafics de pétrole, par exemple. À un certain moment, les gens de Zouara vendaient du pétrole et du fuel aux Maltais et aux Italiens, puis ça a été coupé, donc faute d’argent et pour payer les soldes de leurs miliciens, ils étaient dans l’obligation de faire appel à d’autres réseaux. Ils ont passé des accords avec les milices qui sont situées dans le sud de la Libye et grâce à ça, ils ont rétabli la piste de la migration clandestine.

    Est-ce qu’il y a une concurrence entre les milices qui organisent ces trafics ?

    Bien sûr, de plus en plus. Des milices ont découvert l’opportunité que présente ce nouveau créneau qui est la migration clandestine, le littoral ouvert pour ce genre de migration est en train de s’élargir. Il n’y a pas très longtemps, j’ai appris qu’une dizaine de barques étaient parties de la région de Tajoura qui est une banlieue de Tripoli. Et ça, c’est extrêmement grave, parce que c’est très loin de l’ile de Lampedusa, c’est devenu presque une sorte de trafic de la mort, ce n’est même plus de la migration.

    Et cela se fait en parfaite coordination avec des réseaux qui ont des ramifications au Niger, au Mali ?

    Exactement. Il n’y pas très longtemps, j’étais en Libye dans la région de Qatrun, à l’extrême sud de la Libye, on m’a dit qu’il y avait une quinzaine de camions qui venaient juste de passer le poste frontalier de Toummo, entre la Libye et le Niger, et deux semaines après seulement, il y a eu les huit cents naufragés. En fait, ce que j’ai appris par la suite, c’est qu’il y a des réseaux de migration clandestine qui sont installés sur le littoral libyen, qui téléphonent à leurs relais, aussi bien à Agadez, qu’à Niamey que dans d’autres lieux de ramassage des migrants, et ça se fait très, très vite. Même les milices qui sont en guerre, dès qu’il y a ces migrants qui passent, il y a des échanges, il y a des ventes, il y a des achats, et tout le monde trouve son compte.

    Est-ce que l’instabilité dans le sud libyen, dans la région de d’Oubari depuis un an, a joué un rôle particulier, a amplifié ces trafics ?

    Oui bien sûr. Dès qu’une milice entre en guerre, elle doit mobiliser des ressources et parmi ces ressources, la migration clandestine, c’est beaucoup d’argent. J’ai rencontré des milices dans le sud de la Libye qui tiennent une prison pour migrants. Au début, je croyais que c’était pour enrayer le phénomène, après on m’a appris que c’était des migrants qui étaient retenus là, en attendant que leurs familles versent de l’argent pour leur permettre de passer. C’est beaucoup plus complexe que ça, c’est un réseau qui a des ramifications non seulement en Libye, mais dans tous les autres pays.

    On dit souvent que ces trafics de clandestins mais aussi d’armes et de drogues, brassent plus d’argent que les budgets des Etats. Comment lutter ?

    Nous on parle de réseaux mais ce sont des micro-Etats qui sont devenus très puissants grâce à cet argent. On parle de drogues, de migrants, d’armes mais il y a d’autres ressources qui sont entrées dans le trafic, tels que les médicaments frelatés, certains produits pétroliers qui sont puisés directement dans les pipelines, etc. Et cela donne de plus en plus d’importance à ces réseaux. Les milices ont aussi de plus en plus de ressources, comme ça elles peuvent plus facilement gérer tout un territoire qui est de plus en plus vaste et par lequel passe toutes ces pistes de trafic.

    Que peut faire la communauté internationale ?

    Ce qu’elle a fait en 2011 a été une catastrophe. Pour l’instant ce qu’elle doit faire, c’est soutenir les pourparlers pour la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Ce n’est pas une solution magique mais au moins faisons de sorte que la Libye puisse être dotée d’abord d’une armée, ensuite faisons de sorte que les Libyens tirent un peu profit de leurs richesses, parce qu’actuellement en Libye, il n’y a pas d’argent. Il faudrait que l’économie redémarre dans ce pays, il faudrait qu’il y ait des projets qui puissent retenir la jeunesse pour que les gens ne s’occupent plus dans les trafics, je parle surtout des jeunes. Il faudrait les démobiliser, pour pouvoir les démobiliser, il faut leur offrir de nouvelles perspectives. Ensuite, pour ce qui est des migrations, c’est un gros problème pour les Libyens, il faut absolument fidéliser les populations qui sont sur les frontières. Pour les fidéliser, il faut mettre énormément d’investissement, il faudrait que les Libyens du sud, les Toubous, les Touaregs, les Ahalis, toutes les tribus arabes, sentent qu’ils font partis de cette Libye, qu’ils peuvent tirer profit de la manne pétrolière, qu’il faudrait redonner de l’espoir.
     


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