GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Jeudi 15 Août
Vendredi 16 Août
Samedi 17 Août
Dimanche 18 Août
Aujourd'hui
Mardi 20 Août
Mercredi 21 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    «L'homme qui voulait parler au roi», le combat de Zakaria et Taline Moumni

    « L'homme qui voulait parler au roi », aux éditions Calmann-Levy

    «L'homme qui voulait parler au roi», c'est le titre du livre dans lequel Zakaria et Taline Moumni racontent leur histoire à deux voix. Lui, le champion de kick-boxing marocain (médaille d'or en 1999), qui a insisté pour parler au roi Mohammed VI et faire valoir ses droits. En tant qu'athlète médaille d'or, il avait droit à un poste de conseiller sportif auprès du ministère de la Jeunesse et des Sports. Pour avoir trop insisté, il a été poursuivi pour « atteinte à la sacralité du Roi », arrêté le 27 septembre 2010, torturé pendant 4 jours, puis emprisonné pendant 17 mois. Elle, son épouse, rencontrée en France où elle travaillait dans le secteur bancaire, a mené la bataille médiatique pour faire sortir son mari de prison. Zakaria a été libéré en 2012 après une grâce du roi Mohammed VI, mais ses tortionnaires n'ont jamais été jugés.

    L'homme qui voulait parler au roi, aux éditions Calmann-Levy

    RFI : Pour vous, Zakaria et Taline Moumni, le combat n’est pas fini. Aujourd’hui encore, vous attendez toujours justice et réparation.

    Zakaria Moumni : Pour moi, la première des choses c’est la justice. Je veux voir mes bourreaux traduits devant la justice parce que dans le centre de torture, j’ai été torturé pendant quatre jours. J’ai été électrocuté, suspendu la tête en bas, tabassé avec des barres de fer, privé de sommeil, privé de nourriture, menacé de mort… On me disait sans cesse : « Ici, c’est l’abattoir de sa Majesté. Ça t’apprendra à aller manifester devant la résidence du roi ou de citer le secrétaire particulier du roi, Mounir Majidi ! ».

    Cela, c’était pendant quatre jours, en septembre 2010, dans le centre de Temara ?

    Exactement. Et pendant une des séances de torture, j’ai pu voir et identifier le directeur de la DGST marocaine, Abdellatif Hammouchi.

    Abdellatif Hammouchi contre qui vous avez déposé une plainte en 2014.

    Oui, une plainte pour torture, en 2014.

    Qu’est-ce que vous voulez exactement ? Que le roi reconnaisse qu’il y a torture sur son territoire ?

    Oui, parce qu’il faut savoir que la résidence principale du roi Mohammed VI se trouve à seulement 2,5 km de ce centre de torture Temara. Moi, je veux - première des choses - la reconnaissance et - deuxième des choses - traduire ces gens devant la justice pour répondre à ces actes.

    Après quatre jours de torture, on vous transfère en prison. C’est d’ailleurs un aspect du livre. Vous racontez l’univers carcéral marocain.

    Là, c’est complètement fou ! Vraiment, c’est un autre monde ! J’étais dans la première prison, à Rabat, Salé-Zaki où les conditions étaient inhumaines, mais quand j’ai été transféré dans la deuxième prison qui s’appelle Rommani, on était à peu près entre 50 et 60 détenus dans un 40 mètres carrés ! Il y avait des milliers de cafards ! Une heure d’eau par jour ! Les gens avaient des tiques et des poux dans leur peau ! Il y avait des rackets, prostitution, viols, agressions… Tout ça en 2010-2011 au Maroc.

    Et pendant ce temps, vous, Taline, vous êtes en France, loin de votre mari, et vous vous battez pour essayer de le faire sortir de prison.

    Comme je le raconte dans le livre, en vingt-quatre heures, mon monde s’est écroulé. Je ne connaissais rien du Maroc, rien des rouages du Palais et je suis donc tombée à pieds joints dans cet enfer. Effectivement, du 27 septembre 2010 jusqu’à la libération de mon mari j’ai combattu, déjà pour obtenir le soutien des différentes associations de défense des droits de lhomme internationales. Une fois ces soutiens obtenus, en parler dans les médias et témoigner vraiment au plus grand nombre ce qui arrivait, encore en 2010, au Maroc sous le règne de Mohammed VI.

    Vous avez senti que ça faisait bouger les choses ?

    Effectivement, le fait d’avoir mené cette campagne médiatique a fortement aidé à ce que le roi Mohammed VI fasse gracier Zakaria.

    Pourquoi re-raconter cette histoire, aujourd’hui, dans un livre ?

    On ne l’a pas fait tout de suite puisqu’il nous fallait aussi un temps pour nous retrouver, lorsque Zakaria est rentré en France, en 2012. Ensuite nous avons été happés dans un autre engrenage puisque les autorités marocaines nous ont contactés pour globalement acheter notre silence. Nous avons décidé, ensemble, de faire ce livre parce qu’on voulait témoigner à deux voix, c'est-à-dire aussi bien le récit du combat de sa survie dans les geôles marocaines, et mon combat, ici, pour le faire libérer, coûte que coûte ainsi que mon quotidien qui a été complètement chamboulé.

    J’espère que ce livre pourra apporter de l’espoir aux personnes qui sont victimes d’injustice et à leurs familles, à leurs proches, car ce genre d’affaires ne touche pas que la personne sur place. Les incidents sont innombrables et horribles pour l’entourage !

    Vous dites que le pouvoir marocain a essayé d’acheter votre silence. Une fois que vous êtes rentrés en France, on vous a proposé de l’argent. On vous demandait de tourner la page, de passer à autre chose.

    Zakaria Moumni : Exactement. La première des choses c’était l’émissaire du roi qui est venu me voir et qui m’a expliqué que je pouvais avoir un club, à 2 millions d’euros, au début.

    On vous proposait de l’argent pour ouvrir votre club de sport  ?

    Exactement, on m’a proposé de l’argent. Il m’a expliqué qu’il fallait que je ne parle plus de la justice. Par la suite, c’est le ministre de l’Intérieur de l’époque, Mohamed Hassad, qui nous a invités, moi et mon épouse, à nous rendre au Maroc pour avoir une audience avec le roi.
    Nous avons vu le ministre. Il ne m’a parlé que de ma réparation matérielle ! Il m’a proposé entre 5-6 millions d’euros pour m’acheter un club à Paris et non seulement il fallait que je tourne la page, mais il fallait aussi que je compose avec le commanditaire et le tortionnaire !

    Et après les offres matérielles, vous avez commencé à recevoir des menaces ?

    D’abord ils ont commencé à me menacer avec des photos-montage à caractère pornographique. Ils m’ont dit que c’était la première sur 57 autres disponibles et que si jamais je ne retirais pas mes plaintes contre Majidi, le secrétaire du roi, et Hammouchi, le directeur du contre-espionnage marocain, ils allaient rendre publiques ces vidéos et j’aurais des représailles.

    Ensuite, il y a eu un autre chantage. J’ai reçu dernièrement, fin août, sur mon Facebook des menaces de la part de quelqu’un de l’entourage royal qui m’a dit : « Tu nous condamnes de torture, alors tu vas voir à quoi ça ressemble ». Donc, les menaces continuent.

    Est-ce que ça vous fait peur ?
    Non ! Du tout. Du tout.

    Taline : Nous nous sommes clairement dit que finalement le pouvoir marocain, face à notre dossier de plainte avec tous les points qui sont strictement factuels, eh bien tous ces chantages, ces intimidations, ne font que prouver qu’ils en sont réduits à ce genre de méthodes qui datent vraiment d’un autre temps.

    Où en est la procédure, aujourd’hui ?

    La justice française a considéré qu’il y a suffisamment d’éléments pour poursuive Abdellatif Hammouchi. Le 27 mars dernier, la justice française a donc envoyé une dénonciation officielle aux autorités marocaines pour poursuivre Abdellatif Hammouchi pour des faits de torture.

    Et vous-même, vous faites l’objet d’une plainte ?

    Je fais l’objet de plusieurs plaintes, de la part de l’Etat marocain, en diffamation. C’est une contre-attaque parce qu’ils n’ont rien à dire. L’enquête et la justice française ont montré que tout ce que je dis depuis le premier jour, c’est la vérité.


    Suite à la publication de cet article, le royaume du Maroc a demandé un droit de réponse. Ci-dessous l'intégralité du texte qui nous a été adressé.

     

    DROIT DE REPONSE DU ROYAUME DU MAROC

    Vous avez mis en ligne, dans votre rubrique "Invité Afrique", le podcast ainsi que la retranscription d'une interview de Monsieur Zakaria MOUMNI et de son épouse, Madame Taline MOUMNI, relativement à la parution de leur ouvrage intitulé "L'homme qui voulait parler au roi".

    Le Royaume du Maroc est visé de manière incidente dans cette publication en ce qu'il est laissé entendre, d'une part, qu'il aurait couvert -voire aurait été à l'initiative- des actes de torture dont Monsieur Zakaria MOUMNI prétend avoir été victime sur le territoire marocain et, d'autre part, qu'il aurait par la suite tenté de monnayer le silence de Monsieur Zakaria MOUMNI.

    Compte tenu de ces allégations que le Royaume du Maroc réfute fermement, il importe d'informer vos utilisateurs des éléments de fait qui suivent.

    Monsieur Zakaria MOUMNI a fait l'objet d'une plainte pour escroquerie déposée en février 2010, par deux plaignants, auprès du Parquet de Rabat. A la suite de ce dépôt de plainte et de l'audition des victimes, Monsieur Zakaria MOUMNI a fait l'objet d'un avis de recherche national qui a conduit à son interpellation, le 27 septembre 2010, à l'aéroport de Rabat-Sale au Maroc.

    Monsieur Zakaria MOUMNI, qui a reconnu les faits qui lui sont reprochés dans le cadre de son placement en garde-à-vue, a été présenté à la justice le 30 septembre 2010, au terme d'une garde à vue de 48 heures prolongée de 24 heures sur instructions du Parquet de Rabat. Il a été reconnu coupable d'escroquerie et condamné par les juridictions marocaines.

    Ces simples rappels démontrent que les propos de Monsieur Zakaria MOUMNI, affirmant qu'il aurait pu être interpellé de façon arbitraire, détenu sans motif et torturé, ne correspondent pas à la réalité des faits.

    Une plainte en dénonciation calomnieuse, actuellement en cours, a d'ailleurs été déposée par le Royaume du Maroc à l'encontre de Monsieur Zakaria MOUMNI. Une action en diffamation a également été initiée à son encontre, le 20 mars 2015, à la suite de propos diffamatoires tenus sur BFM et I-TELE et identiques à ceux repris par Monsieur Zakaria MOUMNI dans le cadre de votre publication.

    Concernant par ailleurs les allégations de tentative de l'Etat marocain de monnayer le silence de Monsieur Zakaria MOUMNI, celles-ci sont tout autant dénuées de fondement et sont elles aussi fermement contestées par le Royaume du Maroc.

    Contrairement à ce qu'il affirme dans cette interview, c'est bien Monsieur Zakaria MOUMNI qui a adressé à Monsieur Mohand LAENSER, Ministre de l’Intérieur marocain de l'époque, une lettre aux termes de laquelle il sollicite -à titre de "réparation" du "préjudice moral" qu’il affirme avoir subi du fait de "17 mois d'enfermement"- le financement, par les autorités marocaines, de son projet de Club de Boxe Professionnelle à PARIS, dont les études préliminaires, déjà réalisées, font état d'un local de 435 m² pour un prix de 4,9 millions d’Euros.

    Les allégations de torture et de soi-disant tentatives de l'Etat marocain pour le contraindre, par la suite, à garder le silence témoignent des efforts déployés par Monsieur Zakaria MOUMNI pour convertir son statut d'ancien détenu de droit commun en celui d'opposant politique.
     


    Sur le même sujet

    • Maroc / France

      Affaire du boxeur Zakaria Moumni: la France renvoie la balle au Maroc

      En savoir plus

    • Maroc / France / Justice

      Zakaria Moumni, le champion du monde emprisonné

      En savoir plus

    • Maroc / France

      Soupçons de chantage sur le Maroc: les journalistes accusent le régime

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.