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    Jean Hatzfeld donne la parole aux enfants du génocide rwandais

    Gallimard/ C. Hélie

    Dans son dernier livre sur le génocide rwandais, Jean Hatzfeld donne la parole à des adolescents. Ils ont autour de 20 ans. Ils sont nés au moment des tueries ou étaient trop jeunes pour s’en souvenir. Ils portent le poids de ce passé, mais n’en sont pas responsables. Fils de ou filles de rescapés ou de tueurs. Ils vivent aujourd’hui côte à côte. Un papa de sang, publié aux éditions Gallimard, décrient leur quotidien, leurs sentiments et leurs espérances. Jean Hatzfeld est l'invité d'Anthony Lattier.

    RFI : En parlant de cette génération, de ces jeunes, vous écrivez « chacun s’est débrouillé chacun à sa manière de cette histoire qui est devenue la sienne ». Ce sont des victimes à retardement du génocide, on pourrait dire ?

    Jean Hatzfeld : D’une certaine façon, oui parce qu’ils n’ont pas vu le sang sur les machettes eux-mêmes, mais ils ont grandi avec ça. Ils ont traversé leur enfance, puis leur adolescence avec le poids de ces tueries sur les épaules, des petites épaules. Et donc ils ont grandi de différentes façons de cette manière-là, c’est-à-dire avec cet héritage.

    On a l’impression qu’ils sont devenus adultes avant l’heure ?

    Ils le disent d’ailleurs et c’est très émouvant. A un moment donné, il y en a une qui dit : « L’enfance n’a pas voulu me garder dans son étourderie », c’est une très jolie phrase. Elle dit : « J’ai perdu ma naïveté ».

    De son côté, Fabrice dit : « On ignore les malfaisances de ses parents et néanmoins on subit la punition pour le mal commis »...

    Voilà, tout est dit là. Quand on est fils de tueur... Fabrice est un cas un peu particulier puisque son père était [Joseph Désiré] Bitero, le grand chef Interahamwe pour toute la région, qui est toujours en prison, qui n’a jamais été libéré. Donc il y a cette attitude aussi de « mon papa est mon papa, je l’aime plus que tout au monde pour une seule bonne raison, c’est qu’il m’a fait le don le plus extraordinaire qu’on puisse imaginer sur terre, celui de la vie, et à la fois, je sais qu’il a tué à s’en casser les bras, que tout ce qu’on raconte sur lui est vrai. » Et il ne sait pas quoi faire de cela parce que c’est quand même très compliqué pour un enfant.

    Et les enfants de rescapés tutsis parviennent-ils, au fil des années, à faire parler leurs parents ?

    Alors c’est beaucoup plus simple. C’est assez extraordinaire et je n’avais pas mesuré à quel point l’histoire de la famille pouvait être différente d’une famille à l’autre. Ça explique tous les problèmes qui s’annoncent, tous les nuages noirs qui s’amoncellent au-dessus de leur tête dans le ciel. C’est-à-dire qu’a l’âge de 7-8 ans, ou 10-11 ans, dans les familles tutsis, on répond assez franchement. Ce qui est exactement l’inverse dans les familles hutus. Dans les familles hutus, quand vers 8-9 ans ou 10 ans, l’enfant vient voir sa maman et dit « pourquoi papa est en prison ? », la maman est incapable de répondre. Elle ne peut pas dire « voilà ton papa est parti tous les matins en expédition avec une machette bien aiguisée. Il a tué jusqu’à trois heures de l’après-midi ». C’est impossible à dire. Donc elle va mentir ou elle va se taire. Et qu’est-ce qui va se passer alors ? Les enfants sont toujours très débrouillards. L’enfant va essayer de faire avec cela, il va essayer de construire sa propre vérité d’enfant à partir de choses qu’il va glaner à droite, à gauche. Donc en fait, les deux récits familiaux, dans les familles tutsis et familles hutus sont radicalement différents. Ce qui explique un peu qu’à un moment donné, quand ces jeunes se rencontrent vers 16-17-18 ans, ils n’ont pas du tout la même histoire et ça rend le dialogue très difficile.

    Est-ce que ça n’est pas inquiétant ?

    C’est de toute façon inquiétant. C’est de toute façon assez vertigineux, mais c’est surtout très douloureux parce que vous avez 18 ans, vous êtes garçon et fille, et vous vous rencontrez autour du stade de foot ou le soir pour aller danser, et vous ne partagez pas du tout la même histoire alors que vous vivez sur les mêmes collines. Vous êtes dans le même pays qui a la même histoire et vous ne la partagez pas du tout. Et ça c’est douloureux pour les enfants.

    Les enfants de tueurs ont toujours un sentiment de frustration, un sentiment d’être nés dans la mauvaise ethnie, et aussi d’injustice, ils ont dû fuir le Congo, ils ont dû revenir sur leurs terres dans des conditions très difficiles. Est-ce qu’il n’y a pas là en germe la fabrique d’un nouveau ressentiment ethnique ?

    Il y a de toute façon un sentiment d’injustice et de ressentiment, vécus en ce moment par les enfants pour les raisons que vous dites et aussi parce que, à un moment donné, du fait de l’appauvrissement de la famille, la famille est trop pauvre puisque le papa est en prison, le grand frère est parti à droite et à gauche, et il faut aider la maman à cultiver les deux hectares de la parcelle. Donc à 14 ans, là où on lui tend les bras, il la prend, il s’en va cultiver. Il renonce à l’école. Ça, c’est un sentiment d’injustice très fort. Il ne mesure pas très bien ce qu’il dit, quelque fois en disant, « il faut mieux naître tutsi parce que, dans la famille tutsi, le papa lui a été tué. Il n’est pas en prison, souvent il a été tué ». Ils ne mesurent pas ça mais ils le ressentent, ils le disent comme ils le ressentent. Et ils ressentent un sentiment d’injustice et aussi du mauvais regard.

    Beaucoup de jeunes sont très croyants et trouvent des réponses en convoquant Dieu. « Le pardon chrétien atténue l’amertume », dit l’un des adolescents. La religion est-elle à la réconciliation nationale aujourd’hui au Rwanda ?

    Peu. A la fois, ils sont très croyants, mais c’est une foi que je trouve assez intéressante parce qu’elle est assez mâture. Ils ont réfléchi au pourquoi de cette foi. Ils disent « non, ce n’est pas pour oublier, ce n’est pas pour se désangoisser, ce n’est pas pour activer le pardon et se réconcilier ». Je pense qu’ils ont besoin - je n’en sais trop rien pourquoi ils sont si croyants -, d’une relation franche, amicale, et dénuée de choses négatives avec quelqu’un. Et avec Dieu, c’est ce qu’il y a de plus facile. Je pense qu’ils ont besoin de cette relation, de relations difficiles avec leurs parents, qui soit étaient traumatisés, soit étaient menteurs, avec leur environnement, avec les camarades de classes… avec tout ça. Avoir une relation limpide et unique avec Dieu est quelque chose qui leur est probablement nécessaire.

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