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    Ecouter Antananarivo avec Ranaivoson Andriamialy

    Une friperie d'Antananarivo. Ranaivoson Andriamialy

    Tous les matins, Ranaivoson Andriamialy traverse sa ville. Il envoie de la musique dans ses écouteurs. Mais pas trop fort ; il veut entendre les récits qui se déroulent à chacun de ses pas : les receveurs du bus crient les noms de stations, les polisseurs d’or vantent en boucle leur produit à l’aide d’un mégaphone, les vendeurs de piège à souris aussi. Les prêcheurs disent leur sermon et les enfants sortent de l’école, jouent et trainent dans les rues… Ranaivoson Andriamialy est mondoblogeur.


    « Moi, j'ai toujours habité la banlieue de Antananarivo et j'ai toujours passé mes journées au milieu de la ville. Tous les matins, donc, j'effectue ce passage assez violent d'un relatif « silence » à la grande « cacophonie » de la ville des mille.

    Oui, Antananarivo signifie la ville des mille, mais aujourd'hui on est des millions à s'entasser tous les jours dans ce petit espace urbain. Et les premiers bruits qui le confirment proviennent des milliers de voitures qui sont parfois d'un autre âge, qui sont beaucoup trop nombreuses pour les petites routes de la cité et qui, de surcroît, klaxonnent beaucoup.

    Et puis, à mesure qu'on rentre dans la ville, il y a des gens et parmi les gens, il y a les enfants, les myriades d'enfants qui vont à l'école ou trainent dans les rues. Des enfants qui crient, qui hurlent, qui rient, qui pleurent, qui jouent et qui courent partout. Si on n'a pas l'habitude, la rentrée ou la sortie des écoles peut être vraiment étourdissante.

    Les adultes, eux aussi, sont partout et parlent fort. On peut facilement se divertir avec les conversations des gens si l'on est un peu voyeur « sonore ». Il y a ceux qui racontent leur vie, ceux qui discutent politique, sport, séries, etc. C'est, même facile de se joindre à ces conversations quand le sujet vous intéresse. Et avec le bruit des permanentes constructions de cette cité qui enfle, certains doivent crier pour se faire entendre : le garçon de parking, le receveur du bus, ou les vendeurs dans la rue et les marchés. Pour ne pas se fatiguer, ces derniers utilisent depuis un certain temps des mégaphones dans lesquels ils enregistrent une petite réclame qui tournera en boucle toute la journée.

    C'est comme ça à Tana.

    Je marche dans ces rues, me sentant chez moi, dans mon espace familier quand soudain, juste derrière moi, j'entends une voix grave, rauque et autoritaire qui me fait sursauter. Je me dis que c'est encore un de ces fous qui trainent en liberté et qui peuvent vous donner des coups en traître. Je me retourne pour voir au milieu des gens cet homme, en chemise rouge et pantalon gris, les yeux exorbités et la bouche écumant, une bible à la main et vociférant des mots parmi lesquels je reconnais... « Jésus ». Ce qui me rassure. Eh oui, c'est dans la rue et dans les marchés que les évangélistes trouvent leur audience et que certaines sectes recrutent.

    J'aime marcher, flâner, et me perdre dans cette ville.

    C'est vrai qu'on me reproche de me boucher les oreilles quand je marche dans les rues de Tana. En fait, j'envoie de la musique dans mes écouteurs. Mais je rassure mes proches, car malgré ces écouteurs, je fais exprès à ne pas couvrir tous les bruits, pour les raisons évidentes de sécurités tout d'abord. Entre les voitures, les deux roues, les pickpockets et les piétons qui, à certains endroits très fréquentés, vous collent et vous poussent, il faut rester aux aguets. La musique que j'écoute dans la rue, pour moi, c'est devenu une bande originale qui s'ajoute à ce complexe bruitage, une ornementation pour ce tableau vivant, cette sorte de film d'action dont je suis acteur, mais aussi spectateur, ce récit qui se déroule à chacun de mes pas et qui, jamais, ne ratera de me surprendre. »


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