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    Mgr Dieudonné Nzapalainga: en Centrafrique, «tout le monde attend le pape»

    Dieudonne Nzapalainga, archevêque de Bangui. AFP

    Le pape François doit arriver ce dimanche en Centrafrique : ce sera le point d’orgue de sa première visite en Afrique qui l’aura mené d’abord au Kenya et en Ouganda. La visite du pape à Bangui sera-t-elle possible, malgré l’insécurité ? Et comment cette visite peut-elle contribuer à faire revenir la paix ? L’archevêque de Bangui répond aux questions de Matéo Guidoux.

    RFI : La sécurité est la première des préoccupations pour la visite du Pape en Centrafrique. Le Vatican a prévenu qu’il pourrait annuler, à la dernière minute, l’escale à Bangui. Est-ce que vous croyez que le Pape va venir ?

    Mgr Dieudonné Nzapalainga : Nous le disons, nous le croyons et nous le réitérons. Le pape viendra en République Centrafricaine. Pour ce qui est de la question sécuritaire, nous savons que Dieu est le premier protecteur gardien, mais Dieu nous garde à travers nos frères, nos sœurs. Aussi, nous espérons que la Minusca, Sangaris, le gouvernement, que tous se mobiliseront pour aider à ce que le pape arrive et reparte et pour que le message de paix, de réconciliation de la Miséricorde soit entendu par tous les Centrafricains, pour ne pas dire le monde entier.

    Le souverain pontife a prévu un programme qui l’emmènera de la cathédrale de Bangui jusqu’à la mosquée centrale, dans le quartier musulman. Vous êtes en étroite relation avec l’imam. Comment la communauté musulmane attend-elle cette visite ?

    C’est un peuple qui a beaucoup souffert, qui est meurtri et abandonné. Sentir qu’il y a un homme, messager de Dieu, et de la paix, qui vient, on sent qu’on a quelque chose qui nous arrive d’ailleurs. Les gens s’y préparent. Hier, j’étais au Kilomètre 5 et les frères musulmans disaient : « C'est notre grande chance, le fait que le Pape vienne chez nous ». Tout le monde attend le Pape.

    Alors Monseigneur, il y a beaucoup d’espoir dans la venue du Pape. Est-ce que vous croyez qu’il va venir faire un miracle en Centrafrique ? Que sa visite va suffire à tout résoudre ?

    Le Pape pourra être l’élément déclencheur si les Centrafricains s’y préparent et s’ils acceptent de négocier, s'ils acceptent le consensus et s’ils acceptent aussi de quitter leur égoïsme, de sortir de la passion, de la haine et de la vengeance. Alors là, il deviendrait l’élément déclencheur. Si on obscurcit notre cœur, si on s’endurcit et si on refuse, eh bien le Pape peut venir mais son passage risque d’être comme l’eau qui passe sous les plumes d’un canard.

    Vous avez des mots extrêmement durs pour parler des Centrafricains, en général. Le conflit s’éternise. Par exemple, au PK5, le quartier musulman, est bloqué depuis deux semaines par des miliciens qui empêchent les civils de sortir et d’entrer. Vous, vous agissez sans cesse en faveur de la réconciliation. Etes-vous lassé Monseigneur ?

    Non. Pourquoi suis-je dur en disant qu’il revient aux Centrafricains de se regarder dans le miroir ? Nous voyons tout un quartier, entier, devenu un quartier fantôme. Et là, ce sont des hommes, des femmes qui le quittent. C’est le nid de la frustration que nous créons, le nid de la haine, le nid de la vengeance. Il va falloir que l’on arrive à surpasser, à dépasser pour tendre la main parce que notre destin est unique et lié. Dans ce qui est arrivé, personne ne peut dire « Je suis un ange ». Non. Que ce soit par les paroles, par les actes, par les comportements, nous avons quelque chose à nous reprocher. Il va falloir faire notre examen de conscience, faire le bilan et se remettre en question pour tendre la main à l’autre.

    A Bangui, c’est un peu l’effervescence avant la visite du Pape. Il a annoncé vouloir faire un geste fort, ouvrir un peu en avance le jubilé de la Miséricorde. Comment ça se passe concrètement dans la capitale alors que le Pape doit arriver demain normalement ?

    Vous voyez bien que le Pape, en venant, bouscule. Et nous aussi, on se bouscule spirituellement, humainement, socialement, administrativement. Au niveau de la cathédrale, on voit beaucoup de gens qui s’activent parce qu’il y aura une grande célébration. Le Pape va poser un acte unique, pour ne pas dire inouï, dans l’histoire de l’Eglise : ouvrir la porte de la cathédrale.

    Mais « ouvrir la porte », ça veut dire que le Pape va littéralement pousser les battants de la cathédrale ?

    Il va pousser la porte centrale, il va ouvrir, il va entrer comme messager de paix. Tous ceux qui vont entrer ou qui seront dedans doivent entendre haut et fort le message, le son, et entendre que maintenant, le temps est venu, c'est à dire le temps de la paix, le temps de la réconciliation, le temps de la miséricorde.

    On attend des dizaines de milliers de personnes à Bangui, une foule énorme. La Minusca a mobilisé entre 3 000 et 4 000 soldats, Sangaris est en réserve, le gouvernement aussi, vous l’avez dit. Je reviens sur la sécurité, n’avez-vous pas de craintes pour la sécurité du Pape ?

    Le Vatican va envoyer aussi des éléments qui seront là. Ce sont des professionnels. Ils savent que la sécurité zéro n’existe pas, qu’il y a toujours des failles. Le 0% ou le 1%, on peut minimiser. J’espère qu’il n’y aura pas ce 1% ou 0%. Il faut que chacun soit conscient et qu’il travaille les autres. Il faut canaliser. C’est un grand rendez-vous qui se prépare à travers cet homme qui n’est qu’un tremplin pour permettre à la Centrafrique de se réconcilier avec elle-même.

     

     

     


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