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    Accord en Libye: «On a négligé la construction d’un consensus»

    Patrick Haimzadeh. editions-jclattes.fr

    Le 17 décembre, un accord a été signé à Skhirat, près de Rabat au Maroc, par des représentants du Parlement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale, et celui de Tripoli. Alors que les présidents des deux assemblées s’étaient dans la foulée opposés au texte, le représentant de l’ONU pour la Libye a finalement arraché le soutien du président du Parlement de Tobrouk il y a 5 jours. Cet accord prévoit notamment la formation d’un gouvernement d’union nationale issue des deux camps, qui aurait également chacun la charge d’un organe législatif consultatif. Selon le calendrier, ce gouvernement d’union doit voir le jour d’ici fin janvier. Une échéance difficilement tenable, estime Patrick Haimzadeh, diplomate français en poste à Tripoli de 2001 à 2004 et auteur de Au cœur de la Libye de Kadhafi, paru aux Editions J.C. Lattès.

    RFI : Quels principaux blocages subsistent à la mise en place de l’accord ?

    Patrick Haimzadeh : Les principaux blocages pour l’instant viennent de l’Ouest, notamment le Parlement de Tripoli estime qu’il n’est pas assez représenté, en tout cas que le rôle de l’instance législative qui est censé le représenter n’est pas assez important dans l’accord du 17 décembre. C’est déjà un point de blocage qui est assez ancien. Il demandait un certain nombre de modifications. Ça n’a pas été pris en compte par l’ONU. C’est la raison pour laquelle une majorité de parlementaires au CNG [Conseil national général] est opposée à l’accord.

    Est-ce qu’il n’y a pas aussi la question de l’armée et du rôle du général Haftar qui combat les jihadistes pour le compte du Parlement de Tobrouk ?

    Martin Kobler, l’envoyé allemand des Nations unies, l’a rencontré deux ou trois jours avant l’accord de Skhirat. Sur ce qu’ils se sont dit, on n’en a pas su beaucoup, mais en tout cas beaucoup de gens pensent que des promesses lui ont été faites sur son avenir et peut-être, on lui aurait proposé la perspective d’occuper un poste ministériel, ministre de la Défense, dans ce futur gouvernement. Ça, pour l’instant, c’est totalement inacceptable pour la partie de Tripoli. Donc effectivement, un autre point de blocage important, c’est le rôle du général Haftar, aussi le poids des anciens cadres militaires de Kadhafi dans la future armée nationale. Bien sûr, à l’Ouest, on a des gens qui sont issus de la révolution, ces milices puissantes d’ailleurs qui tiennent Tripoli et qui ne veulent pas se retrouver sous les ordres d’anciens généraux de Kadhafi, qui parfois les ont réprimés ou les ont emprisonnés, il y a quinze ans. Et puis bien sûr, il y a le volet sécuritaire, extrêmement peu abordé. Donc ça veut dire qu’il faudra inclure, forcément, les grands chefs de milice, les grandes milices notamment tripolitaines qui tiennent le pays à l’Ouest en tout cas depuis maintenant un an et demi. Et si on n’inclut pas ces acteurs politico-militaires locaux, l’accord n’a aucune chance de pouvoir fonctionner.

    L’accord prévoit donc la création d’un gouvernement d’union nationale et son installation à Tripoli d’ici fin janvier. Est-ce réalisable ?

    Dans l’état actuel des choses, non, sauf passer en force et forcément, ça pourra générer des nouveaux affrontements dans la capitale parce que, encore une fois, les grandes milices qui tiennent Tripoli aujourd’hui se sont déclarées contre la mise ne place du gouvernement. Et on a un exemple pas plus tard qu’il y a quelques jours, où Martin Kobler a dû interrompre sa conférence de presse et on l’a quasiment mis dans l’avion en lui demandant de partir. Donc ça veut bien dire que si on cherche à passer en force, ça pourra remettre de la guerre dans Tripoli, ça ne serait pas une bonne solution, à mon avis. Pour l’instant, il va falloir négocier, essayer de convaincre, mais je pense que ça va être long. Et en tout cas, ça m’étonnerait que l’on puisse y arriver dans les délais prescrits par l’accord.

    Cet accord a été signé sous une très forte pression de la communauté internationale qui craint notamment l’expansion du groupe Etat islamique vers le « croissant pétrolier ». Est-ce que cet accord n’est d’abord pas une volonté de l’extérieur, plus que des Libyens eux-mêmes ?

    Je pense qu’une majorité de Libyens veut un accord, mais ne voulait pas forcément de cet accord-là. Bien sûr, l’étranger a une vision dans cette affaire avant tout dominée par la vision de ses intérêts, ses intérêts de sécurité pour les Européens, les problèmes migratoires aussi pour l’Italie. Dans le contexte des attentats du 13 novembre, il y a une pression très forte -la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les Etats-Unis-, pour que cet accord soit signé rapidement et donc, on a négligé la construction d’un consensus. Puisqu’au départ, il y a un an et demi, personne n’y croyait à cet accord, mais en Libye, les gens se parlent, donc je pense que ça peut fonctionner. Simplement, il faut se donner le temps de construire, de convaincre, de négocier et ça, ça n’a pas été fait suffisamment avant le 17 décembre. Il y a eu cette fameuse réunion de Rome avec le président Obama et les grands dirigeants européens le 13, 4 jours avant. Donc il y a une pression énorme effectivement pour que les gens signent. Cet accord aurait gagné à être un petit peu différé pour être plus inclusif justement.

    Quel impact la présence grandissante du groupe Etat islamique en Libye peut-elle avoir sur l’application ou non de l’accord ?

    Là, il y a plusieurs aspects. Bien sûr, il y a l’aspect extérieur. On parle bien sûr de l’Etat islamique et c’est une préoccupation des Occidentaux. Maintenant à l’intérieur, mis à part les habitants de Syrte qui sont finalement confrontés à la présence de l’Etat islamique au quotidien, je dirais que les grands acteurs, qui rivalisent pour le pouvoir à l’Est comme à l’Ouest, sont plus préoccupés par leur accession au pouvoir, par l’avenir de leur camp, que par la lutte pour l’instant contre l’Etat islamique. C’est pour cela que justement cet Etat islamique a réussi à s’implanter et à rester en place depuis maintenant près d’un an dans la région de Syrte, c’est parce que finalement, les deux belligérants, d’un côté Misrata et de l’autre les gens qui gardent les installations pétrolières, sont plus préoccupés par leur avenir et leurs querelles internes que par la lutte commune contre l’Etat islamique. Ce qui me fait dire aussi qu’il faut faire confiance aux Libyens. Le jour où finalement les Libyens arriveront à s’unir et à construire un Etat par eux-mêmes, ils auront largement les moyens militaires de contrer cet Etat qui pour une immense majorité de Libyens n’a pas sa place en Libye.

    L’Italie plaide pour une intervention internationale que pourrait demander le futur gouvernement d’union grâce à la résolution de l’ONU, prise dans la foulée de l’accord. Cette intervention vous semble-t-elle donc inévitable, que l’accord soit appliqué ou non ?

    Mon analyse, c’est que s’il y avait intervention, ce serait une erreur. D’abord militairement, il pourrait y avoir quelques bombardements, ça ne changerait pas la phase des choses, mais surtout ça décrédibiliserait l’éventuel gouvernement d’union nationale, ça le ferait apparaître comme un gouvernement aux ordres de l’Occident. Et ça, ça le délégitimerait définitivement. En plus, ça pourrait avoir un effet contreproductif. Ça pourrait mettre beaucoup de jeunes, qui encore une fois diraient l’Occident bombarde la Libye, bombarde un pays arabe, du côté des islamistes. Et là pour le compte, ce serait mettre une croix sur un Etat libyen souverain pour plusieurs générations. Ça voudrait dire qu’on se condamnerait à continuer à mettre ce pays sous tutelle, à intervenir militairement et à avoir des autorités fragiles à la tête du pays.


     

    Patrick Haimzadeh, Au coeur de la Libye de Kadhafi (CC) JC-Lattès/Amazon


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