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    Bientôt la fin des protections européennes contre les exportations chinoises ?

    Des containers sur le port de Shanghaï. REUTERS/Aly Song

      L'Union européenne doit-elle accorder à la Chine le statut d'économie de marché ? La question est à l'ordre du jour à la Commission de Bruxelles. Un « oui » entraînerait la fin des mesures anti-dumping qui protègent des emplois européens.

      Quand la Chine entre à l'Organisation mondiale du commerce en 2001, son économie est encore fermement dirigée. C'est pourquoi ces partenaires ont alors la liberté de lui imposer des mesures anti-dumping quand ils considèrent que les prix chinois sont déloyaux. Entre-temps la Chine est devenue la deuxième puissance économique du monde et l'Union européenne son premier partenaire commercial.

      D'après l'OMC, la Chine devrait automatiquement être reconnue comme une économie de marché au terme de cette période transitoire de 15 ans qui s'achèvera le 11 décembre prochain. Ce qui veut dire que les Européens n'auront plus de rempart pour protéger leurs industries. D'après le think tank américain Economic Policy Institute l'heure est grave : au moins 1,5 million d'emplois seraient menacés… A moins que le statut d'économie non marchande ne soit maintenu. 

      L'Europe va-t-elle donc subir un nouvel assaut commercial de la Chine si elle renonce à ses protections ?
       
      En ce moment, les grandes entreprises publiques chinoises sont mal en point, pour la plupart en surcapacités. Elles ont à tout prix besoin d'exporter pour écouler leurs stocks. Il y a de quoi prendre peur, à court terme. La sidérurgie européenne par exemple, qui a vu les importations d'acier chinois doubler au cours des deux dernières années, est particulièrement vigilante et remontée sur cette question ; elle sait le faire savoir à la Commission par un lobbying intense.

      « Ce sont donc des secteurs très spécifiques qui sont touchés », tempère Sébastien Jean, le directeur du CEPII, Centre de recherche français dans le domaine de l’économie internationale. Il faut donc relativiser. 52 mesures anti-dumping sont actuellement en vigueur. Cela affecte 7 % des exportations chinoises vers l'Europe. C'est substantiel pour la Chine, mais finalement assez négligeable pour l'Europe. Au total 2 % des importations européennes sont concernées.
       
      Est-ce que la Chine est vraiment devenue une économie de marché ?
       
      Etant donné la façon dont les conglomérats publics sont soutenus à bout de bras, il y a de quoi douter. Pékin continue par ailleurs à faire des plans quinquennaux pour orienter son économie, et sa monnaie, le yuan, n'est pas encore librement convertible. Toutefois, la libéralisation de l'économie chinoise est bel et bien en marche, en témoignent les errements du yuan et de la Bourse de Shanghaï.

      Ce qu'on pense de l'évolution de son économie n'est pas forcément une condition suffisante pour lui octroyer ou non ce statut. Ce qui compte c'est surtout ce qu'on attend en échange. L'Australie qui a vu dans la Chine une aubaine pour développer ses matières premières lui a donné par exemple ce statut dès 2004 pour signer ensuite un traité de libre-échange.
       
      Les Vingt-Huit sont partagés sur l'impact d'un changement de statut
       
      Le Royaume-Uni qui aimerait faire de La City la place financière de référence pour les échanges en yuan est enthousiaste. Les Pays-Bas, par où transite une bonne part des exportations chinoises vers l'Europe, n'y voient que des avantages. Les pays qui redoutent la concurrence chinoise sont plus hésitants.

      Dans la balance pèse lourdement la réaction de Pékin. En cas de refus Pékin pourrait revenir sur les promesses de participer au grand plan d'investissement européen lancé par Jean-Claude Juncker et renoncer à d'autres investissements. Pékin pourrait aussi à l'avenir écarter les grands groupes européens de ses appels d'offre. La question posée à la Commission a priori technique nécessite en fait une réponse éminemment politique.


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