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    Hassoumi Massaoudou: au Niger, «le politique n’a pas d’emprise sur la justice»

    Hassoumi Massaoudou. AFP PHOTO / BOUREIMA HAMA

    Au Niger, l’ancien Premier ministre Hama Amadou se considère comme un prisonnier politique et renonce à former un nouveau recours judiciaire pour une remise en liberté. Ce sont donc ses camarades du Moden Lumana qui feront campagne à sa place en vue de la présidentielle du 21 février. Hama Amadou est-il victime d’une discrimination politique ? En ligne de Niamey, le ministre nigérien de l’Intérieur, Hassoumi Massaoudou, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Sur les 15 candidats à la présidentielle, il y en a un qui va rester en prison : c’est l’ancien Premier ministre Hama Amadou. Est-ce que ce n’est pas contraire au principe de l’équité entre tous les candidats ?

    Hassoumi Massaoudou : Mais, le fait d’être candidat aux élections présidentielles n’accorde pas d’immunité, n’arrête pas le cours de la justice. Sinon, ce serait facile d’être candidat : juste en commettant un crime, on devient candidat aux présidentielles et on arrête le cours de la justice. Voilà aussi l’effet pervers que cela peut avoir.

    Hama Amadou est poursuivi dans l’affaire du trafic présumé de bébés avec le Nigeria, mais il n’est pas le seul en cause. Or toutes les autres personnes inculpées sont libres. Pourquoi cette discrimination ?

    D’abord, les autres ont répondu devant le juge, ont été entendues par un juge. Ceux-là ont bénéficié de la liberté provisoire parce qu’ils ont une garantie de représentation, parce qu’ils n’ont pas fui. Lui, il a fui, il a quitté le pays. Il est tout à fait normal à mes yeux que le juge n’ait pas confiance en sa disponibilité pour répondre à la convocation du juge.

    Il a fui, mais il est revenu le 14 novembre dernier ?

    Il est revenu, mais la question n’est pas de revenir au fond, parce que ces avocats ont fait un combat de procédure. Il faut que cela revienne sur le fond pour qu’il soit entendu. Donc, voilà, le problème, c’est eux qui ont créé les conditions d’une complication, d’une prolongation de la procédure à ce point. Donc, ça, c’est de la faute de ses avocats. Donc, voilà, la question est très simple, ce n’est pas la peine de chercher plus loin, d’en faire un martyr politique, une victime d’une persécution politique. Le pouvoir politique, et cela a été prouvé à plusieurs reprises, n’a pas d’emprise sur la justice, ne contrôle pas la justice. Il faut accepter que nous soyons, nous aussi un Etat de droit. Aujourd’hui, nous préparons des élections, avec une compétition inclusive et ouverte. Donc, vraiment, il n’y a pas le feu dans ce pays. Ici, le Niger ne brûle pas.

    En vertu d’un protocole additionnel de la Cédéao [Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest], tous les candidats à une présidentielle doivent être traités de façon équitable. Est-ce que vous n’êtes pas en contravention avec cette règle ?

    Le protocole additionnel de la Cédéao ne dit pas qu’une procédure judiciaire doit s’arrêter parce que quelqu’un est devenu candidat après l’entachement de la procédure judiciaire. Mais là, la procédure était longtemps avant, ça fait deux ans qu’on est dans cette procédure. Donc comment voulez-vous qu’on nous oppose le protocole additionnel de la Cédéao.

    Aujourd’hui l’ancien Premier ministre renonce à tout recours devant la justice nigérienne et se considère comme prisonnier politique. Est-ce que vous ne craignez pas que beaucoup de Nigériens ne lui donnent raison ?

    Au Niger, tout le monde sait de quoi il s’agit. Personne ne considère qu’il y a une persécution. Je pense qu’il a commis une faute. Il ne fait qu’aggraver sa situation du point de vue de son image dans le pays. Il n’y a que sur les réseaux sociaux et dans les médias internationaux qu’il a encore cette image-là.

    Mais vous ne craignez pas qu’aux yeux d’un certain nombre de vos compatriotes, il passe tout de même pour un martyr et qu’il fasse le plein des voix ?

    Il ne pourra pas faire le plein des voix. Je vous donne rendez-vous le 21 février. Il y a un noyau dur autour de lui qui fait beaucoup de vacarme. Mais sa situation est une situation tout à fait ordinaire de droit commun et qui n’en fait pas un prisonnier politique, loin de là.

    Le 17 décembre dernier, le président Mahamadou Issoufou a annoncé qu’un coup d’Etat militaire venait d’être déjoué. Mais dans l’opposition, beaucoup doutent de la véracité de ce coup et disent, on veut des preuves ?

    Mais le coup d’Etat, aujourd’hui les preuves sont là, patentes, et il y a eu des aveux. Qu’est-ce que les gens veulent de plus ? Ils voulaient des morts. Nous, nous avons refusé qu’il y ait des morts. Nous avons refusé qu’il y ait un débit d’exécutions. Evidemment quand on est de mauvaise foi, on n’acceptera jamais. Nous avons anticipé, les preuves se sont accumulées, la date a été avancée. Nous les avons infiltrés, nous avons compris quand est-ce qu’ils vont faire ça, leur mode opératoire et on a arrêté les chefs.

    Est-ce que plusieurs officiers de haut rang sont passés aux aveux ?

    Bien sûr, le chef a avoué. D’autres officiers ont avoué. Ils ont même demandé la clémence.

    Quand vous dites le chef, c’est l’ancien chef d’Etat-major, le général Souleymane Salou ?

    Le chef d’Etat-major, le général Souleymane, il a avoué. De toute façon, la procédure sera publique bientôt puisqu’il y aura un juge d’instruction devant le tribunal militaire organisé selon une loi régulière de la République et il y aura un procès public.

    Parmi les 13 personnes officiellement impliquées dans le putsch, il y a 12 militaires. Est-ce que ça veut dire que c’était un coup d’Etat exclusivement préparé par des militaires, ou est-ce qu’il y avait des civils dans le coup ?

    Au stade actuel de l’enquête, c’est bien ces 12-là, militaires, et un civil.

    Et le cerveau, était-ce un civil ou un militaire ?

    Le cerveau, qu’est-ce que ça veut dire le cerveau ? Il y a un chef, il y a un général qui dirige ça, je ne sais pas s’il y a un cerveau autre que celui-là. Il y a eu un certain nombre d’officiers factieux qui ont décidé de prendre le pouvoir le 18 décembre.

    Et cet ancien chef d’Etat-major, le général Souleymane Salou, il voulait prendre le pouvoir pour son compte et devenir le nouveau président du Niger ?

    J’imagine, il voulait certainement faire comme il se fait d’habitude, une transition et rebattre le cadre politique au profit certainement de gens bien plus proches de lui. Ce qui est sûr, c’est que le projet immédiat, c’était de prendre le pouvoir le 18 décembre. Et ils étaient pratiquement sûrs d’eux parce que les unités engagées étaient des unités assez puissantes sur le plan militaire.

    Et ce général était-il nostalgique de l’un ou l’autre des anciens présidents de votre pays ?

    Le général était plutôt frustré d’avoir été écarté de la tête de l’Etat-major.

    Il y a quelques jours, les hommes chargés d’enquêter sur cette tentative de putsch sont allés interroger Hama Amadou dans sa prison de Filingué. Mais celui-ci était déjà en prison au moment du putsch. Pourquoi cet interrogatoire ?

    Là, je n’en sais rien. Je ne peux pas aller dans le secret de l’enquête. Mais pour le moment, au stade actuel de l’enquête, je ne pense pas que monsieur Hama Amadou soit mis en cause.

    Oui, mais c’est tout de même la seule personnalité politique qui pour l’instant a été entendue dans le cadre de cette enquête ?

    Oui, il y a d’autres personnalités politiques qui sont entendues, qui sont actuellement même à la gendarmerie, des responsables politiques de premier plan de son parti, du MNSD [Mouvement national pour la société du développement] et d’autres. Actuellement il y a une dizaine de personnalités politiques qui sont à la gendarmerie.

    A la fois du Modem Lumana de Hama Amadou et du MNSD de Seini Oumarou ?

    Et du MNSD de Seini Oumarou, voilà.

     


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