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    «Cheikh Anta Diop a donné une version réelle de l’histoire africaine»

    Iba Der Thiam, historien, professeur à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (capture d'écran). RTS1

    Il y a 30 ans s’éteignait Cheikh Anta Diop, égyptologue, figure majeure de l'histoire intellectuelle africaine du XXe siècle. En étudiant les racines africaines de l’Egypte ancienne, il a défendu et prouvé la place de l'Afrique dans l'histoire de l'humanité dès ses origines, et sa contribution aux autres grandes civilisations. Il a notamment travaillé à la rédaction de l'« Histoire générale de l'Afrique », pour l'Unesco. Homme politique, il fut aussi un fervent avocat du panafricanisme et un opposant décidé à Léopold Sédar Senghor. Pour en parler, notre invité, ce dimanche matin 7 février, est Iba Der Thiam, historien, professeur à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, ancien ministre de l'Education et vice-président de l'Assemblée nationale du Sénégal. Il évoque l’œuvre et l'héritage philosophique de « CAD » pour le Sénégal et l'Afrique.

    RFI: Cheikh Anta Diop est décédé il y a trente ans. Qu’est-ce que vous retenez de cet homme que vous avez côtoyé pendant de nombreuses années ?

    Iba Der Thiam: Je retiens de cet homme l’image d’un Africain parmi les plus illustres qui aura indubitablement laissé aux générations futures et à l’élite intellectuelle le souvenir d’un combattant. Un combattant infatigable qui, pendant quarante ans, a tenté de donner de l’histoire africaine une version conforme à la vérité qui permette aux élites et aux populations la conscience de leur identité et surtout la fierté d’appartenir à un continent dont le rôle, dans l’évolution du monde, a été irremplaçable.

    On parle de lui comme du refondateur de l’histoire africaine. Est-ce que ce terme vous semble approprié ?

    Je pense qu’il a été non seulement l’un des refondateurs, mais il a été l’un de ceux qui ont le plus contribué à lui donner, actuellement, ses lettres de noblesse. Il ne fait pas de doute qu’il est le père de la nouvelle école égyptologique africaine. En démontrant, de façon indiscutable, que l’Egypte ancienne appartenait au continent africain et non pas au continent asiatique, que les anciens Egyptiens étaient des autochtones et non pas des personnes venues de l’extérieur et en prouvant la parenté qui existe entre l’Egyptien ancien et les langues négro-africaines, il a donné aux Africains une conscience nouvelle d’eux-mêmes. Il leur a ainsi montré que tout leur passé pouvait désormais être saisi dans une profondeur de près de 5 000 années et que désormais, toutes les questions qu’ils se posaient sur leurs ancêtres et leur passé sont des questions qui ont des réponses.

    C’était ça son but profond, donner aux Africains la fierté de leur héritage culturel ?

    Je pense que cela faisait partie de ses ambitions. Je pense aussi qu’il a admirablement bien réussi, car vous savez parfaitement que les idées qui avaient été développées depuis le XVIIIe siècle faisaient de l’Africain quelqu’un qui n’était pas censé avoir apporté une contribution quelconque au patrimoine de l’universel. On le mettait au bas de l’échelle et même dans la hiérarchisation des intelligences. On disait que c’était des peuples qui étaient inférieurs ! Mais il y a eu un colloque très important qui s’est tenu au Caire, en 1974, à l’initiative de l’Unesco et finalement les conclusions du Caire ont permis à Cheikh Anta Diop non seulement de valider ses théories, mais aussi de lui donner une aura internationale, aujourd’hui considérée comme étant incontestable.

    D’un point de vue politique quel est, selon vous, son héritage pour le Sénégal d’aujourd’hui ?

    Je pense que l’un de ses héritages les plus importants c’est l’existence d’une école nouvelle d’égyptologie qui aujourd’hui a pris racine au Sénégal à travers de jeunes chercheurs extrêmement brillants. Il a aussi été quelqu’un qui, incontestablement, a eu, sur la question des relations entre les Etats africains, une vision prospective. Il a été un panafricaniste sincère qui s’est battu pour le panafricanisme. Il nous a laissé des voies et des moyens par lesquels nous pouvons passer pour essayer de dépasser les contradictions qui existent entre les Etats africains et trouver les bases qui permettraient de mettre sur pied un Etat fédéral d’Afrique noire.

    Qui peut, selon vous, revendiquer l’héritage de Cheikh Anta Diop aujourd’hui au Sénégal et en Afrique ?

    Il y a des partis politiques qui sont là et qui revendiquent sa pensée. Il y a maintenant, chez les jeunes, la volonté de retourner vers cet homme qui a incarné non seulement l’honnêteté, la rigueur, l’érudition, mais qui en fin de compte laisse le souvenir de leader compétent, à la hauteur de ses responsabilités, intéressé aux problèmes africains, connaissant parfaitement sa culture, la langue de son pays et capable, sur les grands défis auxquels l’Afrique est confrontée, d’apporter des réponses qui permettraient à notre continent de franchir, en quelques années, le chemin que d’autres pays sur d’autres continents ont mis des siècles à parcourir.

    Quelles étaient ses relations, dans le fond, avec Léopold Sédar Senghor ?

    En vérité, ils avaient des relations qui, par certains côtés, étaient conflictuelles, mais ce n’était pas des relations conflictuelles sur le plan personnel. Ils ne partageaient peut-être pas les mêmes idées. Ceci étant, son aura intellectuelle, le succès qu’il avait dans le monde négro-africain et notamment dans le Noir de la diaspora américaine, ou encore dans toute l’élite intellectuelle de formation française, mais également de formation anglophone, lusophone, arabophone, etc… a fait que Cheikh Anta, en fin de compte, a pu traverser ces difficultés.

    Dans les années 80, Cheikh Anta Diop était reconnu dans le monde entier. Il donnait des conférences devant d’importants auditoires y compris aux Etats-Unis. Est-ce qu’il avait gardé la même flamme ?

    Oui, oui. Tout à fait. Il est resté battant jusqu’à la fin de sa vie. Une vie malheureusement assez courte, car il n’a vécu que 63 ans, alors que l’Afrique avait encore besoin de ses lumières et de sa compétence et surtout de la valeur qu’il attachait à l’homme humain, au respect de tous les êtres humains, quels qu’ils soient. Car en effet, Cheikh Anta avait ceci de particulier, il n’avait de mépris pour personne. Il était toujours capable de se mettre au niveau de tous ceux qui établissaient des contacts avec lui et partageait également les points de vue qu’on venait lui présenter et qui présentaient une quelconque pertinence.
     


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