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    Parfait Onanga Anyanga: il y a «une opportunité de tourner la page» en RCA

    Parfait Onanga Anyanga, le chef de la Minusca. RFI/Bertrand HAECKLER

    Dimanche 14 février 2016 les Centrafricains sont appelés à choisir leur président parmi les deux finalistes Anicet Georges Dologuélé et Faustin Archange Touadéra. Ils votent également de nouveau pour le premier tour des législatives. Le scrutin du 30 décembre avait été annulé en raison de nombreuses irrégularités, fraudes et manquements techniques. Cette fois encore, la Mission des Nations unies en Centrafrique, la Minusca, appuie l'Autorité nationale des élections (ANE) sur le plan logistique. Qu'en est-il cette fois de l'organisation des scrutins ? Quels sont les chantiers qui attendent les prochaines autorités ? Eléments de réponse avec Parfait Onanga Anyanga, le chef de la Minusca.

    Dans quelle mesure, ce 14 février sera-t-il une date charnière pour la Centrafrique ?

    Parfait Onanga-Anyanga : Ces élections s’organisent après que l’institution nationale chargée de leur tenue, l’ANE, ait tiré toutes les leçons du référendum et du premier tour des élections présidentielles et législatives, dont les législatives comme vous le savez ont été annulées. Donc on part plutôt plus confiants que des mesures, des dispositions ont été prises pour corriger les irrégularités qui ont été notées ici et là. Le dispositif sécuritaire est en place, la campagne s’est plutôt bien passée, donc ce sera une opportunité pour les Centrafricains d’aller aux urnes paisiblement et de saisir l’opportunité de tourner la page, sortir de cette crise politico-militaire qui affecte le pays depuis si longtemps.

    → A lire aussi : Dologuélé-Touadéra: deux hommes du sérail pour la présidence en RCA

    L’ANE avait déjà dit avant le premier tour que les leçons du référendum du 13 décembre avaient été tirées. Et pourtant, on connaît le résultat, l’annulation des législatives. Est-ce que cette fois, ils vous ont donné des garanties, des gages supplémentaires ?

    C’est plutôt aux acteurs politiques centrafricains que ces garanties ont été données. Et dans l’ensemble, il me semble que des efforts considérables ont été faits par l’ANE. Maintenant, c’est quand même la première expérience majeure de cette jeune institution. Tout doit être fait pour garantir la sincérité et la crédibilité de ces élections. Voilà pourquoi nous avons beaucoup insisté pour que tout soit mis en place, y compris et d’abord au niveau de l’ANE, pour que les questions liées à la formation, au paiement des arriérés, à la constitution des bulletins..., que tout soit fait pour que les acteurs politiques, ceux qui iront à ces élections soient rassurés et que, au sortir de ces élections, on puisse produire des vainqueurs convaincants, que ce soit à la présidentielle ou aux législatives, mais aussi, et surtout des vaincus convaincus pour que précisément la période postélectorale ne donne pas lieu à toute sorte de contestations qui pourraient mettre à mal ce pays dont la paix reste encore fragile.

    Comment vous qualifieriez la situation de la Centrafrique aujourd’hui ?

    Bien meilleure qu’elle n’a été. Surtout je dois dire qu’il y a eu une bonne disposition de l’ensemble des acteurs politiques. C’est une campagne civilisée. Nous n’avons pas connu de violence majeure. C’était la grande peur de tous les observateurs. Les groupes armés semblent même avoir déclaré ne pas perturber le processus électoral. Je crois que tous ces groupes attendent précisément que sortent des urnes des autorités légitimes avec lesquelles ils entreront dans des discussions qui permettront justement de mettre en place le grand chantier du désarmement, mais aussi la réforme du secteur de la sécurité et de la justice.

    Quelles sont justement les urgences qui attendent les prochaines autorités. Vous évoquiez le DDR [désarmement-démobilisation-réintégration], la réforme du système de sécurité notamment ?

    Je n’aimerais pas être à leur place parce que les attentes vont être immenses dans un pays où il y a quasiment tout à refaire. Je crois qu’on ne peut pas aller au désarmement si les cœurs ne sont pas réconciliés. Et avec la réconciliation évidemment devront s’ouvrir tous les autres chantiers. Le deuxième qui, je crois, est urgent, pressant, c’est mettre fin à ce sentiment d’insécurité. Il y a aura une réforme immense du secteur de la sécurité qui implique évidemment l’armée, la police, la gendarmerie, mais aussi tout le secteur de la justice et tout le travail, tout le chantier de lutte contre la corruption. Bref, tous ces différents chantiers vont être demain sur la table de ceux que les Centrafricains choisiront librement. Mais avec ça aussi surtout des besoins quotidiens des Centrafricains : pouvoir se soigner, pouvoir manger à leur faim, pouvoir reconstruire justement – vous avez certainement eu l’occasion de passer à travers tous ces quartiers de Kina, de Katin, de Fatima, de voir un peu toutes ces destructions de maison au KM5 etc. Il y a un immense travail, un immense chantier qui devrait viser également au retour des réfugiés, de ce demi-million de personnes que la violence a dû chasser de leur pays, mais aussi au retour des personnes déplacées vers leur localité. Et là aussi, on a encore presque un autre demi-million. Donc c’est un chantier immense.

    Dans quelle mesure, les nouvelles autorités auront-elles une marge de manœuvre supérieure aux précédentes ?

    Le simple fait qu’elles soient les autorités élues. Et d’ailleurs, leurs partenaires, nous, toutes les institutions internationales, mais surtout les institutions financières ont fait entendre et fait comprendre depuis longtemps que ce qui permettrait au pays justement d’entrer dans des partenariats plus producteurs, c’est la nécessité d’avoir des autorités qui soient démocratiquement élues, donc qui soient garantes également des engagements qu'elles pourraient prendre avec la communauté internationale. Donc, ces autorités-là, une fois qu’elles seront consacrées par le vote des Centrafricains pourront parler en leur nom et négocier pour eux dans les différents domaines, et ils sont nombreux. En ce qui nous concerne, la Minusca, mais aussi l’ensemble de la famille onusienne et les partenaires, à ce que je vois dans le cas du G8-RCA, sommes bien disposés à travailler et à accompagner les prochaines autorités centrafricaines. C’est un chantier immense, rendre un peu plus de dignité aux populations de ce pays qui n’ont que trop souffert.

    Est-ce que ça signifie que la nature de l’aide apportée par les Nations unies, et plus généralement par la communauté internationale, pourrait changer ?

    Il faut souhaiter qu’elle le soit, en tout cas en volume. Je crois qu’il faut faire un plaidoyer pour ce pays. Les autorités de la transition l'avaient déjà fait. Il y a une attention soutenue. Le Conseil de sécurité est quotidiennement au chevet de la Centrafrique, les partenaires de Bretton Woods également. Seulement, il y a plusieurs années que cette instabilité dure. Il faudrait donc donner du temps aussi à ce pays qui ne deviendra pas du jour au lendemain une démocratie tranquille et paisible. Nous, notre devoir sera d’accompagner ce pays autant que de besoin.

     


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